Déambulation sur deux roues

 

Mercredi 04 mai 2016, Jour J, départ !

12h30 : je descends mon vélo dans le couloir en bas de mon petit ‘immeuble’ roannais. Ça y est, on y est, je ne peux plus reculer. J’ai rendez-vous dans une demie-heure à la mairie avec les journalistes pour un départ à 13h30 entourée des jeunes cyclistes du club de vélo de Roanne. Je vérifie quatre ou cinq fois si j’ai bien mis toutes mes affaires dans les cinq sacoches qui entourent mon vélo.  Est-ce que, à ce moment précis, je suis sûre de ne rien oublier ? (c’est la seule chose qui me préoccupe de tout ce voyage). Bien que je reste en Europe je peux sans problème racheter tout ce qu’il faut : j’ai surtout peur d’avoir oublié des fichiers informatiques nécessaires à mes activités (car je vais continuer de travailler pendant ces cinq prochains mois de vadrouille).
Heureuse de revoir quelques têtes connues au bar en bas de chez moi. Je leur dis ‘à octobre’ et enfourche, sous un soleil radieux, mon vélo lesté de 28 kilos de bagages.
Départ en grandes pompes depuis l’hôtel de ville. Merci à RWTV+ qui était là au pied levé (Maurice, Roland et Illone), aux journalistes (Étienne, Pf et les autres), aux photographes (Yves -on se voit en Islande jeudi 15h47min17′-, Christian, Patrice et les autres), à Matthieu de Bouticycle (pour avoir remis mon vélo au top et pour tous les conseils), au club de vélo de Roanne et aux jeunes qui m’ont gentiment accompagnée sur les 20 premiers kilomètres, à toutes les autres personnes présentes (Jean-Marie, etc) et surtout aux membres du Conseil municipal de Roanne qui se sont réunis pour m’accorder une subvention ‘bourse projet jeune’ pour ce programme à la fois sportif, artistique, culturel et pédagogique. Merci enfin à François qui m’a épaulée pour ce lancement.

Article paru dans "Le Pays Roannais" le 11 mai 2016

Article paru dans « Le Pays Roannais » le 11 mai 2016

 

Article paru dans « La Tribune – Le progrès » le 5 mai 2016

15h : A Melay je me retrouve seule. Grand ciel bleu. Pas un nuage. Les oiseaux chantonnent une belle mélodie. La vue sur Iguerande est superbe. Le soleil me chauffe délicatement la peau pour la première fois de l’année. Tout est calme, paisible.
Je croise deux Allemandes qui font la route avec leur âne et nous discutons un peu ensemble.
Je m’assois au bord du canal. Moment de pur bonheur. Je suis libre. Complètement libre. Je peux aller où je veux quand je veux, au rythme qui me plait. Décider de m’arrêter, de poursuivre ou de changer ma route à chaque instant. Je ne me pose plus de question sur le passé ou sur l’avenir : juste profiter du moment présent car il n’y a sûrement que ça de vrai.
Je fais coucou à des amis qui passent par hasard juste devant moi en péniche. Je reprends mon périple par les chemins traversant des villages agréables, je papote avec d’autres cyclistes que je croise. Vu la météo hivernale que nous avions eu jusqu’à maintenant je n’avais pas pensé à prendre de la crème solaire… Erreur, je prends un bon coup de soleil sur tout le bras gauche (je vais plein Nord).

aurelia-brivet-croquis-iguerande
56 km en tout aujourd’hui. Pour terminer en beauté ce début de voyage qui a excellemment bien commencé, je suis accueillie dans un paradis terrestre : à Versaugues chez Chantal. Je ne pouvais trouver meilleur accueil et beauté d’hébergement, qui plus est pour une première nuit de périple et une première expérience « Warmshower » !

Jeudi 05 Mai 2016, J2, hâlte chez chantal

Je suis tellement bien chez Chantal que je décide de rester dans ce paradis ensoleillé encore une journée ! [Je fais une pause dès le deuxième jour, je ne suis pas encore arrivée en Islande ^^]. Ma mère et ma petite sœur qui redescendaient du nord de la France aujourd’hui passent prendre le goûter ici et me disent au revoir par la même occasion !

aurelia-brivet-croquis-chantal-versaugues

 

Vendredi 06 Mai 2016, J3, route vallonnée splendide entre saint yan et chalon

Je me perds dans les magnifiques pairies fleuries, me régalant sur les petites routes vallonnées entre Versaugues et Chalon-sur-Saône. 127 km aujourd’hui. Excellent dîner dans la famille d’un ami, puis hébergement chez une autre warmshower qui a le même projet Islandais que moi mais en tandem avec son copain (de quoi échanger un moment !)

aurelia-brivet-croquis-paray-le-monial

Samedi 07 Mai 2016, J4, première nuit à la belle étoile

Après un bon petit déjeuner français, ma « warmshoweuse » Claire me fait très gentiment visiter Chalon-sur-Saône. Je selle à nouveau ma monture aux alentours de midi pour déambuler sur l’Eurovélo 6. Un régal ! Autant la veille je fuyais la voie verte, encombrée de tous ces gamins et ces chiens qui viennent se jeter dans vos roues, de ces cyclos du dimanche qui n’avancent pas, qui font la gueule et qui ne disent même pas bonjour, ainsi que de ces barrières qu’il est difficile de contourner quand on est chargé… [Oups, je m’emballe un peu] Bref, hier je suis partie seule avec mon bonheur dans les petites montagnes russes qui rejoignent Chalon. Mais aujourd’hui je suis heureuse de rouler sur l’EV6 qui n’a rien à voir avec la voie verte d’hier.

16h : Je me dis qu’il faut que je commence à regarder si je trouve un coin sympa pour la nuit.

16h08 : Je trouve l’endroit parfait. Au bout d’une île minuscule où il n’y a personne à part deux trois moustiques, je me pose dans les hautes herbes et accommode mon petit « chez moi ».

aurelia-brivet-trugny-bivouac-arbres

La vue de mon lit pour cette nuit

Au moment où je me glisse dans mon sac de couchage pour dormir j’entends des « Pan, Pan, PAN, Pan… ». [Mon Dieu, que se passe-il ? Des chasseurs de nuit ?] Je me relève. J’ai droit à un beau feu d’artifice tiré depuis l’autre rive ! [Elle est pas belle la vie ?!]

 

Dimanche 8 Mai 2016, J5, j’échange mon petit déjeuner contre un croquis

Après une chouette nuit, où je me suis réveillée de temps à autre pour écouter le beau concert des animaux nocturnes (en particulier des grenouilles) et regarder les étoiles à travers les branches d’arbres qui se découpaient sur un beau ciel bleu sombre, je repars à l’aventure.

10h : Je troque mon petit déjeuner contre un croquis du bistro.

Croquis de la Brasserie "l'Amiral" échangé contre mon petit déjeuner

Croquis de la Brasserie « l’Amiral » troqué contre mon petit déjeuner

Je roule tranquillement sur l’EV6 toujours aussi belle, plate et agréable (malgré mes coups de soleil). Quel plaisir d’humer les bonnes odeurs de barbecues à l’heure du déjeuner ! (Je ne le sais pas encore mais je vais y avoir droit ce soir ;) ) *Note pour plus tard : visiter Dole qui est une ville magnifique mais où je n’ai pas beaucoup pris le temps de flâner.

Hébergement chez une des cyclistes rencontrée sur la route, enfin plutôt chez son voisin (qui a une plus grande maison et plusieurs lits inoccupés) qui ressemble comme deux gouttes d’eau au Père Noël ! C’est quand même vraiment bon de prendre une bonne douche, de faire une petite lessive et de manger un barbecue sur la terrasse d’une maison digne de ce nom !

 

Lundi 9 mai 2016, J6 – retour au travail après une nuit chez « le père noël » !

Let’s work ;)

 

Mardi 10 mai 2016, J7 – Besançon, une ville magnifique

160510_la-bretoniere-pierre-croquis

Petit déjeuner chez le Père Noël

Après avoir dormi une seconde nuit chez « Le Père Noël » je boucle toutes mes affaires et m’engage fièrement sur la route : c’est repartiiiii…i..i.i…i… Ah non ! Pneu arrière : à plat.
Je retourne voir le « Père Noël » qui me remplit un seau d’eau pour que je trouve la faille. Une petite limace vient m’aider à poser ma rustine, et oui, aujourd’hui, il pleuviotte, toutes les limaces et escargots sont de sortie !
Je fais la route jusqu’à Besançon avec un cyclo du même âge que moi rencontré par hasard sur la route. On discute sur les 40 km (grâce à l’Eurovélo on peut sans problème rester tout le long à côté sans gêner, c’est super pratique ces routes cyclables !), et puis c’est chouette d’avoir un peu de compagnie ! Le temps passe vite, merci Loïc, à bientôt !
Je déambule tout l’après-midi dans la magnifique ville de Besançon, que je ne connaissais pas du tout, sous le soleil, après avoir posé mes affaires chez un warmshower fort sympathique. Je rencontre, au « café des pratiques », un autre warmshower de 80 ans, très atypique, qui a toujours quelque chose à dire. Louis me fait visiter son paté de maisons avec un oeil très local, c’est intéressant. On se donne rendez-vous le lendemain pour une promenade à vélo en duo.

 

Mercredi 11 mai 2016, J8 – Petit déjeuner façon Louis

Préparation du petit déjeuner avec Louis

Préparation du petit déjeuner avec Louis

Après avoir quitté mon hôte fort intéressant et sympathique, je pars prendre le petit déjeuner, comme convenu, chez Louis. Son appartement, d’une vingtaine de mètres carré seulement est rempli à ras bord. Mais tout y est organisé, rangé, classé, tout est logique et pratique. C’est très impressionnant.

Bien que Louis soit français, il nous concocte un « petit déjeuner » parfaitement calorique pour la journée qui nous attend (banane écrasée, huile de colza, divers céréales et condiments mixés, fruits secs, fruits frais, jus de citron mariné et pour finir : mouillettes de roquefort sur du pain de campagne à tremper dans une infusion réglisse-skilanka-eucalyptus-et j’en passe. Ah on a oublié le dessert : quelques spécialités locales !

Après quelques tests de machines thérapeutiques et autres activités ‘Louisiennes’ on parvient à partir à 13h30 pour une rando-vélo de 4h30 où Louis fait la conversation (à part dans les montées) ce qui me va bien car ça devient répétitif de raconter mon projet de voyage, je préfère écouter :) En traversant le Doubs non loin de Besançon on croise un entrainement militaire intense : sur un petit pont d’à peine deux mètres de largeur défilent une cinquantaine de soldats chargés et complètement épuisés courant à contre sens de notre route. Ca fait tellement bizarre !

Visite de la fromagerie de son ami d’Epenouse et dégustation de fromage en fin d’après-midi. Avant de se quitter on re-mange encore une dernière fois tous les deux et il me laisse assez de nourriture pour me sustenter pendant au moins 3 jours ! Louis redescend chez lui et moi, je reste dormir ici : sur la mezzanine confortable de la grange, avec une abeille et les crottes de chats, à côté du pré à chevaux. Le fromager vient, adorablement, m’apporter des petits gâteaux chauds avant que je ne m’endorme ! Trop mignon !

 

jeudi 12 mai 2016, J9 – Arrivée en Suisse !

Je ne m’étais pas imaginée arriver en Suisse à vélo un jour, et bien si, et il fait le même temps couvert et pluvieux que la seule fois où j’y suis allée avec ma famille il y a très longtemps. Complètement par hasard, vers 10h, alors que je ne roule que depuis 20 minutes, je sors mon appareil photo pour prendre un troupeau de vache passant devant la mairie du village. Sauf que je me rends compte que j’ai un problème de carte SD et que les photos que je croyais avoir prises n’ont pas été enregistrées :/ C’est à ce moment là que des gens sortent de chez eux pour dire ‘au revoir’ au plombier. La jolie mamie aux cheveux courts en profite pour m’aborder.

Une heure plus tard je les quitte avec une tablette de chocolat Suisse et des gaufrettes Suisse dans les bras, après avoir bu un café, mangé des petits gâteaux, bien discuté et surtout, fait le tour de leur immense et féodale propriété [avec toute cette nourriture dans mes sacoches je peux vivre en autarcie quelques jours !]. Si j’avais su, j’aurais dormi chez eux (la salle de bain était royale – et moi qui empestais le cheval, j’avais un peu honte !).

Route très chouette, hyper tranquille, le long du Doubs entre Pierrefontaine et Vaufrey. Dommage que ce soit couvert. Je galère sur la montée de Recèle. Mais j’arrive en Suisse et est agréablement surprise des supers véloroutes bien indiquées qui s’y trouvent !

160512_epenouse_porrentruy-(20)

Je décide de m’arrêter à Porrentruy car le temps n’est vraiment pas glamour. En me dirigeant vers l’office de tourisme je croise un type qui me dit ‘Bonjour’. J’en profite pour lui demander s’il a une idée d’où je pourrais dormir car le camping est fermé… Et bien… chez lui voyons ! C’est ainsi (après quelques péripéties), que je me retrouve avec un appartement de 70m² pour moi toute seule ! Si ce n’est pas la classe ça ;)

Vendredi 13 mai 2016, J10 – Mon croquis en vente chez un encadreur à Porrentruy

aurelia-brivet-croquis-porrentruy-malvoisins

Mon croquis en cours de réalisation… vous verrez l’original terminé lors de mon expo au retour :)

En cours de rédaction

Samedi 14 mai 2016, J11 – arrivée à Bâle

aurelia-brivet-velo-bale

Arrivée dans le magnifique ville de Bâle

En cours de rédaction

Dimanche 15 mai 2016, J12 – Visite de Bâle avec josé

aurelia-brivet-bale-pays

Pile entre l’Allemagne, la Suisse et la France !

En cours de rédaction

Lundi 16 mai 2016, J13 – J’attaque la forêt noire allemande (entrainement pour l’Islande step 1 : dénivelé + pluie)

aurelia-brivet-foret-noire-collines

On grimpe, on grimpe… jusqu’à plus de 1200 mètres d’altitude.

En cours de rédaction

Mardi 17 mai 2016, J14 – En haut des départs de parapentes

aurelia-brivet-foret-noire-eoliennes

Pause casse-croute avec joli panorama

En cours de rédaction

Mercredi 18 mai 2016, J15 – Quand il s’agit boulot, on ne se refuse rien

aurelia-brivet-restaurant-boulot

Goulash avec spätzle et confiture de cramberrie – ou le seul endroit de la ville où il y a du wifi

En cours de rédaction

Jeudi 19 mai 2016, J16 – redescente de la forêt noire pour rejoindre le Rhin

aurelia-brivet-foret-noire

Let’s ride ! J’ai battu mon record : 60km/h aujourd’hui !

En cours de rédaction

Vendredi 20 MAI 2016, J17 – Je chante et danse sur mon vélo le long de l’eurovélo 15

aurelia-brivet-worth-pano

La vue de mon petit déjeuner

Que le temps passe vite ! Je n’ai plus aucune notion des jours. Après ma nuit à la belle étoile dans un joli petit parc partagé avec un hérisson et quelques moustiques, je donne mon premier coup de pédale à 7h ! Incroyable. Et j’ai même eu le temps de faire ma « toilette » (succincte) avant. Je me pose manger quelques carrés de chocolat dans ce magnifique endroit (cf photo du jour). Je décide de mettre un peu de musique en roulant aujourd’hui, en alternant avec quelques livres audios, faut pas se laisser trop aller. La piste est toute indiquée et toute plate, incroyable ! C’est génial et il fait super beau : t-shirt et sandales sont de sortie !

Je fais une pause à 10h pour visiter la magnifique ville de Spire à pieds et racheter quelques victuailles que je mangerai plus tard. Je trace sur la route en m’amusant énormément : je chante, je danse, j’envoie des grands sourires et des « Hallo ! » à tout le monde (la plupart des gens font la gueule ou évitent de croiser mon regard, on dirait des français ;) ) ^^. Ah là là. Je papotte avec un père de famille qui répète tout ce que je lui dis avec une excitation hors norme à ses enfants, ça donnait quelque chose comme ça [version traduite] « Incroyable les enfants, écoutez ça, cette fille est partie de Lyon et a fait plus de 1000 km ! Et vous ne savez pas quoi, elle va en Islande ! Dingue. Elle fait un voyage de 5 mois à vélo ! Et toute seule !! Elle a 25 ans ! Et c’est le vélo de sa grand-mère ! Ah là là, incroyable. En France il n’y a pas autant de pistes cyclables comme ça ! Et ce matin elle est partie de Worth, c’est là où j’ai travaillé pendant 10 ans ! C’est fou ! Bla bla bla ».

Je finis par perdre l’Eurovélo 15 et zigzague entre des villes pour tenter de rejoindre un camping indiqué sur ma carte. C’est très laborieux. Le trafic se fait plus dense mais heureusement il y a toujours des pistes cyclables PARTOUT ! Je pensais que la ville n’était pas loin et le camping facile à trouver. [Mais oui, quelle belle idée ^^] En fait je réalise que je viens de passer plus de 8h sur mon vélo avec seulement quelques carrés de chocolat dans le ventre et 100 km dans les mollets. Je commence à fatiguer et à désespérer quand tous les gens me disent qu’il n’existe pas de camping pour les tentes à Worms :/ [Flûte]

Je me retrouve dans un petit hôtel à 25 balles à nuit (très gentiment indiqué par la nana de l’office de tourisme), salle de bain sur le palier mais très propre et en plein centre ville. Visite de la ville à pattes. Je sens bon [Ok, je sens l’homme (il y avait un « Axe for men » dans la douche, je me suis laissée tenter), mais je sens bon] ça fait tellement du bien ! « Déjeuner-diner » d’une pierre deux coups devant la magnifique cathédrale St Pierre et retour à l’hôtel pour travailler ! Je sombre vers minuit. Demain je dois être partie de l’hôtel avant 10h ! Aller hop, dodo !

 

Samedi 21 Mai, J18 – Arrivée à Francfort

aurelia-brivet-coquelicots

Il y a pleiiiiiin de coquelicots sur l’Eurovélo 15 !

Je m’amuse toujours autant sur mon vélo, j’ai réussi par hasard à retomber sur la route de « l’eurovélo 15 ». Il fait toujours aussi beau, c’est tellement agréable, j’ai quitté mes gants pour éviter d’avoir le bronzage de la parfaite cycliste ;) Lors de ma pause déjeuner la famille d’hier me rattrape par hasard et nous décidons de rouler ensemble l’après-midi après avoir dégusté une glace mangue-yaourt, miam miam !

On traverse les vignes, on longe le Rhin puis on se sépare car moi je continue sur le « Main ». Je retrouve rapidement d’autres gentils cyclistes qui spontanément viennent me demander si j’ai besoin d’aide. « Francfort ? Ah, c’est compliqué et… c’est quand même un peu loin, non ?! ». Je suis un couple de cyclistes pendant quelques minutes afin qu’ils me mettent sur la bonne voie, et en avant ! « Toujours tout droit pendant 35 km ! » Ca, c’est de l’ef-fi-ca-ci-té ! « Thanks guys ! »

L’arrivée dans Francfort est des plus magnifiques ! On ne m’en avait pas forcément dit du bien. Mais là, en arrivant facilement via la piste cyclable du fleuve… il fait beau, tout le monde est dehors, marcheurs, cyclistes, promeneurs, jongleurs, musiciens, buveurs de bière, crêpes au soleil… un joyeux bazar dont il émanait une chouette énergie dynamique. C’est samedi, petits et grands profitent du soleil.

Je pose mes sacoches dans une grande auberge de jeunesse très bien tenue (que j’avais réservée la veille via internet puisque j’avais une connexion à l’hôtel, pratique !), 23 balles la nuit petit-déjeuner inclu. Quel plaisir de se balader en fin de journée, après 100 km parcourus et une bonne douche, admirant à droite à gauche les locaux avec leur chouette ville en toile de fond, saupoudrée du soleil qui chauffe un peu moins à cette heure-ci. Ce soir c’est l’Italie à l’honneur alors on mange italien, on parle italien, on chante italien, on danse à l’italienne… et on boit de la bière locale ! Je passe la soirée avec une italienne, rencontrée par hasard, que j’émerveille de mes quelques dernières aventures cyclistes et qui me raconte ses années de fille « au pair ».  Bonne nuit, demain lever 7h : je serai la première au petit déjeuner à volonté !

 

Lundi 23 mai 2015, J20 – Alors que tout le monde retourne travailler, moi, je reprends la route [Parfois j’ai un peu l’impression d’être à contre temps^^]

Malgré qu’une des 8 nanas du dortoir ait réussi à ronfler très fort toute la nuit (et ce n’était pas moi), j’ai plutôt bien dormi et ai pris un petit déjeuner raisonnable ;)
Une fois sortie de Francfort en ayant croisé tous les gens qui retournaient travailler je suis seule sur les pistes cyclables allemandes. Je n’ai plus de « Hallo » ni de sourires à adresser à personne… à part aux nuages, qui font leur retour, mais il ne pleut pas, alors c’est chouette. J’écoute le livre « Oona et Salinger » jusqu’à un camping que j’ai vu indiqué sur ma carte routière, je ne me rends même pas compte que je viens de rouler 77 km, je m’installe, prends une bonne douche chaude et me mets à travailler sous une structure en bois douteuse recouverte d’une tôle ondulée (pratique quand un nuage passe). Qu’est ce qu’on est bien quand même !

aurelia-brivet-francfort-laubach12ld

La vue de mon déjeuner

Mardi 24 mai 2015, J21 – Tout en évitant les limaces, je fais la course avec les lapins

aurelia-brivet_laubach-alsfeld01ld

Me voyant partir sous la pluie et dans le froid la propriétaire du camping me propose généreusement un thé, que j’accepte avec bonheur. Ayant déjà un peu trainé à sortir de ma tente ce matin – j’écoutais la belle mélodie des gouttes tintinant sur ma toile de tente ;) -, je ne pars pas très tôt.

Aujourd’hui, non seulement je n’évite pas les gouttes de pluie mais je n’évite pas non plus les flaques d’eau qui se forment avec toute cette eau qui ne cesse de tomber du ciel. Du reste je continue à m’amuser sur mon vélo : on voit quelques petits choses marrantes quand nos paupières arrivent à faire office d’essuie-glace (voir photo). Le jeu principal était d’éviter les limaces, de courir après les lapins et d’essayer de ne pas me perdre (je n’ai pas toujours été la vainqueur de ces jeux, je crois même que j’ai perdu à tous pour être honnête !). J’ai pu terminer mon livre audio « Oona et Salinger », ce qui a eu le bon effet de me faire vachement relativiser sur ma situation immédiate. Grâce à ces descriptions précises de la guerre, j’ai réalisé que malgré le fait que je sois perdue dans le brouillard, que j’aie les mains trempées jusqu’aux os et les pieds gelés, ma situation était tout à fait enviable.

Dans l’idée je pensais atteindre un camping, ou même faire du bivouac… bien que je fusse trempée jusqu’aux os, mais m’arrêtant vers 16h à l’Office de tourisme d’Alsfeld afin de choper du Wifi gratuit, je me suis laissée tenter à demander à la nana s’il n’y avait pas un lit pas cher pour ce soir dans la ville… C’est comme ça que je me suis retrouvée, une heure plus tard, à étendre mes sous-vêtements nouvellement propres sentant le savon au miel dans un immense appartement contemporain ultra top la classe ;) Bon, je suis faible parfois, j’avoue… mais c’est un tel bonheur de pouvoir être au sec dans une maison confortable et de pouvoir faire sécher ses vêtements et chaussures :)

 

Mercredi 25 mai, J22 – Petit déjeuner au lit

Prendre son petit déjeuner dans un lit 3 places ultra confortable dans un immense appartement hyper hipe pas cher et bien chauffé, tout en réservant un ferry du Danemark à l’Islande pour le mois prochain (de son lit également)… J’avais l’impression d’être une petite princesse dans son palais royal !

aurelia-brivet-campagne

A 14h, après 56km, j’arrive dans un camping que j’avais repéré sur la carte… lieu qui ne m’inspirait pas, même pas du tout. Comme il était encore tôt et qu’il ne pleuvait pas, je décide de pousser jusqu’à la prochaine grosse ville : Kassel, 25 bornes [Easy !]

Un petit capharnaüm pour entrer dans la ville et trouver le centre (comme la majorité des grandes villes). Je m’adresse à une première personne pour lui demander où se trouve l’office de tourisme… forcément le type ne parle pas anglais (en fait je trouve que les allemands ne sont pas si « anglicisés » que ça, contrairement à ce que l’on dit ^^ ha ha ;) ). Je déambule encore dans la ville… tout le monde a l’air si pressé. Mais étant vraiment paumée à un grand carrefour, je chope au vol le premier mec qui passe à une distance raisonnable de moi pour lui poser la même question.

C’est ainsi que je me retrouve à papoter avec lui jusque dans le plus bel endroit de la ville (selon lui) : l’Orangerie (disons que c’est un mix entre le château de Fontainebleau et le Schönbrunn Palace de Vienne -toutes proportions gardées-). Puis de fil en aiguille, je me retrouve à trinquer un délicieux verre de Lambrusco rouge, chez lui, propre des pieds à la tête avec toutes mes affaires en sécurité dans son beau petit appartement lumineux situé sous les toits. Et bien non, il n’est pas allemand, sinon ça ne se serait pas passé comme ça (s’il avait été allemand on se serait retrouvé devant l’office de tourisme fermée et il m’aurait laissée là) ; il n’est pas italien non plus ; il est spontané, chaleureux, dynamique et brun, c’est un espagnol :) Salute ! [J’aurais dû traverser l’Espagne, quelle idée de choisir l’Allemagne Aurélia ;) !]

Il est prof de langue au lycée, ça fait trois ans qu’il habite à Kassel mais il ne se sent pas vraiment à l’aise avec la mentalité allemande (les gens sont trop dans leur case, ne font pas d' »écart » car ils se jugent tout le temps). Il aime beaucoup enseigner (cette « vocation » lui est venue lors d’un volontariat au Mexique lorsqu’il construisait des structures scolaires, il aidait en même temps les petits mexicains des villages à apprendre l’espagnol -qui pour eux était l’accès à la réussite-). Il ne pense pas faire long feu ici car il aime sa liberté, il aime pouvoir changer de vie, être là où il se sent bien, « life is all about feelings ». Son projet est d’ouvrir une guesthouse sur le chemin de St Jacques de Compostelle car sa famille natale habite juste à côté de St Jacques. La mer, la chaleur du soleil, se balader pieds nus sur le sable lui manque terriblement. Du reste il adore son petit appartement qui a un panorama absolument splendide (à 360° si on monte sur le toit). Tout dans son appart est ou jaune ou bleu (même lui est habillé en jaune et bleu !), il a quelques marches en bois pour accéder à son lit… en fait on dirait un bateau. On dirait qu’on est dans un bateau ! Après que l’on ait chacun fait nos petites affaires, on s’est retrouvé à dessiner la mer avec plein de poissons heureux dedans, des oiseaux et des soleils sur toutes les fenêtres de l’appartement. Là, on était vraiment dans un super bateau !

 

Jeudi 26 mai, J23 – Les Allemands ne veulent toujours pas m’héberger, ils préfèrent payer mon camping !

Quand je suis partie sous le soleil matinal, tout était paisible et calme, et ça sentait la mer ;)

J’ai retrouvé mes cyclistes et joggeurs du dimanche le long du fleuve Fulda, les gens étaient heureux. Incroyable ! Soit ils ont tous gagné au loto, soit ils sont en vacances… mais il y avait quelque chose qui m’échappait. Je suis l’itinéraire que m’a indiqué Antonio, c’est un très bon itinéraire, simple et plat ! Ça fait tellement du bien de sentir l’air glissant sur ses bras nus que j’ai l’impression qu’il me pousse des ailes !

Je m’arrête dans la splendide ville que m’a indiqué Antonio. La nana de l’office de tourisme est très sympathique, je lui laisse mes sacoches pendant que je vais travailler en ville utilisant le wifi publique en croisant les doigts pour que tous mes envois passent. Je déambule parmi toutes ces vieilles maisons à colombages absolument magnifiques avant de continuer ma route sur le fleuve Weser. Il y a plusieurs camping le long de la rivière, j’avance un peu plus quand même – la journée n’a pas été éprouvante pour le moment – bien au contraire, c’était juste un régal. Forcément le camping que je vise n’existe plus ou est introuvable, je fais des va-et-viens dans les bleds, en suivant des itinéraires cyclistes qui ne me mènent pas du tout où je veux. Bon, j’en profite pour visiter une magnifique petite église sur une petite place divinement paisible.

Puis après d’autres va-et-viens, je demande à un jeune allemand de m’indiquer le « campingplatze » qu’indique les panneaux mais que je ne trouve pas. Il est nouveau ici, il n’en sait rien. Très bien, du coup je lui demande s’il ne pourrait pas m’héberger, ce à quoi il me répond qu’il ne comprend pas très bien l’anglais – Ha ha, j’adore les allemands !-. Ok, alors let’s go pour trouver un spot de bivouac, il fait beau, c’est la bonne occasion ! Avant de me réengager sur la piste cyclable qui longe le fleuve je demande à tout hasard à la dernière maison (où il y avait deux personnes assises sur leur terrasse) s’ils connaissent des campings pas loin. Apparemment c’est compliqué « les campings pas loin ». Je demande alors si je ne peux pas dormir dans leur jardin. Ça semble compliqué à la mamie d’accepter ce genre de demande. Du coup, le fils, embêté, revient devant moi quelques minutes plus tard avec son camping car « Allez grimpe ! » (version approximative traduite). [« Pardon ? »]. Difficile de refuser, ça lui faisait tellement plaisir de m’aider, alors il m’emmène avec Berthe et mes sacoches dans son camping pour visiter les campings des alentours (qu’il connait quasiment tous), afin que je choisisse celui qui me plait. Incroyable !  

Deux campings plus loin : un spot magnifique, paisible, au bord de la rivière, avec des jeunes jouant au molky sous les rayons du soleil… parfait ! Je lui propose de lui payer une bière pour le remercier. Il accepte à condition que ce soit lui qui paie et d’ailleurs c’est lui qui paiera mon camping par la même occasion (négociation non permise). [Ok, bon… bah merci !]

Bien que d’apparence il aurait pu se faire embaucher pour jouer le rôle de l’alcoolique dans Camping 3, il est en réalité non seulement dentiste de profession dans la ville universitaire d’à côté mais en plus skipper à ses heures perdues : il emmène des gens pétés de thune sur son propre catamaran de luxe faire des croisières de luxe de 2 à 3 semaines dans les mers et océans autour de l’Europe. Bref, il est lui aussi pété de thune… sans avoir gagné au loto :) Sauf qu’il n’aime ni les grosses voitures, ni les belles fringues, ni les gens riches, mais plutôt les barbec’ de petits campings qui ne payent pas de mine et les bières pas chères au bistro du coin ! [J’adore !]

image

Pause informatique devant mon « campement » au bord du Weser

Je monte ma tente (encore mouillée de 3 jours), sors mon sac de couchage (encore humide), je prends une douche (froide sinon il faut mettre des jetons que je ne veux pas aller demander car je me suis déjà déshabillée et que si je pars en chercher la nana va prendre ma place et que je vais devoir attendre longtemps), puis je prends mon déjeuner-dîner à un super spot paisible, tout au bord de l’eau (du gruyère qui a goût de plastique, une sorte de reste de saucisse pré-cuite que j’avais achetée mais que je ne fais pas cuire parce que je ne veux ni ne peux pas la faire cuire et un espèce de sandwich que je m’étais fait à l’auberge de Francfort lors du petit-déjeuner à volonté la semaine dernière, qui est tout écrasé et a goût de savon -ne me demandez pas pourquoi il a goût de savon, je n’en sais rien-) tout en regardant les canards s’amuser grandement à voler à toute vitesse juste au-dessus de l’eau. Qu’est ce qu’on est bien !

Vendredi 27 mai 2016, J24 – Mango stiky rice !

Je continue ma route le long du fleuve, je m’arrête dans la superbe ville Höxter comme me l’a indiqué mon « sauveur » de la veille. Je scoite un restaurant asiatique quelques heures pour travailler (je n’ai pas trouvé de restaurant local ayant du wifi correct). Mais cela m’amène à manger mon plat asiatique favori (que je ne pensais jamais retrouver) : un mango stiky rice pour mon petit déjeuner ! Incroyable !

Je visite de cloitre de Höxter dont on m’a parlé avant de reprendre la route, heureuse comme jamais.

Pour faire marcher l’économie allemande et pour faire honneur à la parole de mon <em>sauveur</em> de la veille je suis allée dans le camping de Polle qu’il m’avait indiqué comme « Zuper !« .

Effectivement il était très chouette. En faisait le tour du camping pour choisir où j’allais planter ma tente, je me fait alpaguer par une bande de bringueurs qui me colle un verre entre les mains sans que je ne demande rien.

Du coup je me suis assise à leur tablée, ils avaient l’air drôles et sympathiques. Après que j’ai prouvé aux filles tout ce que je leur racontais (le nombre de kilomètres que j’avais fait, les pays que j’avais visité ces dernières années, mon boulot, etc) car elles étaient tellement bluffées qu’elles ne me croyait pas et une fois qu’elles aient commenté mes yeux et ma mèche de cheveux blanc elles m’ont définitivement « adoptées », elles étaient fières de m’avoir à leur table et leurs maris ont rallumé le barbecue exprès pour moi.

Tout en me gavant de tout ce qu’il me donnait l’une m’explique qu’elle aime son chien plus que ses propres enfants, une autre a son chien mourant dans les bras, une a du mal à se remettre de la mort de sa mère, une autre m’explique qu’elle a une maladie et que dans 10 ou 20 ans elle serait en fauteuil roulant, un autre bosse chez Volkswagen mais compte tout plaquer pour voyager en Europe en mobile home et j’en passe… Bref, ils étaient là pour oublier tout ça, faire le vide et seulement s’amuser. Ils avaient déjà remis trois bouteilles de vodka dans le saladier de ponch depuis que je m’étais assise… et la soirée ne faisait que commencer (j’ai eu droit à toute la discographie allemande récente – oui, car… ils sont bel et bien ALLEMAND ! Dingue !).

 

Samedi 28 mai 2016, J25 – Réveillée par la chaleur du soleil

La chaleur du soleil me tire de mon réveil, incroyable, c’est la première fois de ce périple que cela arrive. Bon, le jour était mal choisir car j’aurai bien dormi un peu plus mais bon. Cela voudrait dire que c’est vraiment l’été ? Chouette ! Je visite la toute petite ville de Polle qui se résume à monter tout en haut de la tour d’où l’on a un super panorama à 360°. Il y a quelques œuvres d’art dans le petit parc, c’est très chouette, d’autant que je suis toute seule. Je fais un petit croquis de la vue pour remercier mes hôtes de la veille (ils m’avaient invité pour le petit déjeuner mais je ne voudrais pas abuser de leur gentillesse).

aurelia-brivet-polle

C’est le weekend, je m’autorise à pédaler en robe sans gant afin d’étaler un peu mon bronzage. La vue le long du fleuve Waser est magnifique. Il fait si beau. Le petit vent chaud qui se créé quand on roule caresse doucement la peau, c’est un régal.

Après hésitation je fini par m’arrêter dans le camping de Hamelin car les prochains camping sont assez loin et la ville d’Hamelin est si belle. Je m’installe dans le chouette camping et retourne en ville manger un petit plat de pâtes italien.

Alors que j’étais tout au bord de l’eau en contre bas du camping en train d’écrire mon journal paisiblement et de rigoler avec les gars de l’autre rive qui m’expliquait que leur ami était célibataire, une dame vient me parler.

On passe la soirée à discuter tout en sirotant sa bouteille de vin blanc française. Elle est naturopathe, anciennement esthéticienne, son frère est en ce moment même en Islande, maintenant que ses enfants sont grands elle part les weekends avec sa voiture pour faire des tours de vélo dans les environs. Elle est Allemande, super sympa et elle trouve aussi que les Allemands sont trop fermés et trop « possessif » de leurs biens.

 

Dimanche 29 mai 2016, J26 – 110 bornes le long du Waser

Je décide donc de suivre l’itinéraire que ma conseillé ma « compagnonne » d’hier soir. Même si ça m’allonge mon trajet de quelques dizaines de bornes, l’avantage est que je n’ai qu’à suivre le fleuve Waser sur les pistes cyclables plates avant de remonté sur Hambourg via d’autres pistes cyclables plates, sachant que la portion devrait être belle.

Pause casse croûte vers 11h après 40 bornes. S’ils avaient mieux dosés les conservateurs je n’aurais pas eu à manger le moisi de mon dernier sandwich de Francfort de mon petit déjeuner à volonté mais ça passait quand même.

Pause finale vers 16h au camping de Stolzenau après 110 bornes.

Je fais rapidement ami-ami avec le beau frère du « boss » du camping, Iosef. De façon assez incroyable on arrive à papoter en sirotant des bières bien qu’il soit roumain et ne parle qu’allemand et roumain et moi ne parlant qu’anglais et français. Le « boss » paie aussi sa tournée quand il arrive (« Parce que c’est dimanche »).  Il me dit que je suis la première française de la saison (c’est vrai que je n’ai encore rencontré aucun français en Allemagne depuis que j’y ai mis les pieds). [Il me fait tellement penser à un ami à moi physiquement, dans ses mimiques et dans sa façon de parler.] Il me raconte, entre autre, qu’il avait 6 frères et sœurs, mais sa sœur (l’ex femme de Iosef) est morte dans un accident de voiture et son frère dont il était très très proche [qui porte, par coïncidence, le même prénom que l’ami à qui il me fait penser] est décédé il y a quelques semaines. Une fois dit, on passe une belle soirée tranquille tous ensemble avec écoute des derniers tubes roumains avant d’aller dormir !

 

Lundi 30 mai 2016, J27 – Petit tour en bateau

image
Un magnifique soleil se trouve pile en face de moi lorsque j’ouvre ma tente à 5h45. Ciel dégagé, la journée s’annonce très belle ! Avec mes deux compères d’hier soir nous partons faire un tour en bateau sur le fleuve… Lorsque le « boss » n’est ni dans son camping ni en train de réparer de vieilles voitures ou de petits bateaux à moteur dans son atelier, il vient dans ces coins là pour être juste tranquille « Only nature »… On contemple les oiseaux voler au ras de l’eau sous le soleil…

Sans que je ne demande rien, je me fais offrir à manger à midi par une famille Turc de la guesthouse – guesthouse que j’étais en train de squatter pour travailler -.

Je ne pars donc pas avant 14h30. Comme l’avait prédit le boss la pluie a pointé son nez. En même temps il faisait tellement lourd que ce petit rafraîchissement tombait à pic (c’est le cas de le dire). J’ai bizarrement croisé plusieurs cyclistes pendant qu’il pleuvait, ils me faisaient rire car tous avaient mis leurs ponchos de couleurs vives qui flottaient au vent comme des capes de déguisements de super-héros. Moi j’aimais sentir les gouttes de cette douche tiède mobile (et totalement gratuite, ha ha) sur mes bras et sur mes jambes… Un vrai régal.

Les paysages étaient puissants, ils reflétaient le combat entre le beau et le mauvais temps : un coup c’était l’un qui gagnait, un coup c’était l’autre.

En fin d’après-midi il y a eu encore plus de vent, les herbes s’affolaient, les arbres s’agitaient dans tous les sens, les éoliennes tournaient à bloc et moi je roulais encore plus vite sur la route droite bien goudronnée. « Daybreak » de Overwerk dans les oreilles, un paysage magnifiquement menaçant devant les yeux. Énorme !… Sauf que là ce n’était plus le combat entre le beau et le mauvais temps… ça devenait le combat entre le mauvais temps et moi. On s’est élancé à toute allure sur le champ de bataille, face à face, chacun ayant dégainé son épée… Avant de me faire ratatiner par l’averse, souffler par le vent ou électrocuter par la foudre je lève le drapeau blanc, quittant la route par instinct de survie pour m’enfiler dans une perpendiculaire. Puis quelques dizaines de mètres plus loin j’ai eu juste le temps de m’engouffrer dans un petit hangar en briques rouges recouvert de tôle ondulée avant le coup fatal ! La pluie tambourine sur la tôle et j’assiste, au sec, à ce spectacle d’éclairs comme si j’étais confortablement installée dans un fauteuil de cinéma.

Je réalise alors trois choses : j’ai envie de pisser, j’ai faim, il y a une belle grande vieille remorque à foin en bois qui serait parfaite pour dormir au sec cette nuit ;)

Et mes trois vœux se réalisent…

 

Mardi 31 mai 2016, J28 – Une rencontre inoubliable

image

Réveil matinal

Je déguerpis sans tarder pour ne pas que les fermiers me voient : à 6h je donne mon premier coup de pédale. Wah, je n’ai jamais démarré aussi tôt… et pourtant, qu’est-ce que c’est agréable ce moment où l’on pédale paisiblement en short et claquettes alors que le soleil est juste levé, éclairant la brume dans les prés.

Alors que moi je descends de ma campagne en short/tongs, les joues fraiches, les cheveux nattés et encore pleine de foin, telle une jeune fille d’après-guerre, je réalise que je dénote un peu dans le paysage : je croise beaucoup de voitures pressées, longe les trains rapides, passe au-dessous d’une autoroute embouteillée, regarde les travailleurs bien habillés avancer tête baissée et souris aux écoliers. [Ah tiens, finalement je ne dénote pas tant que ça : j’entre dans Verdun ;)]

Ciel blanc. Route plate et goudronnée. Je trace, j’ai un « warmshower » qui m’attend à Hambourg ce soir !

Je ne suis plus très loin, j’essaie de retrouver les bonnes pistes cyclables pour entrer dans Hambourg… pas simple. Dans une petite rue qui descend après un gros carrefour, je croise un vieux type à vélo, son chien attaché à un haret ventral. Je le prends pour un cyclotouriste alors je lui demande si tout va bien (lui au moins était souriant et m’a de suite saluée). On s’arrête discuter quelques secondes et rapidement il me demande si je veux un thé – ce à quoi je réponds « Oui« , sans comprendre comment il était arrivé à emmagasiner un butagaz, des tasses et des sachets de thé dans ses sacoches, car, après vérification, il n’avait pas tant de bagages que ça.

En fait… il habite la maison à côté ^^. Une grande maison assez sombre de célibataire endurci (sa femme est morte). Une grande tente solide est en train de sécher au milieu de la pièce, avec pêle-mêle des revues sur la montagne, des bouquins, de la nourriture pour chien, des poids de musculation et j’en passe… tout est entassé dans un beau capharnaüm. Je choisis mon thé. Lui, quoique de carrure costaude, a un visage attentif, sincère, généreux et des yeux très doux. Il me dit que j’ai des yeux qui « illuminent ». Il me raconte qu’il a pas mal voyagé, surtout au Canada où il vivait avec les minorités, survivant dans la nature en chassant des grosses bêtes. En Allemagne, il était pédagogue de profession, désormais il emmène des gens faire des treks car la nature n’a pas de secret pour lui. Il fut plus ou moins chef scout si j’ai bien compris. Il fabrique ses arcs et s’entraine dans la forêt d’à côté. Il pratique des sports d’arts martiaux, etc… Je vous épargne son avis sur les allemands, sa frustration de la mentalité humaine d’aujourd’hui, son dégoût des grandes villes… Bref, un type vraiment incroyable. La nature, l’enseignement et lui ça ne fait qu’un.

Tout en discutant il me cuisine mon repas du midi : une délicieuse omelette au bacon avec des tranches de pain toastées en plus de mon thé. Je n’aurais pu rêver mieux, moi qui avais fini mon reste saucisson au petit déjeuner car je n’avais plus de chocolat [Plus de chocolat ?!?!] ! « Mange tant que c’est chaud, c’est bon pour ton estomac ! », me dit-il. Il aurait tellement aimé voyager avec moi jusqu’en Islande… et je crois que j’aurais accepté volontiers vu comme il était impressionnant de savoir, de sagesse et de spiritualité. Il me donne des conseils divers et variés, des trucs et astuces incroyables que je ne détaille pas ici mais ce fut un moment très fort.

Alors que je commençais à remmener mon vélo au dehors (car lui voulait aller faire une balade avec son chien) il me dit d’attendre et se met à me donner tout un tas d’objets incroyables dont j’aurai besoin sur ma route (selon lui) : le couteau des scouts, une moyenne scie pliable, une petite truelle pliable, une fiole avec un liquide qui sent très fort (contre les moustiques), un pot de beurre de noix de coco (pour mélanger avec), un briquet rechargeable qui marche même sous la pluie… sans oublier une plume de vautour (pour la chance). Je voulais refuser mais je n’avais pas voix au chapitre.

Abasourdie par cet échange de paroles puissant et cet élan de générosité… j’en reste bouche bée.

On se dit « Au revoir » dans la petite rue qui descend après le gros carrefour, dans la même configuration qu’une heure plus tôt, ou peut-être deux. J’ai perdu toute notion du temps tout comme mon orientation. Je fais un tas de détours avant de me retrouver sur la bonne voie… Mais je m’en fiche un peu, je ne m’étais toujours pas remise de ce qui venait de se passer et les nuages étaient tous partis.

C’est paradoxal, j’avais l’impression d’être profondément plus forte qu’avant de l’avoir rencontré (grâce à toutes ses paroles honnêtes et cette générosité matérielle inattendue) et à la fois, et pour la première fois, des craintes me remontaient au cœur.

Grâce à Google Map (le Smartphone est quand même, de nos jours, un outil carrément utile – bien qu’il ne remplacera jamais une scie, je conçois – ), 125 km au compteur, j’arrive chez mon « warmshower », Marc. Il avait gentiment caché les clés de son loft dans les câbles électriques à côté de sa porte d’entrée afin que je puisse m’installer tranquillement chez lui en son absence. Deuxième grande surprise magnifique de la journée : un si charmant et splendide appartement pour moi toute seule dans lequel je pouvais jouir d’une machine à laver (j’ai mis intégralement TOUT ce qui, dans mes sacoches, pouvait passer à la machine à laver), d’une baignoire, de serviettes propres, de fringues propres (du coup j’ai dû lui emprunter des fringues vu que les miens étaient dans la machine), de nourriture et d’une connexion wifi gratuite et illimitée !

…incroyable.

Lui aussi est un type impressionnant. 30 ans, il est développeur informatique en freelance et a pour hobby de bricoler des vélos en tout genre (par ailleurs c’est lui qui a aménagé son loft). Dès qu’il le peut il voyage à vélo partout sur la planète (et quasiment sans bagages). Ah, et en plus, c’est un super cuisinier ;) !

Après le diner, il me laisse son appart pour la nuit car il va dormir chez sa copine. Ah la la, dingue, dingue, dingue tout ce qui m’arrive. Et le plus dingue : il n’y a pas d’interrupteur dans son loft, je contrôle toutes les lumières avec… mon Smartphone !

Bon, je crois que j’ai eu assez de nouveauté aujourd’hui pour pouvoir dormir comme une marmotte – en éteignant les lumières depuis mon lit – ;)

 

Mercredi 1 juin 2016, J29 – Hambourg à vélo

Je ne vais pas démentir l’avis des gens sur cette ville : j’adore ! Il a fait spécialement beau et j’en ai bien profité. Autant sur certains axes on sent que c’est une grande ville avec beaucoup de trafic, de voitures, de travaux, autant il y a plein de coins magnifiques et paisibles : faire le tour du port et du lac à vélo, déambuler dans des rues parallèles paisibles, faire la crêpe au soleil dans les parcs magnifiques… ou se retrouver au 28 rue Valentinskamp (avis à tous les bikers alternatifs : c’est THE place to be !). Coincée entre des immeubles de bureaux, une maison bien cachée, remplie de couleurs, d’odeurs et de bonne humeur vous sourit. Là, on peut boire, manger, lire des bouquins de vélo, discuter avec plein de gens sympas, et surtout, on peut venir y trafiquer son vélo de la façon la plus inimaginable (je comprends tout de suite mieux mon WS) !  Bref on se sent carrément à sa place parmi tous ces bikers.

aurelia-brivet-hambourg-valentinskamp

A tous les cyclistes : THE place to be

Je me suis même retrouvée à devoir porter des caisses entières de bouteilles de bière vides au supermarché à bord d’un vélo élargi d’un caddie de supermarché entre les deux roues. Ce dont je n’avais pas l’habitude c’est le fait de freiner en utilisant la marche arrière. J’ai eu quelques ratés au début mais je m’en suis vachement bien tirée !

image

Devant le supermarché après un ride dans la ville, heureusement qu’il n’y avait pas trop de circulation !

 

Jeudi 2 juin 2016, J30 – Démonstrations de drones

Aujourd’hui, c’est parfait, il ne fait pas beau et j’ai du boulot qui m’attend ! Hop, après un petit déjeuner avec mon warmshower et après qu’il m’ait cassé puis réparé les freins (lol) je m’y mets (il part au travail dans une boîte de développeur informatique).
L’entreprise établie à côté de chez Marc conçoit et réalise des drones avec caméra embarquée pour faire des photos vues du ciel. Comme il n’y a pas de toilettes dans les bâtiments, les collaborateurs viennent squatter celles de Marc. Du coup j’ai un peu l’impression de faire du co-working avec eux, c’est sympa ! D’autant plus sympa qu’ils m’ont fait visiter leur locaux, qui sont très, très impressionnant : séance de photos prises depuis leurs engins et démonstration de drones en direct dans la cour intérieure des bâtiments ! Extra !! Oui, car il s’est mis à faire beau finalement, hé hé ! Je profite de cette belle après-midi pour faire un tour en centre-ville. C’est tellement chouette de rouler sans chargement dans Hambourg avec tous ces vélos et ces pistes cyclables. Je m’octroie une contemplation du lac en fin d’après-midi. C’est splendide, il y a tout plein de bateaux, voiliers, barques, avirons… Les gens font leur jogging, pédalent autour du lac…

image

Lac d’Hambourg

En partant j’entame une conversation avec mon voisin de banc. Il me propose une bière et des cacahuètes [Alors là, il avait visé très juste. Comme il est impossible de refuser une invitation à un apéro bière-cacahuètes dans le « Lia ´s code » je suis forcée d’accepter.].
Il est indien né en Afghanistan, la trentaine, on discute un moment, puis, petit à petit, l’orage venant, on finit par se retrouver dans le Resto de Burgers maison qu’il a monté il y a quelques mois avec son cousin et un collègue. Il m’offre un excellent burger maison à l’avocat avec frites de patates douces et boissons à volonté ! Je déguste le tout sur la terrasse intérieure très mignonne du restaurant indien d’à côté, m’abritant sous une balancelle car il s’était mis à beaucoup pleuvoir ! Trop chouette, j’adore :)
Une fois que la pluie a cessé on fait un bout de chemin ensemble pour rentrer. Sauf que le ciel avait des couleurs vraiment incroyablement splendides et que j’aurais bien voulu voir ça ailleurs qu’entre les immeubles… C’est alors qu’il me parle des concerts d’été d’eau & lumières dans un joli parc pas loin d’où l’on voit le soleil couchant. Et le show commence dans une demie-heure…

Les jets d’eau éclairés par des projecteurs colorés dansent au rythme de musiques classiques et parfois plus contemporaines (comme par exemple une extraite du film James Bond)… C’est superbe. C’est la première fois que je vois ça. Bon je n’ai pas vraiment pu voir le soleil couchant du fait du ciel capricieux aujourd’hui, mais tant pis, ça valait le détour… Ou presque… un orage fonçant droit sur le parc. La moitié de l’assemblée avait prévu le coup et sort son parapluie… Nous on décide de filer vite fait. Même pas le temps d’aller jusqu’à la gare, il pleut déjà des trombes d’eau qui mouille, on bifurque à gauche pour s’abriter sous le kiosque du jardin des roses. Cette situation cocasse nous amuse beaucoup. On est rapidement rejoint par d’autres personnes. Au moins, c’est beau, ça sent super bon la rose et on est à peu près au sec ! Les éclairs illuminent le jardin comme s’il faisait grand jour d’un seul coup puis le tonnerre gronde quelques secondes après. Splendide…

Je crois que sans Google Maps je ne serais jamais arrivée à retrouver l’appartement de Marc :S

Marc est chez sa copine, j’ai le loft pour moi tout seule, c’est parfait comme ça je peux bosser à l’aise, en musique (je peux mettre ma musique sur ses bonnes enceintes en « AirPlay » – trop la classe). A 4h30 du matin, boulot terminé, j’éteins toutes les lumières depuis mon téléphone dans mon lit – trop la classe, j’adore – c’est alors que je me rends compte que le jour se lève et que le concert matinal des oiseaux commencent. Comme le loft a de très grandes fenêtres, qu’il est entièrement peint en blanc et qu’il n’y a aucun volet… Et bien… Ça m’entraîne pour l’Islande !

Vendredi 3 juin 2016, J31 – Good Bye Hambourg

L’huile de cuisine pour graisser la chaîne : (pour l’avoir testée…) vraiment à éviter (papa ton conseil n’était pas au top pour une fois ;) ) ! Je nettoie ma chaîne et remet de l´huile spéciale pour vélo que m’a filée Marc.
J’exécute des tâches que je n’avais pas faites depuis un mois, comme laver la vaisselle ou remettre des habits propres qui sentent la lessive… Avant de décoller vers 14h30.

Quand je suis partie mes freins faisaient un bruit pas possible, on avait l’impression qu’ils criaient, c’était horrible. J’essayais d’éviter de freiner mais en ville c’est impossible. Au bout de 15 min, toujours pas sortie de Hambourg, je roule sur ma gente avant… Encore mieux… Je dois changer la chambre à air dans un parc mal fréquenté alors que le ciel est menaçant. Super. Je m’abrite sous un kiosque au cas où. Je ne sais pas si c’était une bonne intuition de quitter Hambourg aujourd’hui…
Les mains pleines de cambouis mais la nouvelle chambre regonflée, je continue à avancer avec les indications de Google Maps.

50 bornes plus tard, vers 19h, une jolie petite ville me sourit et me sort de mes pensées. J’ai toujours la tête à Hambourg, je me demande si j’ai bien fait de partir car tous les signes me poussaient à y rester. Première fois depuis que je suis partie que j’ai l’impression d’avoir fait un choix (et peut être pas le bon).

image

Découverte de Bad Sedeberg à pied

Bon c’est ainsi.

Je ne peux pas regretter car je découvre une ville absolument magnifique, un beau lac juste à côté du camping, des anciennes maisons superbes, des petits chemins piétonniers naturels en ville, des cimetières incroyablement charmants et… Un endroit en hauteur avec vue panoramique sur toute la ville ! Mais surtout : avec vue sur le soleil couchant ! Ah trooooooop beau !!! Ça faisait longtemps que je voulais trouver ce genre de spot. C’est génial ! J’adore. Je ne bouge plus jusqu’au coucher du soleil (je crois qu’ici seule ma grande sœur pourra me comprendre – oui ‘Anna’ tu m’as un peu manqué en cet instant, tous nos spots d’Asie du sud-est me sont revenus en mémoire ;) -)

J’évite délicatement de me faire des amis ce soir, je longe le parc et rentre me coucher tôt.

Samedi 4 juin 2016, J32 – 2000 km

Ce matin je me lève à l’heure à laquelle je m’étais couchée la veille [j’ai vraiment pris de bonnes habitudes en voyageant !], c’est à dire à 4h30, pour monter rapidement au spot d’où j’avais regardé le soleil couchant la veille, pour y voir, cette fois, le lever :)
J’arrive pile à temps, je suis seule avec les oiseaux, c’est divin.

Je déambule dans la ville encore endormie, les commerçants commencent tout juste à mettre leurs étalages en place quand j’arrive sur la place du marché. Je vais me baigner dans le lac (l’eau aurait pu être plus chaude mais c’est un régal, d’autant que c’est la 1ère fois que j’utilise mon maillot de bain !).

Je sèche au soleil et finis par faire une petite sieste (il faut dire que je n’ai pas dormi beaucoup ces dernières nuits).

Je suis, un peu au hasard, la voie cycliste en direction de « Plön » sur ma carte papier : je me rends compte que la ville est à côté d’un lac avec quelques campings alentours. Je me dis que ça peut être sympa. Il fait très beau, la route est splendide : petits chemins embaumés par le parfum des pins chauffés au soleil où l’on roule tantôt sous la fraîcheur des branches tantôt sous la chaleur du soleil… On se croirait en Sardaigne (mais en plat) !

Quelques petites heures plus tard, alors que mon compteur vient d’afficher 2001 km, je plante ma tente à 15 mètres du lac, dans un charmant coin ombragé d’un camping ultra top. C’est splendide ! Je n’en reviens pas !

Je pique une tête pour la 2ème fois de la journée. Puis je squatte « mon » ponton (il n’y en a que deux pour tout l’immense camping mais j’ai décrété que celui-ci était le mien vu qu’il est juste en face de ma tente), en lisant « La prophétie des Andes » pendant toute l’après-midi. C’est tellement agréable d’être caressée par le soleil, allongée sur les planches du ponton qui sentent bon le bois chauffé…

J’autorise mon voisin de tente à venir dîner sur mon ponton pour le beau coucher de soleil. Il est architecte, il a un fils actuellement en voyage en Australie et une fille qui vient d’acheter un chien alors qu’il lui avait dit non. On parle voyages, énergies renouvelables, politique et j’en passe.

Un jour parfait en tous points pour fêter mon « mois-versaire » ;)

image

A quelques mètres de ma tente, le lac de Plön

 

Dimanche 5 juin 2016, J33 – Mer en vue !

4h30, je me lève pour voir l’aurore teinter le lac de ses belles couleurs. C’est superbe, les cygnes me font rire à faire sans arrêt la bascule dans l’eau pour se nourrir. Comme je suis encore un peu fatiguée je décide de terminer ma nuit sur le ponton (j’y amène mon sac de couchage et mon tapis de sol, histoire, qu’en plus de ce très charmant panorama, ce soit confortable !).

Je fais une petite virée matinale à bicyclette le long du lac histoire de m’échauffer un peu et de découvrir les environs. Il fait déjà chaud, c’est un régal de filer sous les arbres qui bordent le lac, la température est parfaite quand on est vêtue d’une simple robe !

Je monte au château de Plön (mon voisin de tente de la veille me l’avait recommandé). Je craque pour un petit déjeuner français au restaurant du château tellement la vue sur le lac est imprenable. Je ne regrette pas car c’est excellent et une dame très classe en a profité pour s’asseoir à côté de moi et commander la même chose. Elle est Autrichienne, elle vient juste d’être à la retraite et prend enfin du temps pour elle. Elle a sans arrêt travaillé (son dernier boulot fut la direction d’un hôtel-restaurant qu’elle a créé en réaménageant un ancien moulin à eau), maintenant elle vit seule avec son cheval, ses deux chiens et ses 3 poules à 10 km d’ici au bord d’un autre lac plus petit, elle a emménagé ici car elle trouve cet endroit divin.

Le lac du camping est trop tentant pour ne pas y repiquer une tête. J’accomplis mes 365 brasses réglementaires puis je reste patauger un bon moment en faisant la planche car l’eau est tellement bonne !

Je remercie chaleureusement mon voisin de tente (qui rentre tout juste de son tour de kayak du matin) car il m’avait laissé des petits pains et un croissant devant ma tente pour mon petit déjeuner ! Trop mignon !

Les pistes cyclables sont toujours aussi belles et tranquilles, c’est encore une fois un régal. Sauf qu’à un moment le panneau cycliste indique de tourner à gauche et je galère un moment avant de traverser une route où il y a trop régulièrement des voitures qui tracent. Bon, j’y arrive en m’engageant sur cette route mais qui ne semble pas vraiment être une piste cyclable… Me suis-je encore plantée ?… Ah ! Non ! Mer en vue !!!!! Incroyable ! J’arrive à la mer !!!!!! Eau bleu sur ciel bleu. Prés verts devant sable jaune. C’est absolument magnifique ! Je ne m’y attendais plus. Pas. Bref. Ah ah ah, je suis si heureuse ! J’ai pédalé jusqu’à la mer ! Énorme.

Après avoir atterri sur une plage de naturistes (ça m’apprendra à ne pas comprendre les panneaux écrits en allemands), et m’être trempé les pieds dans la mer un peu plus loin je refais quelques bornes (le camping ici est tellement trop industriel et commercial que je ne veux même pas demander s’il reste de la place pour moi). Je passe par le magnifique village d’Oldenburg que je ne prends pas le temps de visiter tellement j’ai hâte de revoir la mer et j’atterris avec un immense bonheur, via des petites routes paisiblement ensoleillées, dans le camping suivant. Le spot est trop beau : un petit terrain de camping en haut d’une petite falaise donnant directement sur la mer et en prime, le soleil a déjà enclenché sa disparition : droit dans l’eau.
Je ne peux résister à aller me balader le long de la falaise car c’est trop beau : j’emprunte, pieds nus, en robe, les cheveux au vent, un minuscule sentier où l’on a juste la place de se faufiler entre les douces herbes hautes qui me caressent les jambes et les bras. Je suis complètement seule face à ce panorama des plus splendides. Il fait si beau. On n’entend rien d’autre que la belle mélodie des oiseaux, orchestrée avec celle de la brise agitant avec grâce les herbes hautes. Un moment suspendu. Divin. Puissant. Parfait. Je ne peux le décrire tellement c’est beau. Ce serait presque un rêve. Je crois que j’aurais pu continuer à me balader sur ce sentier tout le reste de ma vie !

… Puis bon, il le faut bien je fais demi tour en direction du camping pour planter ma tente. Je reste béate devant la beauté des couleurs du soleil se couchant dans la mer.

Les douches ont un sol chauffant ! Classe !

Je mange mon déjeuner-dîner (une boîte de conserve de thon en sauce) avant de m’endormir la tête sous les étoiles. Quelle si belle et heureuse journée ! Je voudrais restée éveillée toute la nuit pour contempler les étoiles… En fait il faudrait ne jamais dormir pour apprécier toute la beauté et la diversité de la nature…

aurelia-brivet-5juin

Vue de ma tente…

 

Lundi 6 juin 2016, J34 – Arrivée au Danemark

Ça y est, mon horloge biologique est réglée ! 4h17, je me réveille naturellement au moment où l’aube est à son climax de beauté, lorsque les fins et petits nuages moutonneux reflètent les lueurs rose-orangées du soleil encore timidement caché derrière les montagnes au loin. Dans ce cadre paisible où le temps se retient avec grâce de défiler trop vite, je flotte partie mes grandes herbes hautes en évitant les araignées juteuses qui ont élu domicile au milieu du petit sentier cette nuit, et les escargots qui tentent de traverser devant moi ; je discute avec les mouettes, fait détaler les lapins encore assoupis et nous admirons tous ensemble la magistrale sphère brûlante et bouillonnante qui s’élève lentement dans le ciel.

aurelia-brivet-6juin

Balade matinale

Après cette balade absolument divine et encore une fois très puissante, je descends déguster mon petit déjeuner sur les rochers qui baignent dans la mer. Je suis seule face à cette étendue de bleu intense qui se détache sur le bleu azur du ciel, le tout délicatement chauffé par les rayons du soleil… Hum, divin moment. Je termine la tablette de chocolat avant qu’elle ne fonde puis reste un moment à contempler cette paisible nature.

On file avec Berthe* (*ma bicyclette) le long de la mer, on voit des petits ports, des petits bateaux, des petites maisons. 20 km plus loin je m’arrête de chanter à tue-tête et de crier mon bonheur, car j’avale un peu trop de petits insectes, mais surtout car se dresse devant nous le pont Fehmarnsundbrücke qui est imposant à voir. On n’a jamais traversé un pont aussi long ensemble ! La vue est splendide ! Le vent souffle fort d’en haut, quel moment intense ! Une fois de l’autre côté, pause « carrés de chocolat » (les derniers de ma dernière tablette) avant de parcourir l’île qui nous mène au ferry pour le Danemark !

Je fais mes étirements pendant que tous les véhicules sortent du bateau puis que tous les nouveaux véhicules montent dans le bateau. Les « portes » se ferment juste derrière moi. Ouuiiiiiiiiii dans 45 min on est au Danemark !!!!!! Jamais un jour je n’aurais pensé aller au Danemark seule, qui plus est, à vélo. Tout cela me met tellement en joie !

Dans le bateau, j’ai juste le temps de replier toutes mes cartes allemandes et de sortir celle du Danemark qu’on est déjà arrivé !
Je ne comprends pas un traitre mot de danois et me plante carrément de route dès l’arrivée ! Pourtant il n’y avait que deux choix : droite ou gauche… Bref, je décide d’aller au premier camping qui se présentera à moi. Il devrait y en avoir un dans la prochaine ville, Rodby.
Aucun panneau qui indique un quelconque camping et personne à l’horizon… C’est très calme. Trop calme. Je chope les deux premiers cyclistes que je croise, enfin, en leur demandant la direction du camping. Un type, à peine la trentaine, maigre et tatoué de partout (presque) et une fille, une jolie blonde en robe d’une dizaine d’années qui me disent de les suivre pour qu’ils m’y emmènent. Sympa !…Réflexion faite, je suis contente que la gamine soit là car le type me semble un peu bizarre. D’autant qu’il n’y a personne dans la ville non plus, c’en est presque louche.
Le camping est officiellement fermé mais je peux quand même y planter ma tente pour la nuit, c’est 50 DKK, et je « ne crains absolument rien », car le « boss » du camping habite sur place et connaît tout le monde (je ne vois pas très bien de qui il veut parler car il n’y a personne ni dans le camping, ni dans la ville mais bon). Je n’ai pas envie de reprendre la route et le terrain de camping est très charmant et avec toutes les commodités nécessaires : je plante (ma tente). En fait je réalise qu’un autre type réside dans le « camping officiellement fermé », la 60aine, et lui aussi il semble louche.

Bon, c’est pas le tout, il faut que je trouve du wifi pour connaître le taux de change (je n’avais même pas réfléchi qu’ils n’avaient pas l’euro), que je trouve un distributeur et que je fasse quelques courses. C’est parti !

15 minutes plus tard, je décrète que Rodby est une ville fantôme (ville qui a du prospérer à un moment donné mais qui maintenant c’est arrêter de vivre), où les rares gens que je croise sont vraiment bizarres (on a l’impression qu’ils sortent tous d’un hôpital psychiatrique où qu’ils sont alcooliques). C’est hyper che-lou.
Je réussi à trouver sur une petite place, un restaurant avec un super wifi et un supermarché. Incroyable !
Le gars du resto, lui, n’est pas bizarre, c’est même tout l’inverse. Il est fort sympathique et on discute bien, il me fait goûter sa spécialité danoise : une glace très crémeuse avec des paillettes de réglisse par dessus. Un régal ! Quand je lui parle de mon travail, il me dit que je peux venir ici quand je veux, utiliser le wifi toute la journée sans même rien consommer. [Nan, sérieux ? …Cher monsieur, à très très vite !]

Des français ? Des français !! Un couple de CYCLISTES vient me demander où est le camping. Waouh, incroyable ! Je peux discuter en direct en français, chose que je n’ai pas fait depuis la Suisse :)

Les prix du supermarché sont tellement élevés ! J’aurai du faire mes courses en Allemagne, je ne pensais pas que tout serait si cher. Du coup pas de tablette de chocolat ni de boîtes de thon en sauce. Je sélectionne avec attention les trois choses les moins cher du magasin : un kilo de carottes, une bière (ça fera le diner de ce soir) et des tranches de pain bien compactes avec des céréales incrustés dedans pour demain matin.

En rentrant au camping avec mes victuailles je découvre que quelqu’un a déposé devant ma tente une photocopie d’un dessin -ou plutôt d’une composition d’art brute minimaliste dessiné au stylo et imprimé en noir et blanc- plié en deux avec un caillou blanc posé dessus. Je ne comprends rien au dessin mais j’aime l’intention :)

La cuisine du camping est à l’image de la ville : le temps s’est arrêté un beau jour et n’a jamais redémarré. Les étagères sont poisseuses, rien n’est rangé, les assiettes et ustensiles de cuisines sales patientent dans l’évier (qui n’est plus relié à l’eau courante) depuis je-ne-sais-combien de temps. Le frigo est plutôt répugnant, la nourriture qu’il reste est périmée depuis longtemps… Mais j’y trouve, par grande chance, de la moutarde de Dijon [Oui, oui, mesdames et messieurs, un pot quasi entier et neuf de moutarde, de Dijon] qui va accompagner à merveille mes carottes que je déguste sur les tables à l’extérieur.
Le résident bizarre du camping vient faire chauffer sa pizza dans le four de la cuisine. Il s’assoie dehors non loin de moi et se met à me parler. Je ne comprends quasi rien à ce qu’il me dit, bien que je reconnaisse quelques mots anglais. Il enchaîne des sujets qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. J’apprends que c’est lui qui a dessiné puis déposé le dessin auprès de ma tente. Il me parle de ce caillou blanc, qu’il a posé sur la photocopie, sur lequel il y aurait une très vieille emprunte digitale [oups, j’espère qu’il n’a pas vu quand je l’ai balancé dans le terrain de camping]. Il me décrit le dessin, mélangeant des histoires très anciennes d’endroits au Danemark que je ne connais absolument pas, il parle psychologie, mode de vie, superstitions… Je ne comprends pas une seule phrase, sauf une, qui me rassure grandement : il me certifie, avec un sourire complice, que les fantômes n’existent pas. Me voilà rassurée, je peux dormir tranquille ! Et c’est tant mieux car après mes 3 heures de sommeil, 2 heures de marche matinale, 5 heures de vélo, un changement de pays par bateau et un atterrissage dans une ville louche, j’en ai bien besoin :)

 

Mardi 7 juin 2016, J35 – Boulot, vélo, dodo

En sortant de ma tente sous le ciel bleu pour aller me doucher je découvre une nouvelle photocopie du dessin de mon voisin plié en deux avec un autre caillou blanc (un peu plus gros que celui d’hier) déposé dessus. Je ne rêve pas, c’en ai bien un nouveau… Si les jours se répètent ici je risque d’y être bloquée un moment !

En arrivant à l’unique immense douche du camping, sans électricité ni eau chaude avec une porte qui ne ferme pas, le cycliste maigre et tatoué d’hier qui m’a indiqué le chemin m’y attendait. Oulà, moi qui suis à peine réveillée et ébloui par le soleil, ça fait bizarre ! On échange nos numéros de téléphone (chose que je regretterai par la suite, tant pis) et il me dit qu’il viendra à Paris pour prendre un café en terrasse avec moi. [D’accord… Mais encore ?!] Il me montre deux de ses nombreux tatouages où il y a écrit, en français, « Suivez votre cœur ». [Ok, bon. Une bonne douche fraîche me fera du bien.]

En re-faisant le tour de la cuisine je découvre avec joie qu’un pot de Nutella bas de gamme périmé depuis un an et demi, un pot de miel piqué de moisi a l’extérieur et un pot de confiture de fraise à moitié vide m’ont attendu ici tout ce temps ! Quelle chance : parfait pour tartiner sur mes tranches de pain compactées de céréales !
Mon voisin bizarre vient prendre son petit déjeuner lorsque je suis en train de travailler sur les tables extérieurs.
Comme hier, il me débite des paroles sans interruption que je ne comprends pas… Enfin si, j’ai compris deux choses : 1- pourquoi il me parlait de mes avants bras : je lui ai avoué que je ne suis pas Néerlandaise comme il le croyait, mais bel et bien française, c’est pourquoi j’avais la peau bronzée, 2- qu’il était artiste et il me le prouve : il sort une liasse de billet de sa poche (seul support de dessin à l’horizon) et se met à crayonner dessus avec un stylo. Puis il fait un aller-retour dans sa vieille caravane qui tient à peine debout pour me sortir des peintures abstraites qu’il a faite. Et c’est très intéressant. Vraiment. Il me montre d’autres gros cailloux très très originaux et me ré-offre un autre petit caillou blanc par la même occasion. Ensuite il me prepare une divine assiette de fraises fraîches au sucre de canne et au lait (spécialité danoise si j’ai bien comprit), je ne sais pas comment il a réussit à me dégoter une assiette et une cuillère à soupe propre dans la cuisine,  mais c’était un régal [En fait cette cuisine c’est un peu comme le sac de Mary Poppins, il suffit de penser à quelque chose et il apparaît quelque part ;) ] !

aurelia-brivet-7juin

Mon bureau aujourd’hui

Je retourne au restaurant d’hier pour envoyer mon travail via internet et me met en route à 15h… Avec un certain soulagement de quitter cette paisible fantôme-ville bizarre.

Comme en Allemagne, il y a des bandes ou pistes cyclables partout, et je suis, assez facilement, un circuit vélo où je passe par un autre grand pont venteux pour atteindre un nouveau camping. Tout est toujours aussi paisiblement fantômatique. Le sentiment est différent que lorsque l’on roule en Allemagne où tout est bien léché, jusqu’au moindre brins d’herbe, c’est plus laissé à l’abandon ici. Mais les rares personnes que je croise sont souriantes ! Ça fait plaisir !

Une gentille dame qui promenait son chien téléphone au réceptionniste du camping pour moi car il est 19h et le camping est déjà fermé. Je retrouve avec joie le couple de cyclistes français d’hier dans le camping puis vais planter ma tente dans dans un superbe endroit : ma tente est entourée de sable avec vue sur la mer !

Magnifique soleil couchant lorsque je dîne sur les tables de pic nic à quelques mètres de la mer.

[Mon Dieu, je suis si bien…]

 

Mercredi 8 juin 2016, J36 – 1er « Natural camp »

Petit déjeuner en compagnie des français qui m’offrent gentiment de la confiture à mettre sur mon pain avant de travailler dans la charmante salle à manger du camping.

En début de soirée je commence à être un peu fatiguée après plusieurs heures de vélo mais les rares campings que je croise ne m’inspirent pas du tout. Il existe au Danemark des « natural camp » : terrains de camping où l’on peut dormir pour trois fois rien avec le peu de commodités nécessaires, et je souhaite en trouver un car certains sont inscrits sur ma carte mais je ne sais pas s’ils sont fléchés (et comment) sur le terrain. Comme ma carte n’est pas précise je sais seulement approximativement où ils se trouvent.
Je fini par m’engouffrer dans une carrière abandonnée où j’y trouve un petit écriteau touristique qui dit… que l’on peut y dormir et profiter de la plage ! Ok, let’s go !!! Comme il n’y a aucun campeur et que je n’ai pas comprit s’il y avait un endroit spécifique où l’on pouvait planter sa tente ou pas, je décide dans un premier temps de contempler la mer en dégustant mon déjeuner-dîner (ma dernière boîte de conserve de thon en sauce).
Je vois passer au loin de nombreux navigateurs danois, plusieurs plongeurs viennent sonder la mer non loin de mon spot, quelques pêcheurs également. Des gens viennent se balader dans cette carrière en famille ou entre amis et promener leur chien. Et j’avais également croisé de nombreux coureurs cyclistes avant d’arriver ici. C’est marrant, plein de gens ‘normaux’, voir même ‘tres actifs’ apparaissent d’un seul coup en fin de journée comme par magie.

aurelia-brivet-8juin

Berthe peut traverser les océans maintenant !

Après une bonne heure de lecture et la vue du magnifique soleil couchant je plante ma tente et ne tarde pas à m’y réfugier car le ciel devient menaçant. Bien que je me sois mise très proche de la falaise le vent est violent, j’ai l’impression d’être dans un bateau en pleine tempête (mais sans le mal de mer) à l’intérieur. J’hésite à déplacer ma tente dans un endroit moins venteux, me disant que j’ai été stupide de mettre laissée tentée par cette vue imprenable mais plus exposé… Je vérifie si Berthe est toujours là, elle se cramponne à sa bouée. Ça va aller, on va occulter les bruits de la mer agitée et ceux du vent dans la toile de tente.

 

jeudi 9 juin 2016, J37 – Un beau réveil

Vers 6h du matin il y a autant de lumière  à l’intérieur de ma tente qu’en plein jour, le soleil est levé depuis 2h, impossible de se rendormir. J’hésite avant d’ouvrir ma toile de tente de peur de me retrouver face à de gros nuages gris et une mer mer triste comme la veille.
Oh. Mon. Dieu.
Soleil. Ciel bleu. Mer calme. Le panorama est juste… sublissime !
Je n’en reviens pas.
D’un seul coup je suis lavée de toutes mes petites craintes d’hier quant à mon choix géographique. Je saute de joie et également dans la mer qui est si bonne ! Fraîche, mais je ne veux pas en partir tellement c’est agréablement vivifiant !
aurelia-brivet-9juin
J’aurai pu y rester toute la matinée mais le travail m’appelle, j’ai des choses à envoyer rapidement à mes clients. La prochaine ville (je ne parle pas des villages fantômes), n’est à quelques dizaines de bornes.
Je m’installe dans un café très moderne avec wifi, sur une place moderne, ensoleillée, pleine de monde avec Antonio, un cycliste guatémaltèque venant de Berlin, rencontré juste avant sur la route. Je travaille tout en discutant avec lui puis nous décidons de faire la route ensemble jusqu’à Copenhague (puisque c’est aussi son chemin).
A 50 bornes de la capitale, penchés sur notre carte, un type en voiture s’arrête et nous demande si nous avons besoin d’aide. On discute un peu avec lui : il s’appelle David, il travaille dans une boîte de développeur informatique mais vit à Copenhague avec sa femme et ses deux enfants. Tiens, quelle coïncidence, nous cherchions justement un endroit où dormir ce soir, en vain : les prix des petits hôtels sont très (trop) élevés, les « warmshower-iens » ne m’ont pas répondus et les campings sont très mal notés. Je tente alors un « j’irai dormir chez vous ». Après que David ait vérifié les muscles de mes jambes et les marques de bronzage sur les épaules, il approuve mes 2400 km et c’est gagné, il nous donne une adresse dans la banlieue de Copenhague et son numéro de téléphone : nous pouvons dormir dans son « cottage » ce soir !
Quelques heures plus tard : welcome to Copenhague !!! On est super heureux d’y arriver après cette belle route ensoleillée. On téléphone à notre nouvel ami David de la gare centrale pour savoir si son invitation est toujours valable. Une trentaine de minutes plus tard on arrive dans un quartier résidentiel à l’adresse qu’il nous a donné. Sauf qu’en fait, le numéro de la rue qu’il a écrit sur le papier n’existe pas : il n’y a qu’un terrain vague herbeux à cet endroit. [Hum, hum… On ne comprend pas très bien la situation… Pourquoi il nous aurait redit de venir s’il ne pouvait pas nous héberger ?…]
Par chance un jeune couple à vélo passe par là et de manière fort sympathique le type téléphone pour nous à David. Le couple (le danois et sa copine d’origine italienne) nous emmène à vélo à un endroit… Rappelle David… Non ce n’est toujours pas là… Nous amène dans un autre lotissement de l’autre côté de la voie ferrée… Rappelle David… etc, jusqu’à ce que l’on finisse par se trouver. Le gentil cycliste nous glisse que ce fameux « David » nous a en réalité bel et bien donné une fausse adresse. [Bon… ok.]
J’explique à David que s’il y a un problème on peut se débrouiller autrement pour dormir : il ne faut pas que ça lui pose de problème. Il nous répond « C’est comme vous vous voulez.«  [Disons que maintenant qu’on est là…] David nous explique que l’adresse qu’il nous a donné c’était la plus proche de l’endroit où se trouve le cottage – à vol d’oiseau -… Voyant qu’on ne comprend pas la situation il s’en veut de nous avoir donné une mauvaise adresse.
En réalité, ce fameux « cottage » ce sont des petites maisons secondaires, dans l’esprit des « jardins ouvriers » mais avec plus de terrain pour chaque locataire et où il y a des petites maisons habitables par beau temps. C’est super mignon !
On décide de s’y installer puisque David nous laisse la maison pour ce soir (lui rentrera dormir chez lui avec sa femme et ses enfants dans leur maison principale après qu’il se soit occupé un peu du jardin ici).
Après un tour au supermarché, je suis à la lettre les indication du chef cuisto « Tony » qui nous prépare une délicieuse soupe pour le dîner !
On mange tous les trois, tout en discutant, cette excellente soupe accompagnée d’un bon vin espagnol. La vie est belle  :) On sent que David reste le plus tard possible car il ne nous fait pas totalement confiance, il a même glissé un moment « De toutes façons il n’y a rien a voler ici. » [Ha, ha, ha. Que pourrait-on prendre dans nos ridicules sacoches déjà trop lourdes ?!]

Vendredi 10 juin 2016, J38 – Copenhague

Dans les rues de Copenhagues

Dans les rues de Copenhague

La journée fut partagée entre dire merci à David, travailler, essayer de trouver un camping -en vain- et visiter la belle ville de Copenhague (sans oublier le quartier Christina).

Avant d’aller récupérer nos sacoches dans les consignes de la gare centrale, on dîne dans le quartier « hipe » (disons « Bobo ») assis par terre sur un parking tel des bons Copenhaguois. On refait une balade nocturne dans la capitale pour, enfin, vers 23h, pouvoir planter la tente dans un terrain de camping digne de ce nom.

 

Samedi 11 juin 2016, J39 – Pourquoi ne pas prendrais-je pas le bateau pour la Suède ?

Nous reprenons la route avec Tony en milieu de matinée. Il fait divinement beau, la vue de long de la mer est a couper le souffle. C’est vraiment un pur régal. On fait quelques stop pour prendre des photos. On aperçoit la Suède de l’autre côté… Je ne peux définitivement pas ne pas traverser cette mer splendide. 20 min de bateau, 4€… Je pense que même pour un aller-retour ça vaut le coup !

Je suis donc Tony en prenons le bateau ensemble.

Suèèèèèèèède ! Je n’y crois pas, je pose un pied un pied en… Suède ! En y étant venue à vélo ! Jamais je n’avais imaginé qu’un jour j’atteindrais la Suède à vélo ! On est super excité, d’autant que la ville, Helsinborg, est splendide. Nous déjeunons au soleil du haut du parc du château. L’architecture de la ville est superbe, c’est vraiment différent du Danemark. Le pays semble plus développé, plus ordonné tout en étant très pittoresque. Je suis déjà conquise par ce beau pays.

Tony achète une carte détaillée spéciale vélo pour remonter la côte suédoise jusqu’à Gothenburg et la nana de l’office qu’il y a une fête dans la ville d’Angelholm ce soir (à quelques dizaines de bornes). C’est parti !

aurelia-brivet-11juin-arrivee-suede

Une Allemande et un New-Zélandais avec qui nous avons fait un bout de route.

 

On roule jusqu’à tard mais c’est si agréable à cette heure-ci. L’air est encore tiède, nous filons à toute allure sur sur la piste cyclable plate et bien goudronnée. Quel bonheur.

On plante la tente entre des mobile-home de luxe car on ne trouve pas le terrain de camping. On prend le temps de se faire un bon dîner en écrasant quelques moustiques tenaces. Puis nous retournons en centre ville pour assister à la fiesta.

Ils sont déjà en train de ranger la sono et tous les suédois sont déjà bien alcoolisés ! On choisi un pub sympa avec de la bière locale où les suédois ont encore le cœur en fête.

Quand on retourne à notre tenteles lapins et les biches ont envahit le lieu, avec les petites maisons bien ordonnées du camping on se croirait dans un dessin animé :)

Dimanche 12 juin 2016, J40 – De plage en plage

Bain de mer pour bien démarrer la journée… et bain de mer pour bien terminer la journée une petite centaine de kilomètres plus loin. Dîner divin sur la plage au coucher du soleil et dodo sur la plage.

aurelia-brivet-12juin-halmstad

La vue de la tente ce soir…

 

Lundi 13 juin 2016, J41 – Un stop idéal

Tony veut définitivement s’arrêter prendre un café quelque part mais tous les restaurants sont fermés, ils n’ouvrent qu’à partir du déjeuner. On passe devant un endroit splendide où des jolies tables entourées de chaises confortables sont disposées un grand jardin ensoleillé qui se déroule devant une très jolie maison blanche. Tony demande à la dame au chapeau de paille qui est en train d’arroser les plantes, s’ils servent, à tout hasard, du café. « Bien sûr ! » -« …et avez-vous du Wifi également ? » (c’était surtout ça qui moi, m’intéressait) -« Pour ça, il faut demander à ma fille, c’est elle qui tient la boutique ! ». Une jeune femme d’une trentaine d’année sort de la maison toute souriante vêtue d’une robe bleu avec un tablier blanc, un bandana bleu sur la tête et un casque audio au cou. -« Bien sûr, on vient justement de le changer pour qu’il soit très puissant ! »

La vie n’est-elle pas parfaite ?

Quand on entre dans la maison on a l’impression de pénétrer dans une maison de poupée d’un ancien temps. Tout y est si bien agencé, décoré et si assorti : pas d’autre couleur à part celle de la Suède (blanc, bleu et rouge). Des petits gâteaux magnifiques sont disposés sur un long buffet, café, thé, sucre brun, miel et cannelle, on ne manque de rien. Quand je passe dans les autres pièces, c’est encore plus beau : salon, salle à manger, cuisine… mon dieu, je n’ai jamais vu une maison aussi belle et une hôte aussi accueillante ! Lorsque je comprends que c’est aussi une guest house… je ne peux plus en partir. J’abandonne mon acolyte pour rester ici, c’est trop magnifique.

aurelia-brivet-13juin-seteninge

Steninge Vandrarhem, Kustväg 30, 305 72 Steninge

Je monte mes sacoches dans une petite chambre à l’étage. Je prends une des plus agréables douches depuis le début de mon voyage – voir, LA plus agréable – : je ne m’étais pas lavé les cheveux depuis deux semaines je crois ^^. L’eau chaude qui glisse sur ma peau est si confortable comparée aux nombreuses dernières « douches » dans la mer. J’y reste un peu plus longtemps que prévu :)

To do list for today : travailler, trouver un « warmshower » à Gothenbourg pour demain, trier mes sacoches (qui sont définitivement trop chargées) et dîner en regardant le soleil se coucher dans la mer depuis les rochers au milieu de la mer.

 

Mardi 14 juin 2016, J42 – 160 km en 7h30 non stop

Après ma belle journée de repos d’hier je reprends la route à fond (ça tombe bien : les nuages sont de retour, je ne suis pas tentée de m’arrêter prendre des photos !). J’arrive à Gothenburg à 16h après 7h30 de vélo (10 min de pause au total : mes chaussures me faisait trop mal, j’ai opté pour un style super sexy en honneur aux Birmans : les chaussettes dans les sandales) ;)

aurelia-brivet-14juin-gothenburg.JPG

Gothenburg

 

Je trouve une petite boutique de réparation de vélo dans un sous sol où un suédois, bourru mais fort sympathique, m’aide gratuitement à changer mon câble de dérailleur qui était en fin de vie. Dan, mon warmshower me reçoit à merveille. Il est d’origine Israélienne mais est né en Suède, il étudie ingénierie mécanique (ou quelque chose comme ça), il voyage beaucoup, il a fait notamment un voyage à vélo de 7 mois en Europe et au Maroc, a passé son année dernière en Chine avec Aldina (sa copine qui est architecte) et ils occupent maintenant un très beau petit appartement. Ils cuisinent divinement bien et on a même parlé un peu français (ils ont un accent tellement mignon lorsqu’ils parlent notre langue, ça me fait rire) !

Un peu avant minuit ils sortent le pain fait maison qui a tout juste fini de cuire, on le goûte en se faisant des « Sandwichs de bonne nuit » : pain encore chaud beurré, fromage suédois et tomates fraiches : un régal !

 

Mercredi 15 juin 2016, J43 – Moins 4,75 kg (non pas moi ! dans mes sacoches)

aurelia-brivet-15juin-gothenburg

Je déguste le meilleur porridge (fait maison) de ma vie en compagnie de Dan, mon « warmshwer »

 

Je travaille pendant que Dan fabrique un camping gaz avec une canette. Je visite la ville sous un ciel nuageux, fait quelques courses puis m’assoie sur un banc en mangeant du chocolat (quel programme intéressant dis donc – mais c’est important pour la suite !). Je me mets subitement à penser à Tony, mon ex-acolite, qui aimait aller dans les gares pour y voir à quoi ressemblait la « faune ». Comme je me rends compte que je suis juste à côté de la gare de Gothenburg je décide d’y faire un petit détour avant de rentrer. Et là, incroyable : pile au moment où je passe l’entrée de la gare je vois le Kway bleu de Tony s’engouffrer dans une allée. Je presse le pas et arrivée à sa hauteur, je l’enlace de dos par surprise.

[Ouf, c’était bien lui !] Ha ha ha, incroyable !

Heureux de nous raconter nos dernières aventures solitaires, on se donne rendez-vous le soir pour aller prendre une dernière bière ensemble.

Je termine de trier mes sacoches et envoie un coli de 4kg745 chez moi. Toujours ça de moins à porter :)

Je termine un délicieux dîner en compagnie d’Aldina avec un smoothie banane-chocolat maison puis vais prendre un verre avec Tony pour nos « aurevoir’ : il termine son voyage aujourd’hui et rentre à Berlin. Je retrouve Dan en ville qui est lui aussi de sortie avec des amis. On rentre par les rues de Gothenbourg qui donnent l’impression d’être des maquettes hyper-réalistes tellement c’est propre et mignon – et surtout car il y a cette lumière spéciale où les lampadaires sont allumés mais le ciel n’est pas noir.

Je travaille jusqu’à 3h30, lorsque le concert des oiseaux commence.

 

Jeudi 16 juin 2016, J44 – Bout du monde

Dîner à Ellös

Déjeuner-dîner à Ellös

Je ne quitte Göteborg que vers midi car j’ai dû travailler le matin. Je suis contente d’avoir largué 5 kg car les routes sont moins plates qu’auparavant. Ça reste des collines mais on sent le changement de décor. Je continue de longer la mer en direction du Nord, il y a de moins en moins de sable, de plus en plus de rochers et une forêt plus dense. Je traverse des ponts pour aller d’îles en îles (ou de presqu’îles en presqu’îles). Bien que la météo soit d’humeur nuageuse les paysages sont magnifiques, on se croirait dans une carte postale de Norvège : il y a des maisons colorées encastrés dans les rochers, des chevaux qui broutent l’herbe verte au raz de la mer et des petites montagnes en toile de fond.
En fin d’après-midi, je décide de bifurquer au dernier moment sur une route à gauche pour rejoindre une ville en bord de mer dont le nom m’inspirait : « Ellös« .
Un village entier où les jolies petites maisons sont encastrées dans la roche, un petit port, une vue magnifique sur les autres petites îles, quelques rares personnes mais surtout… C’est calme. J’en suis encore frappé tellement c’était calme (certes il est 20h quand j’arrive et ce n’est pas le week-end donc il n’y a pas grand monde et les gens doivent être en train de faire la vaisselle du soir). Mais là bas, même la mer, le vent et les oiseaux chuchotent. Je n’osais même plus avancer avec mon vélo car j’avais l’impression de faire tout un rafu.
En déambulant dans ce splendide village de bord de mer nordique, je remarque que très peu de maison sont habitées en ce moment même. Je me permets de choisir un mini lotissement avec une vue splendide pour y poser mes affaires. Je fais le moins de bruit possible pour me changer planquer mes sacoches sous les arbres… J’ai l’impression que tout le village m’entend. Et, en fait… je n’ai pas complètement tord, une habitante qui m’avait vu passer vient m’expliquer que je ne peux pas rester dormir ici. Tu m’étonnes, je suis sûre qu’ils contrôlent aussi les décibels des chants d’oiseaux, la vitesse du vent et la puissance des vagues vu comme c’est paisible. Je joue la carte de la française niaise et fatiguée par ses 100 km de la journée pour m’excuser. Son mari, un brin plus sympa, m’indique contre son gré un endroit en bord de mer pour bivouaquer « …si ce n’est que pour une nuit, c’est okay. ». Parfait, il m’indique l’autre spot que j’avais repéré un peu plus tôt. Je suis contente qu’il m’aient fait déplacer car je suis encore mieux ici en bord de mer. En allant déguster mon déjeuner-dîner (tomates séchées huileuses sur pain compact) sur des rochers avec la superbe vue du « coucher de soleil avec nuages sur les îles Rocheuses suédoises » je remarque la belle écriture bien lisible écrit en lettres capitales par les habitants du village « CAMPING FÖRBJUDEN » (heureusement je ne parle pas Suédois).
Je pensais dormir à la belle mais avec mes 4h de boulot et et mes 100km de la journée pour mes 4h de sommeil de la nuit dernière, je me paye le luxe de planter ma tente entre la petite cabane à kayaks et la jolie barque blanche…  :)
PS : Si quelqu’un veut se lancer dans la fabrication de fermetures éclaires inaudibles je vote carrément pour ! 

 

Vendredi 17 juin 2016, J45 – Ne pas colmater une rustine qui fuit par une autre rustine.

En partant trouver un spot pour mon petit déjeuner, je fais un raté dans mon changement de vitesse dans une montée ce qui me force à descendre de mon vélo. Par hasard une dame passe à ce moment  là. J’en profite pour lui demander comment je peux traverser pour passer sur l’île à côté. Elle me dit qu’il y a des ferrys tout le temps. Avant que je reprenne ma route elle me demande si j’ai un moteur dans mon vélo. Lui ayant répondu par la négative, elle me souhaite trois fois bonne chance en me tapotant le bras.
Après avoir dégoté « mon » spot de petit déjeuner au bord de la mer, je m’y installe pour commencer à manger mes quelques carrés de chocolat et figues séchées. C’est alors que j’entends une voiture qui arrive rapidement derrière les rochers, la portière claque et une personne au pas pressé marche dans ma direction. [Dingue, on ne peut même pas être tranquille ;) !] Une dame, vêtue uniquement d’un peignoir blanc, ralentit lorsqu’elle arrive à ma hauteur. Elle me dévisage un instant. [Ça y est, on va encore me dire que je n’ai pas le droit d’être ici…] Elle s’adresse à moi dans un anglais approximatif en s’excusant de n’être vêtue que d’un peignoir. Je lui dis que tout va bien. Elle continue sa marche vers le ponton qui plonge directement dans la mer. Arrivée au bout, elle se dévêtie entièrement, entre dans l’eau. Elle y reste quelques secondes, fais une ou deux brasses, puis ressort. Renfile son peignoir, scrute rapidement l’horizon et repart aussi sec. Elle remonte dans sa voiture et s’en va. [Je ne sais pas si elle est venue là pour me surveiller ou si elle fait ça tous les jours mais je n’ai pas encore bien saisit l’action – enfin ça m’a fait l’attraction de mon petit-déjeuner – mieux que la télé ^^.]
Effectivement, aujourd’hui je passe d’île en île, non pas avec des ponts comme hier, mais avec des ferrys (ou plutôt « plateforme flottante ») automatisées sur quelques dizaines de mètres. Il n’y a personne qui s’en occupe, la plateforme est tirée par des câbles rattachés de chaque côté de l’eau. Des feux tricolores et des barrières sont là pour réguler le flux. J’ai l’impression de prendre le métro D de Lyon mais à ciel ouvert. C’est vachement bien fait.
Sur la route les paysages sont encore plus beaux qu’hier car les nuages sont partis et ont laissé place au ciel bleu. Je pensais me retrouver plus ou moins dans des terres à l’abandon, mais pas du tout, c’est très développé, il y a beaucoup de traffic et beaucoup de maisons perdues dans les rochers ou des forets (on ne les voit pas forcément depuis la route mais les rangées de boîtes aux lettres -qui ressemblent à des poubelles de toutounettes de différentes couleurs- nous démontre le contraire.
Note pour plus tard : ne pas tenter de colmater une rustine qui fuit par une autre rustine. J’ai tenté 5 fois l’expérience aujourd’hui. Oui, oui, je me suis arrêtée cinq fois, démonté 5 fois ma roue arrière, colmaté la rustine qui fuyait par une nouvelle rustine et remonté le tout. Ma chambre à air ne ressemblait plus à rien et l’ensemble boursouflé n’a pas fait ses preuves. Ayant épuisé tout mon stock de rustine, j’ai dû me résigner à changer de chambre à air et jeter l’ancienne (moi qui voulait alléger mes bagages…).
J’avance un peu l’heure de mon « déjeuner-dîner » car je traverse un village de bord de mer absolument splendide où je trouve un parfait petit coin paisible d’où je peux le contempler. Aujourd’hui c’est boîte de conserve de haricots noirs avec condiments (laissé gentiment par mon ami Guatémaltèque).
Fjallbacka

Déjeuner-dîner à Fjallbacka

 

Comme hier je roule jusqu’à tard car c’est tellement agréable de pédaler le soir. L’air est encore tiède mais avec un petit vent qui annonce le début de soirée, la route est superbe car les ombres commence à s’étirer doucement et le trafic est moins dense… On est dans une autre dimension.

Couverte de cambouis des mains jusqu’aux jambes je me dis qu’il serait pas inintéressant d’aller dans le camping qui me tend les bras dans une jolie petite ville de bord de mer. Manque de bol il faut acheter une carte de camping à 17€ en plus de ma nuit de camping à 17€ où rien n’est inclut. C’est plus cher que mon magnifique B&B du début de semaine ! 34€ pour une nuit de camping, quand même ! Je prends la route en direction d’un autre camping que la nana m’indique comme « pas cher » et où je n’ai pas besoin de cette carte.
Je me retrouve à finalement planter ma tente au sommet d’une colline, dans la forêt, au pied d’un ancien Château d’Eau d’où personne ne peut me voir. Comme nous sommes vendredi, je me dis que tout le monde est au bord de la mer ou dans les bars en train de festoyer le début de week-end, je pense donc que personne n’aura la bonne idée de venir ici.
Comme Berthe m’a rappelé plusieurs fois aujourd’hui que je n’avais pas nettoyé sa chaîne ni remis de l’huile, je lui porte toute mon attention avant de faire de même pour moi.
Il fait bon, on est super bien et je suis heureuse.
Carrés de chocolat et au lit !

Samedi 18 juin 2016, J46 – Norvège !

Réveillé à 7h30 par les aboiements du chien de la maison en contre bas je décide de décamper. « Strömstad, fait chauffer la cafetière, dans 2h j’arrive pour prendre mon petit déjeuné avant d’embarquer pour la Norvège ! »
Quasiment aucun traffic, les biches traversent la route à quelques mètres devant moi, les bébés renards se chamaillent sur le bord de la route et il fait déjà assez chaud pour pédaler en sandales-Tshirt :)
J’a-dore.
50 minutes de traversée en ferry avec un personnel très aimable… Et à l’arrivée… LA NORVÈGE !!!
Ha ha, je suis trop excitée ! Si on m’avait dit un jour que j’irai en Norvège à vélo (et petits ferrys) jamais je n’y aurai cru. Ouiiii, j’y suiiiiiiiis ! 
Étant donné qu’il n’y a aucun véhicule qui ne puissent monter à bord du ferry (à part Berthe), je pensais que l’île sur laquelle j’atterris serait super calme… En fait c’est aujourd’hui et ici même LE festival de triathlon attendu par toute la région depuis un an. C’est donc tout sauf calme. Après avoir regardé la fanfare, les majorettes et les gamins couverts de glace au chocolat, je continue d’avancer. Au bout de quelques kilomètres la route s’engouffre dans un tunnel interdit au vélo et piétons. Seul objet à l’horizon : un arrêt de bus. Je regarde les horaires… Je ne comprends pas tout, et je ne sais même pas à quel arrêt je suis en fait^^.
Première fois que je fais du stop avec mon vélo ! Qui l’eut cru – pas moi en tout ça -, je n’ai même pas de temps de compter jusqu’à 100 qu’un super pic up noir s’arrête pile poil devant moi. Il me dit que je vais avoir du mal à trouver un bus ce samedi… Et ni une ni deux il met Berthe dans la remorque et me fait traverser le tunnel ! Il me dépose en me donnant sa carte de visite au cas où j’ai un problème pendant mon périple en Norvège et repars dans l’autre sens… Incroyable, un ange venu du ciel :)
Je passe les autres îles grâce à des ponts : parfois au raz de l’eau, parfois en pente, parfois très haut… Ces rochers impressionnants, cette végétation, l’air tiède… Tout m’appelait et me retenait dans ces îles. Je m’y sentais bien et voulais y rester. Je me suis arrêtée plusieurs fois sur les rochers tièdes en contemplant les autres îles. C’était puissant, mais il y avait beaucoup de trafic et le ciel était assez nuageux. J’ai continué ma route.
Vesteroy

Vesteroy

4€ l’expresso, c’est bien parce que la boutique « Green house » était splendide que j’ai payé, même à Paris on trouve moins cher :) J’ai compensé en me faisant un « sucre bio au café » plutôt que l’inverse.
Il y a, dans ce pays aussi, pas mal de pistes cyclables et lorsqu’il n’y en a pas, la quasi totalité des voitures font bien attention à se déporter loin du vélo pour ne pas nous gêner. Si je ne croise pas de camping, je vise d’aller bivouaquer au large de Möss, au bord de la mer, dans une zone colorée en vert sur Google map.
Pas de camping et du camping sauvage interdit sur la plage… Je me promène dans la zone verte de Google map. Effectivement c’est vert : je suis en pleine forêt sur des petits sentiers où je me balade à pied. C’est magnifique. Mais je ne sais pas du tout où je vais bien pouvoir dormir. Vu l’altitude que je viens de descende pour me rendre sur cette presqu’île, je ne reprends pas la route à cette heure ci et surtout avec mes 97 bornes déjà dans les cuisses. [Quelle idée aussi de se fier aux zones de couleur de Google, vraiment n’importe quoi Aurélia…]
Je galère, un coup je suis en zone « interdit de camper », un coup je suis dans une réserve naturelle et parfois j’ai l’impression d’entrer dans un terrain privé : je fini par me retrouver dans l’allée en gravier d’un chic hôtel où les gens sont en belles tenues en train de festoyer un mariage chic (vive le décalage, moi qui suis pleine de cambouis et pas lavée correctement depuis trois jours) ! Dernier espoir : prendre le tout petit chemin à gauche de l’hôtel qui semble rejoindre la mer (sentier pédestre balisé : je ne suis pas en infraction). Je suis obligée de défaire mes sacoches pour pouvoir passer l’étroite porte du grillage. Je descends le minuscule sentier… Et quelle surprise quelques dizaines de mètres plus loin : LE spot parfait ! Panorama superbe face à la mer. Quelques arbres et un peu d’herbe pour planter ma tente. Personne ne peut me trouver (ou presque). Gé-nial :D
Je m’assoie sur un tronc d’arbre face à la mer. [Elle est pas belle la vie :) ] Après ma boîte de conserve « haricots blancs à la sauce tomate suédoise » je teste la tablette gratuite de chocolat suédoise à la réglisse (la caissière m’a dit que c’était « deux achetés la troisième offerte », je n’ai pas pu résister) et bien, résultat c’est vachement bon ! J’aurai dû en acheter plus et l’envoyer à ma maman, je suis sûre qu’elle aurait adoré :) Du coup je me mets l’album de Enya qui s’accorde parfaitement avec le son des vagues et des oiseaux…

Dimanche 19 juin 2016, J47 – 7 ans plus tard

La luminosité est telle qu’on se croirait en milieu de journée, encore fatiguée mais curieuse, j’ouvre ma tente pour voir si la magie danoise fonctionne aussi en Norvège (à savoir : le ciel se vide de tous ses nuages pour laisser place au ciel bleu et la mer tiède pour que je puisse m’y baigner…).
Et bien NON. Le ciel est blanc. Il crachote une brume tel que je ne vois pas à 20 mètres, il fait froid. De plus je me rends compte que je suis à plat : mon matelas super-top est crevé donc je dors à même le sol et pour couronner le tout : il n’est que 4h30 du matin ^^. Je dois me contorsionner pour me trouver une place entre les racines de l’arbre qui me sert d’abri et les plantes piquante que je sens à travers le sol de la tente… Ce ne fut pas mon meilleur réveil.
Je pars vers 8h00, je plie ma tente mouillée, je me baigne pas mais ajoute un pull entre mon T-shirt et mon Gortex. Ce n’est plus du tout la météo auquel on m’avait habitué ! Heureusement je sais que je n’ai que 33 kilomètres à faire et que j’aurai un logis confort ;) Je n’ai plus d’eau dans ma gourde mais ce n’est pas grave car il en tombe tellement du ciel que je peux directement lever la tête pour boire. En attendant, j’ai les doigts tellement fripées avec l’eau que je ne peux même plus déverrouiller l’écran tactile de mon smartphone et naviguer sur Google map. C’est assez embêtant vu que je n’ai plus de carte papier depuis le Danemark.
Bon, après des pauses « carrés de chocolat sous les arrêts de bus » j’arrive à me faire avancer… et, enfin, j’arrive, trempée jusqu’au os, chez mon ami, Arnaud, avec qui j’étais partie en Europe de l’Est il y a 7 ans, et que je n’avais quasiment jamais revu. Je le bénis pour sa douche chaude, une lessive complète de tous mes vêtements et un prêt d’habits à lui repassés et sentant bon la lessive ainsi qu’une délicieuse omelette chaude accompagné d’avocat et jambon fumé… Mon dieu, exactement tout ce dont j’avais besoin !
Finalement le temps change radicalement d’humeur, et il se met à faire vraiment vraiment beau. J’essore mes chaussures et mes gants dehors, essaie de réparer mon matelas à l’aide de la brouette pleine d’eau pour trouver d’où vient la fuite et nous partons avec certains collocs et autres amis découvrir un jardin privé à quelques kilomètres.
En fait un des amis d’Arnaud est jardinier et travaille dans ce jardin privé, c’est pourquoi on peut y avoir accès en ce dimanche après-midi. C’est un jardin qui a été commencé en 1800, il y a des anciennes statues, des bassins, fontaines, arbres fruitiers, potager, terrasses, petites maisons pour se reposer à l’ombre de la végétation, oiseaux exotiques, mini amphithéâtre… Trois jardiniers à plein temps pour s’occuper de tout ça.

C’est incroyablement Beau. Et bien sûr, avec vue sur la mer :) Nous ne manquons pas d’aller piquer une tête après s’être baladé et reposé dans ce splendidissime jardin pendant un bon moment. La mer est tellement bonne.

aurelia-brivet-liastrip-garden

Une partie du jardin que l’on a flâner

Nous poursuivons cet après-midi magique, où tout le monde est encore transcendé par l’énergie incroyable du jardin, dans la grande collocation du jardiner, Kenneth. On cueille une salade du potager pour l’entrée et cuisinons d’autres plats sur le barbecue du jardin avec d’autres colloc’ (l’un d’entre à cuisiné du poisson qu’il est allé pêcher à Möss aujourd’hui – un régal !). Le soleil se couche lentement derrière les arbres et il fait encore beau longtemps… Je discute avec un suédois chauffeur de bus international vivant de temps en temps dans une grande cabane dans la forêt à quelques kilomètres d’ici, avec un aide-éducateur pour adolescent qui tourne des films en amateur pendant son temps libre… et tout un tas de gens intéressants… J’adore :)

 

 

Lundi 20 juin 2016 > jeudi 23 juin 2016, J51 – Day off

aurelia-brivet-liastrip-drobak-cut

Balade à la forteresse de Drobak

aurelia-brivet-liastrip-drobak-ot

L’office de tourisme de Drobak qui ressemble plus à la maison du Père-Noël

aurelia-brivet-liastrip-oslo-cut

Quartier agréable d’Oslo

aurelia-brivet-19juin-as

Collocation de Kenneth au sud d’Oslo

Vendredi 24 juin 2016, J52 – Escale au Danemark

Je me fais réveiller par une voix féminine sortant des hauts parleurs de ma cabine, annonçant, en danois, puis en anglais, que nous seront à quais dans une heure et bla-bla-bla.
6h30 et l’environnement est complètement noir. Ça fait bizarre car fait longtemps que je ne n’avais pas dormi dans le noir !
Très curieuse de voir à quoi ressemble la mer ce matin, je monte sur le pont après une petite douche. Il y a un brouillard tel que l’on ne voit rien. Mais absolument rien. Enfin à part du blanc. Ça contraste avec le soleil couchant de la veille qui fut une pure merveille. Un de mes plus beaux couchers de soleil je crois… Les couleurs orange puis rose puis violet se reflétaient à la fois dans les nuages et dans la mer. Tout se faisait écho avec grâce et harmonie… Pendant presque qu’une heure ce fut d’une beauté saisissante.
Une fois à quai je récupère Berthe et mes sacoches auprès du gentil couple qui les avaient mis dans leur voiture (longue histoire mais en bref : une connaissance m’avait donné une réduction très intéressante pour le billet de ce trajet de bateau, sauf qu’avec cette réduction je ne pouvais pas prendre mon vélo avec moi, j’ai donc dû trouver une âme charitable avec un coffre vide pouvant y loger Berthe pour la nuit).
Après être passée au supermarché et avoir fait quelques kilomètres je trouve un coin tranquille sur la plage pour prendre mon petit déjeuner. Le brouillard est toujours bien présent, je ne vois rien à plus de 20 mètres. Mais le soleil aussi est quelque part derrière ce vaporeux couvercle. Il fait chaud et humide, on se croirait presque sur les plateaux togolais ! En même temps les odeurs et l’environnement maritime rappelle plus la Normandie… Bref c’est une sensation nouvelle et étonnante.
J’entends la mer mais je ne la vois pas. J’observe les silhouettes des deux pêcheurs en train de retourner le sable humide pour trouver des crustacés. Parfois l’écho de leurs voix répond aux douces vagues, aux mouettes et à d’autres petits oisillons.
Je me surprends à sourire car me rends compte que je viens de retrouver cette ambiance si paisible et fantômatique du Danemark…
Tout est si calme.
Le temps est arrêté.
Les nuages laissent petit à petit la place à un grand ciel bleu pour que le soleil puisse me chauffe le dos pendant mes 50 kilomètres.
Après avoir planté ma tente dans le camping le plus au nord du Danemark, je retourne dans la ville de Skagen travailler un peu, puis je m’embarque dans une petite randonnée de quelques heures sur la plage, faisant tout le tour de la pointe. Malgré le couvercle de nuages qui est revenu c’est beau et une fois que j’ai eu dépassé tous les touristes je suis tranquille. Tellement que lorsque je m’assoie dans les dunes pour contempler l’horizon je commence à m’endormir. Lorsque je reprends la route c’est moi qui dérange. Des dizaines de mouettes étaient tranquillement assoupies le long de la plage et, surprissent, s’envolent toutes au fur et à mesure, à mon arrivée.
aurelia-brivet-24juin-skagen

Les oiseaux s’envole anticipant mon passage sur leur territoire

Retour au camping, carottes crues-pain-pesto, je retourne au bord de la plage à l’heure dite… Mais pas si bien anticipé que ça : je loupe le soleil couchant de quelques minutes (j’avais repéré le spot idéal pendant ma balade mais je n’avais pas prévu qu’il y aurait des nuages au raz de l’eau vu que le ciel c’était à nouveau dégagé en soirée), tant pis, aller, il faut que je dorme car demain…

 

Samedi 25 juin 2016, J53 – JJ !

25 ? 25 juin ? Vous avez dit 25 juin 2016 ? Ha ha ha ! Hop, je plie ma tente, paie le camping et pédale les 55 kilomètres qui me séparent d’ Hirtshals. Pistes cyclables agréables où les danois en weekends sont souriants et détendus. En cherchant un bureau de poste je rencontre par hasard un directeur artistique à la retraite qui voyage en scooter. Je discute un moment avec lui puis il m’invite à passer chez lui, au sud du Danemark, si je passe par sa maison à mon retour ! Une invitation en plus, j’en ai des gens à voir à mon retour :)
Génial je suis pas la seule cycliste à prendre ce ferry !!!
Tous excités par l’aventure qui nous attend les discutions vont bon train, et dans toutes les langues. Le « biker gang » se compose de 7 cyclistes : un couple allemand d’une trentaine d’année, Julie et Kai, qui a déjà fait d’innombrables voyages à vélo incroyables seuls et en couple ; Sammuel, un voyageur autrichien qui a le même âge que moi, qui termine bientôt ses études pour être professeur et qui part chaque année pour un voyage de 2 mois à vélo en Europe, l’année dernière il a fait les Balkans où il faisait trop chaud alors cette année il a choisi un pays un peu plus au nord…; Benot, un cycliste allemand qui a aussi la trentaine, qui rêve depuis gamin d’aller en Islande à vélo, il réalise son rêve à partir d’aujourd’hui et pour deux mois; Joris, un Belge d’une cinquantaine d’année qui a énormément voyagé à moto mais qui tente le vélo cette année, il a potassé sur tout le pays et connaît bien le sujet, il est infirmer pour les handicapés mentaux, et le plus âgé de la bande : un retraité qui rentre chez lui sur les îles Féroé, après avoir fait un ride en Norvège.
Le bateau part avec une heure et demie de retard. Les cabines-dortoirs ressemblent à des boîtes à sardines : on est 9 (3 lits superposés de 3 lits) dans un espace réduit où l’on ne peut pas se croiser ni mettre nos affaires, les 4 WC et 4 douches sont à l’extérieur et servent pour l’ensemble du bloc de dortoirs. Heureusement on a de l’espace ailleurs : il y a une grande salle de sport, un cinéma, des restaurants et des bars (dont un avec véranda sur le pont), une piscine, des baignoires chaudes et surtout… un sauna !
Après s’être retrouvés entre cyclistes pour continuer nos discussions enthousiastes autour d’un dîner-pique-nic sur le pont, je profite des avantages qu’offre le grand ferry. Je suis seule et tellement bien dans le sauna que j’y reste un moment. Si bien que si la dame de service ne m’avait pas dit qu’ils fermaient je ne me serais sûrement pas réveillée !
aurelia-brivet-25juin-ferry

En quète d’informations sur les îles Féroé auprès de notre ainé

Au coucher du soleil nous allons sur le pont, c’est si venteux que l’on doit se pencher en avant pour rester sur nos deux pieds, on va presque s’envoler ! [J’espère qu’il y aura moins de vent en Islande sinon je ne vais pas faire long feu, ha ha !]

Dimanche 26 juin 2016, J54 – Arrivée sur les îles Féroé

Étant coincés sur le ferry jusqu’à 22h30, chacun occupe sa journée en vaquant à différentes occupations. Pour moi, c’est sauna -histoire de bien commencer ma journée-. Il fait si chaud dans cette petite cabine de bois qui tangue qu’on se croirait dans un bateau de pirate dans la mer des Caraïbes en plein été ! Et c’est tellement agréable… mais je me dis aussi que je ne pourrais pas pédaler sous cette chaleur étouffante et suis presque contente d’aller dans un pays froid (bon une fois sur le pont ne je dirai surement pas ça ;) ).
Étirements dans la salle de gym en compagnie des enfants qui testent toutes les options des appareils de course à pied.
J’ai trouvé une petite astuce simple pour avoir nourriture et boissons chaudes à volonté du midi jusqu’au soir, du coup je reste dans le restaurant du 5ème étage quasiment toute la journée, en alternant couture (réparation de mes gants), lecture (« La prophétise des Andes » de James Redfield) et réaction de mes pensées en regardant la mer glisser sous le bateau…
20h, l’équipage nous demande d’aller récupérer toutes nos valises dans les cabines… On sent que l’on s’approche de la destination… Effectivement on commence à apercevoir, derrière le brouillard, des falaises arides noires… Puis un port et plein de maisons posées dans la verdure des collines. Hi hi hi !
On descend récupérer nos vélos, remettre les sacoches et quand le type de la circulation nous fait signe, ni une ni deux, on pédale avec hâte et excitation jusqu’à poser notre première roue sur la terre des îles Féroé !!! Ouiiiiii ! On chante notre joie d’être là tout en suivant, à la queue-le-le, notre guide cycliste féringien qui a accepté de nous héberger chez lui cette nuit (car sa femme n’est pas là) !
Très rapidement on remarque que l’on n’est plus au Danemark mais bel et bien sur une île car la route est tout sauf plate !
Après une bonne dizaine de kilomètres dans le brouillard nous nous arrêtons devant une très charmante maison en bois peinte en rouge avec le toit recouvert de verdure au milieu d’un joli terrain herbeux. Non nous ne sommes pas dans un musée touristique à ciel ouvert… mais bel et bien chez lui !
aurelia-brivet-26juin-féringien

Arrivée chez notre hôte

Incroyable, l’intérieur est aussi charmant que l’extérieur, il y a tout plein de vieilleries mélangées à des objets contemporain mais qui donne une atmosphère harmonieuse et vivante.
Il nous offre café et thé pendant que les discutions continuent de fuser, à la fois sur nos anecdotes personnelles, que sur le planning que l’on envisage pour les trois prochains jours sur ces îles.
On s’endort les uns à côtés des autres, serrés comme des sardines (mais on commence à avoir l’habitude) :)

Lundi 27 juin 2016, J55 – Paysages incroyables

Petit déjeuner digne d’un brunch dominical familial : chacun amène ses réserves de nourriture sur la table en bois de la charmante salle à manger de notre « Père Noël » féringien. Nous avons plein de thés et de cafés différents ; pains, confitures, fruits secs, céréales et muesli s’entremêlent dans les tasses et assiettes de chacun. Et comme Joris nous manquant tellement (il n’était pas venu avec nous car il avait déjà réservé hôtel et voiture à l’arrivée du bateau), le voilà qui débarque dans la maison, tout heureux de nous avoir retrouvé ! (C’est dire si le pays est grand^^).
On visite la « ville » de notre hôte, que nous appelleront plutôt un « hameau » par chez nous car il n’y a que 47 habitants à Kirkjubour. Toutes les maisons ont de l’herbe sur leur toit, une petite église blanche, et un panorama magnifique sur la mer.
Avant de reprendre la route nous passons tous, chacun à notre tour, sur le pèse personne de Torhallur, que ce dernier a sorti devant sa maison pour l’occasion ! Vélo + bagages = 42kg pour moi ! Et je suis la plus light.
Photos souvenirs avant de faire nos « au revoir » à notre hôte et également à Benot qui a décidé de faire sa propre route pour ses trois jours ici. Julie, Kai, Samuel et moi pédalons tranquillement sur les routes spectaculaires que nous offre ces îles. Nous sommes tout le temps en train de monter ou de descendre (l’inverse du Danemark), je suis un peu désavantagée car Berthe a beaucoup moins de développement que ses compatriotes, mais on s’est sort bien quand même. Les panoramas sont absolument magnifiques. Je suis si heureuse de pédaler à travers de si beaux paysages que je n’avais encore jamais vu de ma vie…
En fin d’après-midi nous commençons à chercher un campement pour le soir. Kai s’arrête demander de l’eau à un pêcheur à quai dans le petit port d’un village. Il en profite pour lui demander où l’on pourrait planter notre tente.
Le pêcheur, qui parlait très bien anglais, nous propose un terrain herbeux tout proche de la mer, juste après l’embarcadère du club de bateau à 30 mètres d’où l’on est, ainsi que l’accès aux toilettes et douches du club.
Parfait !!!
Après s’être installés nous partons faire une petite balade dans la montagne. (photo ci dessous).
aurelia-brivet-27juin-iles-feroe

Hosvik

Au retour une exquise douche chaude nous attend. On cuisine dehors mais on mange à l’intérieur car il se met à pleuvoir. Je lis un peu sur le canapé à l’étage et sombre dans le sommeil car il est si confortable.

Mardi 28 juin 2016, J56 – Au sommet des îles Féroé

Joris passe chercher Julie & Kai en voiture, ils vont faire plus de 200 km dans la journée histoire de voir « du pays ». Samuel et moi partons tranquillement sur nos bicyclettes parmi les paysages ensoleillés et magnifiques. Toujours si heureuse de pouvoir rouler dans ces paysages nouveaux et inattendus.

Finalement on ne quitte pas longtemps nos compères car on se retrouve par hasard au même endroit le temps d’une pause casse-croûte dans la matinée !

En début d’après-midi Samuel et moi arrivons en bas de la montagne la plus haute des îles, nous décidons de laisser nos montures et de randonner jusqu’en haut. 850 mètres (sachant que nous sommes partis de la mer ce matin), pour avoir un panorama sur toutes les îles.

Une fois arrivée tout en haut… c’est… blanc. Nous sommes dans les nuages et nous ne voyons… rien d’autres que les nuages blancs qui nous encerclent. On a beau faire une pause casse-croûte (encore une !) d’une demi heure, rien à bougé. Il ne fait pas froid mais il n’y a pas de vent pour chasser les nuages.

aurelia-brivet-28juin-iles-feroe

Descente de la montagne la plus haute des îles Féroé

 

Comme nous devons reprendre le ferry demain il faut que nous ayons une distance raisonnable (50 a 60 km pas plus) de l’embarcadère, nous ne nous enfonçons donc pas trop dans les autres îles. Mais où dormir ? Sachant que normalement le camping sauvage n’est pas autorisé car toutes les terres aux abords des villages appartiennent à des fermiers. Nous arrivons dans un tout petit village (presque plus petit que celui où nous avons dormi hier). Personne dehors, mais je remarque du mouvement dans une magnifique petite maison qui donne directement sur la mer. Elle est tellement belle et bien située que je laisse Samuel et les bicyclettes pour aller frapper à la porte de la maison a quelques dizaines de mètres de la route. Une gentille dame m’ouvre le porte. Une fois qu’elle revient de sa cuisine avec ma gourde pleine je lui demande si elle sait où nous pourrions planter notre tente pour la nuit…

Je reviens vers Samuel quelques minutes plus tard, souriante : « C’est bon ! Elle m’a proposé de planter notre tente dans son jardin pour la nuit et on est invité chez elle à prendre le café et manger des gâteaux car c’est l’anniversaire d’une de ses filles. » [Samel est bluffé et moi je suis contente quand j’ai des bonnes intuitions comme ça, hi hi !]

Lorsque l’on plante la tente la fille qui a 14 ans aujourd’hui et une amie à elle viennent faire connaissance avec nous. Elles parlent très bien anglais et nous conversons quelques minutes ensemble. Elles ont à la fois un respect de la personne, une timidité adorable mais une forte assurance qui m’épate. Un autre fils de 18 ans vient aussi nous voir pour faire connaissance, c’est pas souvent qu’ils ont des étrangers dans leur jardin ! Il travaille en tant que pêcheur depuis deux ans et il a lui aussi une assurance et un aplomb épatant car il a l’air super jeune. Il nous invite à entrer dans la maison pour manger des gâteaux.

Il fait tellement bon à l’intérieur, quasiment tous les murs sont peints en blanc et la décoration est très soignée. Nous entrons dans la cuisine où des plats salés comme sucrés sont joliment disposés sur une table. Puis nous arrivons dans la salle de séjour où une dizaine de personnes de tous âges sont en train de manger ou de discuter sur les canapés pendant que les enfants jouent à l’étage. C’est une agréable fête familiale et entre amis qui fait chaud au cœur. Je goûte les plats salés d’abord, sans manquer le mouton cuisiné à la féringienne (c’est à dire qu’ils l’ont laissé pourrir pendant deux mois). Le goût est très très prononcé. Je n’arrive à le manger qu’avec du pain beurré car tout seul c’est quand même très amer. Puis je passe en revue tous les succulents gâteaux et pièces montées fait maison, sans manquer de féliciter note hôte à chaque nouvelle part. Meringue à la pomme sur lit de crème aromatisée, coulis de rhubarbe du jardin, pièce montée alternant gâteau au chocolat, banane, chantilly et copeaux de chocolat noir sur le dessus, gâteaux de riz soufflé au chocolat… Sans parler des cookies maisons et autres sucreries qui accompagnent le thé.

Ah la la, c’est dur l’aventure ;)

Je reprends un thé et des cookies en discutant avec notre hôte après avoir travaillé un peu á l’étage et avant d’aller dormir… sur le dos, dans le jardin !

 

Mercredi 29 juin, J57 – La meilleure des hôtes féringienne

Quand on entre dans la maison pour dire un grand merci et au revoir à notre hôte, on remarque une magnifique table dressée avec des tasses, assiettes, café et thé fumants, petits pains chaud, beurre, confiture, pâte à tartiner au chocolat, cookies et tous les restes des gâteaux d’hier. Oh mon dieu c’est trop beau ! Elle avait déjà nettoyé toute la maison et nous invite à petit déjeuner avec elle et son fils aîné (qui ne s’était pas encore couché !). En écoutant les incroyables histoires du pêcheur nous faisons danser les délicieuses nourritures sucrées autours de la table.

Nous retrouvons tous nos collègues cyclistes dans le ferry, avec un nouvel élément : Bill (un américain) qui vient de passé un mois en Islande. Friants de savoir ce qui nous attend là haut, sur cette mystérieuse île, nous enchaînons les questions sans qu’il n’est pu finir de répondre à la précédente.

Pour notre dernier soir ensemble, c’est : repos, confort et festivités tranquilles. C’est à dire sauna, buffet à volonté et vin rouge français à trinquer sur le pont (une des invités d’hier soir nous avait donné de l’argent -bien que nous ayons refusé x fois, nous avons été obligé d’accepter- alors avec Samuel nous sommes allé dans l’unique boutique des îles Féroé autorisée à vendre de l’alcool et avec nous avons acheté deux bouteilles de vins à partager avec les autres cyclo).

image

Notre hôte, tellement heureuse d’avoir hébergé pour la 1ère fois, des étrangers dans son jardin, l’a posté sur Facebook !

 

Jeudi 30 juin 2016, J58 – ISLANDE !

Ce matin, après avoir recousu une partie de mon unique « pantalon » -qui est en fait un collant noir en laine mérinos pas très chaud- à cause de ma petite chute stupide d’hier : lorsque j’ai tourné la tête à gauche pour voir si Samuel était encore dernière moi je suis tombé dans le bas côté de la route et me suis éraflée le genou gauche en déchirant mon pantalon -, et après avoir pris des forces au petit déjeuner à volonté nous sommes arrivés… En ISLANDE !
L’entrée sur l’île ne nous a finalement pas émerveillés plus que cela : il faisait très mauvais, un couvercle de nuages blancs nous cachaient une grande partie la vue, en plus d’apporter du froid et un peu de pluie. Je crois que si j’avais eu le choix j’aurais préféré retourner dans le sauna du bateau ;)
Les premiers 26 km, incontournables pour tous, consistait à grimper la montagne qui nous séparait du premier village. 650 mètres de dénivelé sur une dizaine de kilomètres. Bien que les efforts du début nous réchauffâmes, on fut tous finalement surpris par le froid glacial après quelques kilomètres. Nous n’étions pas vraiment préparé à cela – d’autant que Bill était parti le premier bien avant nous, en short ! -.
Une fois entrés dans les nuages, on ne voyait rien à 15 mètres, seulement les névés tout le long de la route. Froid, vent, pluie fine… et beaucoup de trafic, ce qui rendait l’exercice un peu plus pénible. On faisait des stop pour s’attendre les uns et autres ce qui nous donnait encore plus froid. Ayant mes pieds qui se transformaient en glaçons et mes mains qui me piquaient de froid j’enfile mes gants « stop-wind » avant la descente.
Bienvenue en Islande !

Bienvenue en Islande !

Couchée sur le vélo dans la descente, je me cramponnais à mon guidon, la tête juste assez relevée pour voir la route, mais pas trop non plus afin d’être couverte par ma capuche car la pluie me fouettait le visage et m’empêchais de garder les yeux ouverts tout le temps (je faisais sans arrêt l’essuie-glace avec mes paupières pour continuer d’y voir quelque chose). Je réalise mon record de vitesse : 70 km/h.
Une fois en bas il a fallut vite s’engouffrer dans un endroit chaud, je n’en pouvais plus. On s’est retrouvé dans une station service qui faisait aussi « fast-food » pour sécher tous nos habits sur les radiateurs et chaises environnantes. Tellement mes pieds furent congelés, lorsque je marchais pieds nus sur le carrelage j’avais presque l’impression qu’il y avait un chauffage au sol !
Chacun d’entre nous avait pensé qu’il aurait le temps, pendant les trois jours de bateau, de lire au moins deux trois, fois le guide du routard et de décider des routes qu’il allait emprunter pour l’Islande… Sauf qu’en réalité personne n’eu le temps de le faire. Même Joris, qui lui avait pourtant tout prévu avant de venir, à modifié tout son trajet après avoir parlé à Bill (qui nous disait que le sud était « boring »).
On a déplié la carte sur une table et on s’est tous penché dessus.
Le gars de la station service est venu nous dire qu’il allait faire mauvais les deux prochaines semaines. On a tous relevé la tête en le dévisageant.
[Mon Dieu c’est pas vrai ?!!!]
Le but de certains d’entre nous étaient d’aller voir le match France-Islande dimanche soir, donc de trouver un chemin qui pouvait nous amener à une ville en trois jours et demi. Après avoir changer, rechangé et re-rechangé d’avis et d’itinéraires, Joris nous a quitté pour l’est, Benot pour le sud, Julie et Kai on ne sait pas et moi je décide de me joindre à Samuel pour aller au sud-est avant de remonter au nord pour voir le match dimanche.
Après une escale au bureau d’information pour se procurer la carte routière pour vélo (oui oui ça existe) nous reprenons la route. Il ne pleuvait quasiment plus, il faisait moins froid, le vent plutôt favorable, la vue agréable et nous étions les seuls sur la route ! « Parfait » concluons nous avec des grands sourires.
A noter : il y a des arbres en Islande (si, si) car nous sommes passés aux abords de nombreuses petites forêts. Mais les islandais ayant déforestés quasiment toute l´île, il y a actuellement des plans de reforestation en cours. 
Il a fallu re grimper 600 mètres de dénivelé sur une petite distance afin d’arriver sur une ligne de crête venteuse. C’est là, après avoir effrayé quelques moutons, que nous choisirons notre spot de bivouac, en contre bas de la route, sur un terrain herbeux et plat avec une petite rivière à quelques mètres… Magnifique ! On a même entraperçu quelques centimètres carrés de ciel bleu avant qu’il ne se mette à pleuvoir.
On a cuisiné dans l’abysse de la tente (Samuel a un camping gaz et tout un tas de trucs de cuisine) grâce auquel on a pu se faire une bonne popote chaude de spaghetti avec une sauce tomate-haricots rouges-carottes !

Vendredi 1 juillet 2016, J59 – Pas évident de freiner quand on ne sent plus ses doigts

Après une nuit fort correcte sous la tente nous enfilons nos habits de vélo et reprenons la route sur la ligne de crête.
C’est très rapidement pénible car le vent souffle fort et il se met à pleuvoir. Mais pas la pluie genre « brouillard de nuage », la pluie qui mouille et qui se gèle avec le vent. Après seulement 6 kilomètres je suis trempée jusqu’aux os. J’ai l’impression d’avoir les pieds dans une rivière gelée (j’avais pris des petites gettres pour ne pas que l’eau de glisse dans mes chaussure mais non seulement c’est ridicule face à cet afflux d’eau incessant et en plus la fermeture d’une d’entre elle s’est déjà cassée !). Mes gants étant également trempés, mes mains sont gelées et je commence à ne plus sentir mes doigts.
Comme disent les norvégiens « Il n’y a pas de mauvais temps, que des mauvais vêtements ». Je m’en suis voulu de ne pas avoir pris assez d’habits en conséquence bien que j’avais essayé de prévoir… mais en l’occurrence là c’était un peu comme escalader le Mont Blanc en pantoufles. On était sur une ligne de crête luttant contre la pluie et le vent glacial en pleine face, car il n’y avait rien, absolument rien pour stopper le vent ; rien, absolument rien pour s’abriter et on ne voyait rien, absolument rien à part du brouillard blanc. Il n’y avait pas un chat sur la route, même pas un mouton -c’est dire…-. Des gouttes d’eau gelées perlaient sans arrêt de ma capuche en m’atterrissant pile poil dans mes yeux avec le vent. Du coup je baissais la tête et la seule chose que je voyais était mon petit compteur gris… Qui n’avançait pas.
L’avantage c’était que si on avait soif on n’avait pas besoin de décrocher sa gourde, on buvait l’eau ruisselante de notre visage… Bon parfois on ravalait notre morve…
Chaque minute, chaque kilomètre était interminable.
On avait prévu de faire un peu plus de 60 kilomètres dans la journée sans voir personne et en dormant quelque part en bivouac cette nuit. Ça n’aidait pas à garder le moral.
Il faut l’avouer, à un moment je me demandé pourquoi j’avais voulu m’infliger cet épisode. J’avais décidé de suivre aveuglement Samuel, mais je ne savais même ps où on allait.
J’aurais voulu être dans un petit chalet cosi sous une grosse couverture chaude devant un grand feu de cheminée, les pieds secs, un bol de thé fumant au creux des mains et quelques carrés de chocolat à grignoter ;)
Mais non, j’étais en train de me frigorifier, que dis-je, CONGELER littéralement le corps sur mon vélo, le vent glacé dans la figure.
Me voyant au bout de ma vie, Samuel m’a prêté ses gants en laine. En fait il me les a carrément mis aux mains car comme je ne sentais plus mes doigts je n’arrivais même pas à me les enfiler^^.
J’avais le moral dans les chaussettes, c’est à dire, gelé et au plus bas. Mais je n’avais pas trop le choix, il fallait continuer, personne n’allait venir me ramasser sur le bord de la route car personne ne savait qu’on était là et il ne devait sûrement pas y avoir de réseau pour essayer d’appeler quelqu’un. Et quand bien même on aurait un vrai gros pépin, nous ne connaissions aucun numéro à contacter.
Ne pensez à rien, continuer…
 Je m’autorisais seulement à me dire que « Ça pourrait être pire. »  -mais c’est vraiment car je ne peux pas, ne penser à Rien-. Heureusement Samuel était optimiste pour nous deux. J’avoue que d’habitude je préfère rouler seule mais à cet instant précis, j’étais vraiment, vraiment heureuse qu’il soit là.
On a fait une vingtaine de kilomètres dans cette purée de pois puis on a vu un panneau avec les picto « Hôtel, restaurant, café, piscine chaude » à deux kilomètres en descendant sur la gauche.
On a tourné gauche.
La route n’était plus goudronnée, la descente était dangereuse car pleine de cailloux. J’ai commencé à prendre de la vitesse et ai voulu freiner ; sauf que comme je ne sentais plus mes doigts, je n’arrivais pas à freiner. Ça m’a affolé un peu et j’ai commencé à faire des chassés-croisés sur le chemin informe en rebondissant anormalement de gros cailloux en gros cailloux. Je ne contrôlais plus rien, je ne voyais quasiment rien mais j’ai pu remarquer qu’une de mes sacoches avant était passée par dessus bord dans cette secouade. J’ai réussi à tout stopper je-ne-sais-comment, manquant de me renverser à mon tour. J’ai remonté la pente, accroché ma sacoche et suis repartie. La route remontait ensuite, impossible de changer de vitesse avec mes doigts gelés et je ne voulais (pouvais) pas décrocher mes mains du guidon (mes vitesses se changent sur le cadre, je dois donc décrocher une main du guidon à chaque fois que je veux changer de vitesse). J’ai fini à pied.
Une fois arrivée dans le hall d’entrée de la bâtisse, des radiateurs en marche tout le long du couloir… J’en ai presque pleurer de joie. Ouiiii, du chaud, du sec ! Je n’y croyais plus.
J’ai enlevé mes chaussures, chaussettes, gants, bonnet, imperméable… Que je pouvais essorer allègrement et j’ai tout entreposé sur les radiateurs.
La gentille hôtesse de l’auberge m’a demandé si ça allait. Ça m’a tiré de ma rêverie, en effet je m’étais physiquement posée sur un sofa, les pieds nus sous les fesses, le regard vide car encore un peu secouée de cette matinée glaciale et je ne bougeais plus.
On s’est réchauffé avec une bonne soupe, du pain maison et des cafés sucrés. J’ai fini de sécher mes habits avec le sèche cheveux pendant que Samuel parlait avec un randonneur allemand. On a encore parlé un bon moment avec les hôtes très gentils puis on a prit congés après avoir pris connaissance des prévisions météo (qui n’étaient pas réjouissantes). Enfin… on a voulu prendre congé, mais lorsque j’ai voulu repartir avec Berthe, j’ai bien vu qu’elle n’allait pas bien non plus. Ni elle ni moi n’avions envie de quitter cette chaleureuse maison si adorable. Aller, démonte pneus, on retourne le vélo, c’est parti.
Les hôtes m’ont gentiment proposé de tester la chambre à air dans l’évier de la cuisine pour voir d’où venait la fuite. C’était bien car je pouvais mettre de l’eau chaude et rester encore un peu à l’intérieur au sec. Je m’y suis reprise à deux fois avant de coller la rustine correctement.
On regonfle le pneu et on repart dans les cailloux et sous la pluie froide. Je m’arrête au bout de 50 mètres, une partie de mon pneu était sorti de la gente. J’enlève les sacoches. Je retourne Berthe, je dégonfle le pneu, je remets le pneu en place, je regonfle le pneu comme je peux et je remets les sacoches. Ça recommence bien dis donc ! Je continue la montée à pied car je n’arrive pas à grimper sur mon vélo. Une fois sur la route principale on est reparti. Je me répétais la phrase que notre hôte m’avait dit avant de partir « Be strong. »
Pluie, vent, on ne voit rien à 20 mètres, pieds et mains gelés…
Après avoir traversé un barrage Samuel souhaite faire une pause. La route goudronnée se termine et il y a une conteneur de chantier. mais il est fermé, le tracteur est fermé aussi… Mais pas la benne à plastique ! Ha, ha, on décide de se faire une soupe chaude à l’intérieur de la benne où il restait bien assez de place pour nous deux et le camping gaz parmi les bouts de plastique, sacs poubelles, morceaux de bois cloutés et bouts de carton. Au moins on était à l’abris du vent et de la pluie. J’essors une nouvelle fois mes chaussettes gelées. Bien que Samuel ait des sur-chaussures et un pantalon de pluie, il est aussi trempé jusqu’aux os.
On n’arrive pas à se réchauffer.
Comme il y a plein de plastique résistant dans la benne je décide de me confectionner des sur-chaussures artisanales en découpant des morceaux avec mon opinel. Quelques minutes plus tard me rends compte que je me suis coupé un bout de pouce lorsque je vois le plastique taché de sang. Je ne m’en étais pas aperçu et m’en importe peu puisque je ne sens plus du tout mes doigts.
On entend des voix au dehors. Incroyable, on n’est au bout du monde et il y a quelqu’un ? J’ouvre la benne (une petite trappe à hauteur de poitrine), je vois deux gars bronzés se balader juste devant la benne. Lorsqu’ils voient ma tête commencé à sortir de la trappe ils prennent tellement, mais tellement peur qu’ils essaient tous les deux de se cacher l’un derrière l’autre ! C’était tellement drôle que j’en rigole encore. Ils ne s’attendaient vraiment pas à voir quelqu’un ici, qui plus est, sortir d’une benne à ordure, qui plus est, avec une tête de zombie… ce que je peux comprendre !!! Ha ha ha !
On décide de mettre sur notre vélo des morceaux de bois trouvés dans la benne pour se faire un feu ce soir : nous avons prévu d’aller jusqu’à une source d’eau chaude naturelle à une dizaine de kilomètres d’ici.
On est congelés. Et plus motivé du tout…
On fait même pas 50 mètres et l’on voit des toilettes touristiques flambantes neuves sur notre gauche avant la montée. On décide d’y faire un tour. Il fait chaud à l’intérieur. Le petit bâtiment se compose de trois pièces en plus du hall : toilettes homme, toilettes femme et toilettes handicapé. 4 radiateurs en tout. Mon dieu, c’est magnifique ! De l’eau, du chaud, du sec, une prise. Il est 20h. « Et si on passait la nuit ici afin de sécher nos vêtements, nos chaussures et nous mêmes ??! » 
On n’hésite pas longtemps.
C’est presque aussi bien qu’un hôtel et c’est gratuit. On met tous les radiateurs au max, (ils sont super puissants), et on s’organise pour manger, recharger nos appareils électriques et camper dans les toilettes handicapés. On est trop bien !
image

Notre « hôtel » privé et gratuit pour la nuit

 

Samedi 2 Juillet 2016, J60 – Baignade dans une source d’eau chaude naturelle

Le seul désavantage à dormir dans des toilettes c’est qu’il y a des miroirs, du coup je peux clairement remarquer que je ne ressemble plus du tout à rien. Mais bon, peu importe comme je ne me vois pas le reste du temps… On a bien dormi, bien petit déjeuné, nos affaires sont toutes entièrement sèches, la tente quasiment. Tant mieux car aujourd’hui on s’éloigne de la route principale pour rouler sur des routes secondaires non goudronnées (en voilà une bonne idée^^).

Je teste mes nouvelles sur-chaussures artisanales bien qu’il ne pleuve pas ou très peu aujourd’hui. C’est efficace contre le froid et le vent (qui nous vient forcément encore de face). La vue est très basique : la demi-sphère au dessus de la ligne d’horizon est blanche (le ciel est rempli de nuages blancs) et la demi-sphère sous la ligne d’horizon est noire (la route est noire et plus ou moins caillouteuse). C’est complètement désertique, on se croirait sur une autre planète ou sur la lune peut-être.
aurelia-brivet-160702-piste-islande

11h

On fait les 10 kilomètres prévu pour rejoindre la source chaude. On laisse les vélos en haut et on descend les 2 kilomètres à pieds. On traverse une rivière d’eau froide pieds nus (après avoir prit le soin de retirer nos chaussures et remonter notre pantalon), on marche sur l’herbe humide sur les côtés du chemin en évitant au mieux les cacas de moutons (on se croirait dans un jeu vidéo en traversant des obstacles).
On arrive sur le dit « terrain de camping » où il y a une mini cabane avec des toilettes sèches et une autre cabane en bois avec trois sommiers en bois.
On cherche la source chaude…
On commence à être un peu septique car on ne la trouve pas. Puis finalement, miracle ! En suivant un tout petit cours d’eau chaude on trouve la magnifique petite cascade d’eau qui plonge dans la piscine naturelle fumante. Ha, ha, ha génial ! On se déshabille rapidement pour s’y plonger entièrement. Mon dieu c’est tellement tellement Tellement agréable !!! Ce n’était pas très grand mais bien largement assez pour nous deux. Je ne sais pas à combien elle était, 45 degrés peut-être ? Tout ce que je sais c’est qu’elle était à température parfaite ! J’aurai pu y rester toute la journée tellement c’est confortable de se détendre dans de l’eau si chaude alors qu’on avait eu si froid (et d’autant plus quand on ne s’est pas douché depuis deux, trois jours ;) ).
L’état de la route fut, dans l’ensemble, moins pire que ce que je m’étais imaginé. Ce n’était certes pas goudronné, mais c’était roulable (bien sûr avec secousses la plupart du temps à cause des cailloux).
Oh, et on a même eu droit à nos premiers rayons de soleil !!! Pour la 1ère fois on pouvait voir nos ombres sur la route !
Pour le déjeuné on s’est fait un « abri-vent » en étendant une serviette et un k-way sur le vélo de Samuel (qui pouvait tenir debout grâce à une béquille, contrairement à Berthe). C’est semi-efficace et comme notre température du corps chutait, lentement mais sûrement, en restant sans bouger assis par terre, on ne s’est pas attardé.
Heureusement il n’a quasiment pas plut de la journée, on a fait des montées et descentes oscillant entre 600 et 750 mètres d’altitude environ, on s’est arrêté dans un authentique gîte d’étape dans l’après-midi, on a croisé un jeune cycliste allemand et quelques rares voitures sur les 60 kilomètres de piste avant de retrouver la « route numéro 1 » en début de soirée (la route principale et bien goudronnée). Waouh ! Je pense que l’on pouvait être fier de nous et de nos bicyclettes !
Notre spot de bivouac pour cette nuit est assez humide car situé vers une rivière en contre bas de la route mais plutôt abrité du vent et on ne peut pas nous voir de la route. Spaghetti et au lit.

Dimanche 3 juillet, J61 – regarder le France/Islande dans une station service avec deux Thaïlandais

Après avoir super mal dormi on reprend la route. Ça y est, c’est ce soir que nous allons atteindre notre première étape : voir le match de foot dans la ville côtière de Vopnafjördur !
Vent de face, il ne fait pas chaud. Les voitures roulent vite. On prend ensuite une route moins empruntée mais toujours avec du vent de face+côté. Du coup on est obligé de rouler un peu penché pour ne pas que le vent nous souffle dans le ravin ! L’avantage c’est pour se moucher : pas besoin de sortir de mouchoir, on a juste à souffler un peu plus fort par le nez et toute la morve part à l’horizontal. Très pratique. (Juste faire attention à ce que le collègue ne soit pas au même niveau que nous.)
Même en descente on doit pédaler pour avancer, j’ai horreur de ça ;)
Aujourd’hui, j’ai bien attaché – trop bien attaché – mes sur-chaussures artisanes (je commence à avoir l’habitude) sauf qu’elles me sectionnent les mollets et me coupe la circulation sanguine plus qu’autre chose. Du coup je ne sens à nouveau plus mes pieds.

Bien que les conditions soient bien moins horribles qu’il y à quelques jours car il ne pleut pas, mais je n’ai absolument aucun plaisir à rouler. J’ai vraiment hâte de ces 70 km soient fini pour que l’on puisse se reposer jusqu’au match.
Une ancienne douleur derrière l’omoplate gauche, que je n’avais pas encore senti de tout mon voyage, revient me narguer. Et mes cauchemars de cette nuit aussi. C’est insupportable. Heureusement que le vent a tourné et qu’il nous pousse allègrement sur les derniers kilomètres, ça allège les tracasseries.

On s’est installé au camping du bled, on a prit une douche chaude puis je n’ai pas bougé du canapé du coffeashop confortable (avec wifi et bien chauffé) de toute l’après-midi !

On est allé au fast-food de la station service pour regarder le match. Il y avait une famille islandaise dont les enfants avaient les maillots de foot de l’équipe qui s’empiffraient de hamburger, pizza et frites, d’autres islandais étaient installés sur les quelques tables du fast-food. Avec Samuel nous avons partagé une table avec deux Thaïlandais (père et fils : c’étaient des guides touristiques privés -pas vraiment officiels- qui faisaient des repérages en Islande pour un futur séjour à destination de thaïlandais friqués).
Finalement tout les islandais sont partis avant la première mi-temps, on s’est retrouvé tous les quatre à regarder le match. Au moins personne n’allait m’embêter suite au résultat (!)

 

Lundi 4 juillet 2016, J62 – De nouveau seule

Je me paie le luxe de prendre une douche chaude matinale forte agréable au camping (pour une fois que j’ai accès à une douche chaude j’en profite !), avant d’aller au supermarché avec Samuel afin d’acheter quelques provisions en vue d’une fabrication imminente de pancakes sucrés.

Certes, les premiers n’étaient pas parfait mais on a finalement réussi à en faire de très très bons -malgré le peu de moyen que l’on avait : un petit camping gaz à alcool avec une sorte de casserole-poil en aluminium, le tout arrosé d’un léger crachât nuageux) !

Après ce bon brunch, vient le temps des « au revoir ». Après avoir cogité longtemps, j’ai décidé de continuer ma route seule. Pour plusieurs raisons. La première était simplement que je n’avais pas envie de rouler aujourd’hui, dans ce froid, ce vent et sous cette petite pluie. Samuel prévoyait de tracer l’Islande un peu dans tous les sens afin de voir le maximum du pays alors que moi je souhaitais prendre mon temps, et là je sentais que j’avais besoin d’une journée de break. Que je devais prendre le temps d’organiser ma route moi-même : savoir où j’allais, quand, comment… Le fait de voyager avec quelqu’un à un côté rassurant, c’est beau de partager tous ces moments de joie comme de galère, mais c’est également parfois un poids, car toutes les décisions doivent être prises à deux (demandées, votées, choisies…), il faut s’adapter et savoir faire des concessions (même si ça ne me pose aucun problème la plupart du temps). À chaque fois que je voulais exprimer mes sentiments ça me rappelait que j’avais mal suivit mes cours d’anglais au lycée… et de plus j’avais un peu de travail à envoyer à mes clients : belle excuse pour passer toute la journée au chaud au café du village !

aurelia-brivet-160704-vopnafjordur-ld

Bien installée dans le même canapé confortable qu’hier, je reçois un coup de fil d’un studio de dessin animé français m’apportant une bonne nouvelle. Chouette, la journée commençait bien !

Une dame blonde, qui était dans le café avec deux amis depuis un moment, vient s’assoir dans les canapés. Elle sort son ordinateur de son sac, l’allume et commence à me parler. Je suis d’habitude assez loquace, mais là, elle tombait très mal : mon ordinateur venait de me lâcher, il n’avait pas supporté la nouvelle nuit froide et humide que l’on venait de passer. L’écran refusait de s’afficher correctement. Je ne pouvais plus rien faire du tout.
Elle s’appelle Eva, elle est violoniste, islandaise d’origine, elle vit maintenant à New-York. Elle fait des concerts un peu partout dans le monde (là où elle est invitée). Elle fait de la photo et de la vidéo également, elle utilise ses images comme toile de fond de ses concerts. Du coup elle est aussi dégoûtée que moi de ne pas avoir pu faire de belles photos ces derniers jours à cause de la météo peu favorable.
Le guitariste américain et leur amie se joignent à nous pour discuter. Ils sont tous peinés pour mon ordinateur malade mais ne peuvent malheureusement pas m’aider techniquement. En revanche ils m’invitent très chaleureusement -voir même m’obligent presque- à venir à leur petit concert à 17h.
[Mais avec plaisir !]

Je pensais que tout le village serait là et la salle bondée, du coup je ne me suis pas pressée pour arriver. En fait le concert se tenait dans une petite salle de la salle des fêtes, il y avait un auditoire de 5 personnes seulement. Ils avaient déjà commencé à expliquer ce qu’ils allaient jouer quand je suis arrivée, le guitariste m’a fait signe d’entrer avec un grand sourire, je me suis excusée de mon retard et me suis installée sans faire de bruit dans le fond sur une chaise autour d’une petite table ronde, comme les autres.

En fait j’ai comprit plus tard que c’était un concert privé uniquement pour le maire, sa femme et quelques élus du village afin qu’ils aient un aperçu de la prestation des musiciens prévue lors de leur future tournée en Islande dans quelques mois.
Les gens sont restés discuter avec la violoniste et j’ai échangé avec le guitariste, Charlie (nous étions les deux seuls à ne pas parler islandais).
Les musiciens m’ont invitée à découvrir les alentours avec eux en voiture. Nous fument guidés par une nana de l’office de tourisme super sympa qui connaissait parfaitement le coin. C’était d’autant plus parfait car les nuages ont commencé à laisser place au ciel bleu et les percées ensoleillées sur les falaises et sur la mer furent sublimes. J’ai apprit à Eva à se servir de son nouvel appareil photo (de la même marque que le mien) par la même occasion !
Nous sommes tous retournés au coffeashop-restaurant pour boire une bière et dîner. J’ai choisi la soupe maison accompagnée de belles tranches de pain juste sorties du four tartinées avec du beurre au basilic : un régal ! (D’autant que c’est la ville qui a réglé la note pour tout le monde – je suis chanceuse ! -)
Je ne sais pas si c’est parce que mon ordinateur était cassé, que j’avais mon collant troué, que je leur avait raconté ma nuit dans les toilettes touristiques handicapés, qu’il allait faire 2 degrés dehors cette nuit, que je leur faisais globalement pitié ou simplement que je leur paraissais sympathique… mais ils avaient été tellement adorables avec moi depuis le début et ce n’était pas fini : ils m’ont proposé d’occuper la chambre libre dans leur maison de location pour cette nuit. [La classe.] J’ai accepté avec grand plaisir.
Ils m’ont déposé au camping pour que je plie ma tente et ils m’ont accueilli avec un grand verre à pied de vin rouge dans leur chalet super cosi avec vue imprenable sur les montagnes.
On a beaucoup discuté. Quand je suis sortie les cheveux propres de leur super douche chaude ils furent épatés « Oh, you’re a new woman! » (Tu m’étonnes je n’étais pas lavé les cheveux et séchée dans une serviette propre depuis la Norvège !). Ils ont remarqué toutes mes blessures et marques de bronzage sur les jambes, je leur ai inventé des histoires farfelues avant de leur raconter les vraies -beaucoup moins héroïques et amusantes que les fausses-. Ils m’ont indiqué plein d’endroits où aller en Islande lorsque j’ai déplié sur le sol du salon mes quatre cartes routières qui composaient l’île (ils étaient encore plus excités que moi à l’idée d’aller dans tous les endroits dont ils me parlaient). Ils m’ont fait goûter du poisson séché local avec du beurre (le repas des randonneurs car très léger et très énergétique). On s’est enfermé en t-shirt et en chaussettes à l’extérieur du chalet quand on est tous allés prendre des photos dehors tellement la lumière qui se reflétait sur les montagnes étaient belles. Une fois que des propriétaires sont venu en voiture (et en pyjama) nous ouvrir, on a pu finir les bouteilles alcoolisées à l’intérieur (comme ils quittaient la location le lendemain il fallait tout finir)…

 

Mardi 5 juillet 2016, J63 – Ou se faire attaquer par les oiseaux pendant une balade en bord de mer

Il y avait une fenêtre au niveau de ma tête lorsque j’étais allongée dans le lit du coup j’ai passé la plus grande partie de ma nuit à regarder le paysage splendide en me répétant « Oh mon Dieu c’est trop beau ».

Temps excellent aujourd’hui. Incroyable. Nouveau visage de l’Islande, c’est à y perdre la tête ce chargement radical de météo !
Je n’ai pas roulé beaucoup finalement.
Pourtant la route était bien goudronnée, la vue splendide et j’avais à peine plus de 300 mètres de dénivelé à monter avec le vent de face. Mais je me suis laissée tenter par un petit village de bord de mer qui m’a parut sympathique sur la carte et où j’ai voulu tenter une escale.

Les gars se sont marrés quand j’ai demandé où était la station service en arrivant à vélo dans leur bled (j’avais besoin de regonfler les pneus de Berthe correctement), ils m’ont indiqué aussi où était le camping en me précisant fièrement qu’il était gratuit. [A la bonne heure, et bien je vais définitivement rester chez vous ce soir !]

On ne risquait pas de se perdre dans ce village, à part les habitations, il y avait : le terrain de camping, une petite école, un hangar à poisson et un unique petit magasin où tout se passait (station service, supermarché, bar, coffeashop, etc…) mais il ne faut pas avoir du retard sur sa montre car il n’ouvre que de 16h à 18h, 4 jours sur 7 !
Comme les musiciens devaient vider leur frigo en partant ils m’ont donné de quoi me nourrir pour la journée, je me suis régalée de jambon fumé, œufs et roquefort français (oui, oui !).

Vers 18h30, après du café à volonté gratuit et des chocolats islandais offert par le gérant du shop aux Suisses (avec qui j’étais en train de converser) et moi, je suis partie me balader le long de la mer. Le but étant d’aller jusqu’au phare indiqué sur la carte. Il y avait à peine 5 kilomètres à faire et la route plutôt simple. Je ne sais pas comment je me suis débrouillée mais m’a pris 5 heures (je suis rentée quand le soleil se couchait vers 23h30). Il faut dire que j’ai fait plusieurs pauses paisibles, sur les rochers ou dans l’herbe, scrutant les magnifiques panoramas de mer sous le soleil et écoutant les vagues et les oiseaux. Sauf je me suis fait attaquer par certains d’entres eux (ceux qui ont la fâcheuse habitude de poser leurs œufs sur le sol sans faire de nid, du coup quand il y a un intrus sur « leur » territoire, ils piaillent très fort pour nous effrayer et viennent nous raser la tête… si ce n’est pas nous heurter carrément).

aurelia-brivet-160705-bakkafjordur-ld

Balade jusqu’au phare

J’ai aussi compris pourquoi les moutons avaient quatre pattes : en coupant le chemin au retour par le haut des falaises (à la fois pour avoir une nouvelle perspective de l’horizon et en même temps pour éviter de repasser à côté de la maison hantée), j’ai réussi à me vautrer deux fois en l’espace de 15 minutes, dans les « prés » à moutons : le terrain est composé d’une multitude de petits massifs de plantes rases et drues qu’il faut anticiper car c’est à s’y tordre les pieds. Il faut dire que comme j’avais les poches de mon gilet pleines de laine de mouton que j’avais ramassé sur ma route, je gardais les deux mains au milieu de cette douce texture confortable -et donc ne pouvais m’équilibrer comme il se devait-. Bon, et puis quand on tombe, c’est un peu comme les jeux pour enfants des McDo, on rebondi plus qu’on ne se blesse. -Comme ça, ça me fera d’autres histoires à inventer quand les gens verront mes jambes !-

Je sais pas pourquoi mais cette nuit j’avais l’impression de dormir avec un mouton dans ma tente – ça sent fort, le mouton islandais !- ;)

 

Mercredi 6 juillet 2016, J64 – Rouler en T-shirt au Nord de l’Islande ça arrive !

Je me réhabitue progressivement à ma non-routine quotidienne et à mes non-habitudes de solitaire. Il fait aussi divinement beau qu’hier et j’ai même le vent de dos pendant un moment ! Incroyable !
Je m’octroie une sieste au soleil, allongée dans un pré confortable, où je deviens rapidement l’attraction touristique des moutons.

aurelia-brivet-160706-porshofn-ld

Arrivée à Þórshöfn

Je m’installe dans le camping de Þórshöfn après une belle descente et prend une bonne douche chaude (heureusement qu’un marcheur américain, rencontré sur la route, me l’avait précisé car sinon je ne l’aurais jamais vu).

Je profite de la voiture d’un couple de français rencontré au supermarché, pour aller me balader avec eux en bord de mer.

Je passe ensuite au complexe sportif et touristique du village pour utiliser le wifi gratuit. Piscine incroyable, jacuzzi, salle de sport, salle de musculation, petite bibliothèque, informations touristiques et café à volonté ! C’est incroyable vu la taille du bled (400 habitants pas plus). Le type qui tient le complexe est super sympathique, j’en profite pour lui expliquer mon problème d’ordinateur et lui demande s’il ne connaîtrait pas quelqu’un qui aurait un ordinateur viable avec le logiciel dont j’ai besoin… À tout hasard…
Il me dit qu’il peut demander à un photographe britannique qui est revenu au village il y a deux jours à peine et chez qui il est invité à manger ce soir.

Le photographe, Christopher, qui parle français car il habite en France les 3/4 de l’année, a un ordinateur, mais pas le logiciel adapté. Il m’explique qu’il ne travaille qu’en argentique… Et avec un Rolleiflex ! [Oui monsieur !]
Mettant de côté mon soucis logistique qui me paraît futil tout à coup, je m’intéresse vivement à son travail.

Une heure plus tard je me retrouve chez lui, avec un bol de thé chinois entre les mains, dans une ancienne petite maison du village en bord de mer. Ils l’ont acheté avec sa femme islandaise il y a quelques années, c’est en fait la maison des ancêtres de sa femme. Il m’explique le projet photographique sur lequel il travaille depuis quelques années, tout en me racontant les histoires, aussi incroyables que glauques que vraies, des islandais de du siècle dernier qui vont avec.

Les récits sans fin finissent par être coupés car les deux invités de ce soir sonnent à la porte, avec un frigo neuf qu’ils avaient en plus chez eux. En fait Chris avait décidé de faire un diner chez lui ce soir, car son frigo étant tombé en panne, il devait tout consommer rapidement. De plus il avait acheté quelques alcools détaxés dans l’avion en plus des bouteilles de vin français qu’il avait mis dans ses valises.
Il m’a donc naturellement invité à partager le « curry » à l’indienne qu’il avait cuisiné avec amour. Une fois les retrouvailles faites, le nouveau frigo mis en place et la dégustation de vin français réglementaire, on a dégusté le succulentissime repas que nous avait mijoté notre hôte (d’autant plus que c’était assez incroyable de manger un plat indien divinement épicé, en Islande !)
Avec quelques shoots de vodka local pour digérer, on a admiré le soleil se coucher (ou se lever – à cette période de l’année on ne sait plus bien).

L’avantage de certains campings Islandais, c’est que l’on ne paie qu’au petit matin, quand le gérant vient collecter l’argent des campeurs qui ont dormi la nuit sur le terrain. Ainsi j’ai pu décamper vers 1h du matin, par 3 degrés, pour aller dormir au chaud dans un lit confortable avec une belle couette, au lieu de me carapater dans ma tente froide qui était déjà trempée.

 

Jeudi 7 juillet 2016, J65 – À la recherche de la maison hantée

« – Ca te dirait de venir te balader aujourd’hui vers une ancienne ferme abandonnée ?
– …euh, je pensais reprendre la route mais oui ! Avec grand plaisir !… Ça prendrait combien de temps ?
– …la journée.
– …ah d’accord. Et bien… Ok !

– On passera voir la maison hantée et puis on essaiera d’aller voir une des fermes qu’ont occupée les ancêtres de ma femme. J’y suis déjà allé une fois, mais j’aimerais y refaire quelques photos. »

 

« – Je ne me souviens plus où la piste commence… C’est peut-être là… Mais je ne vois pas de traces de roues. Il faut chercher le lit d’une rivière, c’est là où la piste commence.
– Il y a un panneau là… « impassable, trente kilomètres »… C’est peut-être là ?
– Ah oui exact, je vois la piste qui grimpe là-bas ! »

 

« – Oh mon Dieu c’est magnifique ces paysages, on se croirait sur une autre planète ! »

 

« – Ah, c’est ici où je suis resté bloqué dans la boue la dernière fois. D’ailleurs deux autres voitures s’y sont plantées aussi juste après moi. C’est un voisin avec son tracteur qui a pu les sortir de la boue.
– T’es sûr que ça passe là ? Tu veux pas passer là où il y a un peu d’herbe à côté ?
– Non après ça fait des marques en plus, c’est moche dans le paysage.
– …mmh, enfin il n’y a personne qui vient ici et c’est désert sur des centaines de kilomètres à la ronde. Et là on risque de rester coincé… (Je ne lui ai pas dit, je l’ai juste pensé). »

 

« – Elle ne fait pas un bruit bizarre la voiture là ?
– Mmmmh, peut-être, tiens ça me fait penser qu’il ne faut pas que j’oublie le contrôle technique dans quelques jours. »

 

« – Si tu descends… Ce sera plus léger. »

 

« – Ok on va mettre ce carton sous les roues et je recule pendant que tu pousses la voiture.
– Euh… T’es sûr ? Je vais déraper dans la boue, non ?
– Si tu veux tu conduis et moi je pousse ?
– …Nan c’est bon, je pousse. »

 

« – Voilà ! Attrape mon vélo ici… Attention le pédalier s’est coincé dans ta roue en dessous. »

 

« – On enlève les chaussures et les chaussettes…?
– Là je crois qu’on n’a pas d’autres solutions ! »

 

« – Pfff… Je manque d’entraînement.
– Tu rigoles, je n’arrive pas à te suivre alors que j’ai fait presque 4000 bornes ces deux derniers mois ! »

 

« – On continue à pied, j’en ai marre du vélo ?
– Je vote pour.
– En même temps le temps se couvre… Je ne sais pas si c’est une bonne idée d’aller là bas.
– C’est encore loin ?
– Une heure et demi de marche environ.
– On mange les sandwichs et on avise ? »

 

« – On va écourter la balade en escaladant la montagne au lieu de faire le tour, je me repérerai de l’autre côté, j’avais grimpé un peu de l’autre côté la dernière fois. On va laisser les vélos près de cette rivière, ce sera plus facile pour les retrouver. »

 

« – Tiens, ça c’est une fleur que tu peux manger. C’est super bon.
– Vraiment ?… Ah oui ! Ah, ah, Énorme !! C’est vachement bon en plus !
– Et ça aussi on peut manger.
– Ah oui, c’est un peu plus dur à mâcher… »

 

« – On sent que tu connais la randonnée dans les montagnes perdues Chris ! Tu as les bons réflexes et tu connais tout sur les oiseaux, les plantes, les animaux en général… Impressionnant !
– J’ai une sorte de rêve : ce serait de vivre un an en autarcie dans cette ferme après l’avoir retapée…
– Ah oui d’accord ! Oulà, c’est rude comme projet ! Et ta femme elle est d’accord ?
– … Non pas vraiment.
– Tu m’étonnes… »

 

« – C’est bizarre… Je ne reconnais pas ce lac. Et je ne savais pas qu’il y avait deux cabanes de pêcheurs là bas… Faudra que je me renseigne. »

 

« – Je comprends pas… Je vais sortir la carte… Bon, ça devrait être un peu de ce côté, je me souviens avoir passé un relief comme ça… Pfff tout se ressemble ici… C’est difficile de se repérer… En même temps la carte n’est peut-être plus à jour, elle a été dessinée dans les années 30 par des géographes danois…
– En effet ! Et moi je n’ai aucune info de Google Map, il est complètement perdu. »

 

« – Je ne comprends plus. Je vais ressortir la carte et aussi la boussole…
– Le nord est par là.
– Non, le nord devrait être là. Je comprends plus. Ah mais en fait on est pas là où j’avais escaladé, on doit se trouver sur ce pent de montagne. On a complètement perdu notre orientation quand on était en haut. Donc la ferme est de ce côté. On vient de rallonger la balade d’une bonne heure je dirais, au lieu de l’écourter ! »

 

« – Ah mince, tu as les pieds mouillés ?
– Disons que ça fait 15 minutes qu’on marche dans des marécages… Mais l’eau est orange comme mes chaussures donc ça ne se voit pas trop ;)
– Je pense qu’il n’y en a plus pour très longtemps. »

 

« – Le temps se couvre et j’ai perdu l’orientation… On va peut être rentrer.
– Comme tu veux.
– Aller, on rentre… »

 

« – C’est la rivière qui mène à la ferme !
– …
– Le temps s’est un peu dégagé. On y va ?
– C’est encore des marécages le long de la rivière ?
– Je n’espère pas…
– (Sourire complice) Bon, ça marche ! »

 

« – En fait, c’était beau d’espérer mais ça n’a pas marché hein ? Il y a bien des marécages le long de la rivière. »

 

« – Ah bah super, je voulais aller pisser et j’ai mis le pied dans un trou d’eau !
– Voilà, c’est là ! Je me souviens que j’étais passé par là. Il y a la cascade et après en bas la ferme ! […] Je fais quelques photos ici. […] On mange les derniers sandwichs ici puis on descend voir la ruine ? »

aurelia-brivet-160707-porshofn-ld

« – Là il y avait la porte. Ici une pièce… Là c’était pour les moutons. Ils avaient agrandi plus tard ici… Là ils ont creusé un bassin… Je vais faire quelques photos. Tu peux filmer un plan pour mon projet de livre ?
– Prêt ? Trois, deux, un, ça tourne, action ! »

 

« – Ah je suis content qu’on y soit parvenu ! Je n’aime pas ne pas terminer ce que j’entreprends !
– Oui je suis contente aussi qu’on y soit arrivé malgré nos découragements successifs ! Bon, on va se mettre les pieds au chaud maintenant ? Parce que je commence à avoir un peu froid ! »

 

« – Je ne vois pas les vélos…
– Bon, on n’a qu’à juste suivre cette rivière ci, pas celle ci, mais on va couper par là car ils doivent être plus loin, la perspective de la montagne n’était pas comme ça. »

 

« – C’est parti, 6 rivières à traverser et on y est. »

 

« – Ah punaise de punaise de m****. Avec cette pluie il y a trop de boue qui s’est accumulée dans les gardes-boue et les roues de mon vélo sont complètement bloquées ! Même en descente je n’avance pas !… Et voilà que je commence à avoir les mains et les pieds gelés…
– Oh regarde l’arc en ciel ici !
– Mmmmh… »

 

« – Plus rien à faire des rivières, je traverse sans enlever mes chaussures, de toute façon elles sont déjà complètement trempées. »

 

« – Hey ! We did it !!!

– Plus qu’à prier pour qu’on ne se plante pas dans la boue avec le 4×4, avec la pluie de cet après-midi, c’est peut-être un peu plus glissant que tout à l’heure.
– On mange quelques sardines et on y va ?
– Je commence à avoir faim aussi, ça fait quand même dix heures qu’on a quitté la voiture et qu’on crapahute en pleine nature ! »
« – Oups…
– Ah ah ah ah ah, cinq bonnes secondes de patinage total dans la boue, mais c’est bon !
– On se croirait dans une fête foraine en train de tester tous les manèges. Un coup c’est les montagnes russes, un coup c’est le train fantôme…
– C’est marrant tu conduis toujours qu’à une main ?
– C’est une voiture avec une boîte de vitesse automatique… »

 

« – Allez, la piste est finie, plus que 35 bornes sur le goudron et je cuisine un bon plat avec les restes d’hier. »
« – Chris, c’est encore une fois un régal ! Mer-ci beau-coup ! »

 

« – Tiens c’est marrant… Regarde… C’est très très rare… Il n’y a absolument pas de vent. Rien ne bouge.
– On dirait que le temps s’est complètement arrêté…

– Heureusement qu’il y a le voisin qui fait des tours de village avec sa voiture sinon on pourrait croire qu’on est figé dans le temps.
– Je te fais goûter un nouveau thé chinois ?
– Tu en as encore des nouveaux ? Chouette avec plaisir ! »

 

Vendredi 8 juillet 2016, J66 – Un vendredi ordinaire

« – …Bre… douille ?
– Oui, on dit « rentrer bredouille », quand on revient de la pêche ou de la chasse sans ramener de poissons ni d’animaux.
– On se sent toujours un peu bête quand on revient les mains vides.
– Tu en avais pêché trois. Les deux premiers n´étaient pas très gros et le troisième tu l’as échappé ! Tu auras plus de chance la prochaine fois !
– Espérons ! De toute façon j’ai du poisson dans le frigo, je sais ce que je vais faire avec pour midi ! »
« – 2 mètres… 32.
– Pour le grand côté là ?
– Depuis la cheminée jusqu’au bout du toit oui.
– Ok c’est noté.
– 3 mètres 11 pour la largeur ici… »

Chris avait récupéré une échelle brinquebalante chez les voisins et nous étions en train de faire les mesures du toit car il avait l’intention de remplacer lui-même la vieille tôle ondulée existante par une nouvelle.

 

J’ai pu travailler aujourd’hui, grâce à l’ordinateur de Chris et au wifi du complexe sportif. Une succulente odeur de poisson cuisiné m’attendait à la maison quand je suis rentrée. Le repas fut à nouveau un pur régal. On a terminé par un nouveau thé chinois délicieux.

Le coucher de soleil fut incroyable. Il m’a gagné facilement aux échecs. Puis on a terminé la journée par notre rituel « chocolat chaud de bonne nuit ».

aurelia-brivet-160708-porshofn-ld

Coucher de soleil depuis la maison de Chris

 

Samedi 9 juillet 2016, J67 – Escalader une montagne jusqu’à son sommet

Il faisait beau aujourd’hui, Chris avait envie d’aller se balader.
On a claqué les portières du 4×4 et on a pris une route que je connaissais fort bien car c’était celle par laquelle j’étais venue à vélo. Toujours autant de beaux panoramas de mer.

On a tourné à droite sur une piste avant d’arriver à Vopnafjördur et on a longé un fleuve splendide. Chris m’apprend que nous sommes sur un des endroits les plus prisés pour pêcher le saumon. Des types sont prêts à payer des sommes astronomiques pour ça. Il faut avouer que le fleuve est divinement beau. L’eau est très claire par endroit, d’un bleu turquoise puissant qui permet de voir à travers sur plusieurs mètres, il forme des cascades à d’autres endroits et reflète le bleu du ciel ou le vert de l’herbe le reste du temps.
Heureusement que l’on avait quatre roues motrices car on a traversé une bonne dizaine de cours d’eau plus ou moins importants (j’ai bien cru qu’on y resterait à certains moments!). On s’est arrêté pour déguster le reste de la succulente tortilla de la veille auprès d’une cascade magnifique où nous étions seuls au monde. Chris a ramassé quelques feuilles dans les bosquets aux alentours que l’on a mangées en salade. Nous étions à l’abri du vent, et des rayons du soleil nous caressaient délicieusement la peau. La vue était si belle… On a fait une sieste paisible bercée par l’écoulement de l’eau.

Quand Chris s’est réveillé il a dit « C’est tellement beau que j’ai envie de pleurer. »

On a fait encore 20 bons kilomètres et on a garé la voiture près d’un refuge de chasseurs.

Quand on n’essayait pas de trouver les ruines d’une ferme abandonnée en traversant des marécages, on suivait des empreintes d’élan, des chemins de moutons, on évitait les nids d’oiseaux et les crottes d’oies…
Autant il me distançait largement quand nous marchions dans les prés à moutons, enjambions les marécages avec une adresse que je n’avais pas encore acquise, résolvions plus rapidement l’énigme du passage de rivière sans trop se mouiller les pieds, autant quand il s’agissait d’escalader la paroi de la montagne, je le battais à plate couture ! Mais il faut dire qu’il avait un désavantage : il avait son matériel photographique qui pesait son poids.
Au fur et à mesure que je grimpais, je découvrais une nouvelle strate : nouvelle végétation, nouveau type de roche, nouvelles couleurs… Dernière strate : uniquement des cailloux ! Allez encore un effort, c’est presque la fin !

Quelle idée stupide… Je me suis rendue compte au milieu de mon chemin que les cailloux étaient complètement instables. Ils n’étaient plus retenus par de la végétation comme avant et j’en étais arrivée à un point critique où mes deux mains et mes deux pieds étaient posés sur des cailloux bringuebalants. J’avais l’impression d’avoir appuyé chacune de mes extrémités sur une bombe à retardement : j’avais enclenché le détonateur, et si je m’en dégageais, tout allait s’effondrer. Je ne savais plus bien quoi faire.
-« Chris, pas par là, c’est trop dangereux ! »

Chris m’a prise en photo tant je me déplaçais avec un manque d´aisance et d´élégance le long de la paroi.
-« On va plutôt passer par là, de toute façon le sommet n’est plus très loin.
– Ça c’est ce qu’on croit mais c’est souvent trompeur. »
Deux minutes plus tard je vois Chris se tenir droit sur ses deux jambes, fixant l’horizon, un grand sourire aux lèvres.
Je termine d’escalader les derniers mètres.
-… Waaaaa-ouhhhh !… Ah ah ah ah !… »
Je restais sans voix. J’étais trop heureuse. On avait une vue à 360 degrés sur un panorama incroyable. Les montagnes au loin étaient encore légèrement couvertes de neige par endroits, des multitudes de petits lacs recouvraient la plaine, vue sur la mer… Splendide ! Mais il restait, comme l’avait annoncé Chris, deux autres petits sommets à grimper. Je m’élançais avec une immense joie sur la ligne de crête.
Les derniers mètres furent les plus beaux : je voyais encore principalement le sol gris-noir de la montagne sur lequel j’avançais, mais j’étais assurée, cette fois, d’arriver au plus haut sommet de la montagne (850 mètres) et de me régaler du plus beau panorama qu’elle pouvait m’offrir…
Ça n’a pas manqué.

160709-þórshöfn-mælifell-(120)
Vue à 360 degrés, mer, montagnes en tous genres, lacs, rivières… Tout y était. On a savouré la vue. On voyait la voiture de la taille d’un œuf de fourmi au loin.

On a essayé de tracer au plus court pour redescendre et de façon incroyable on est arrivé quasiment à l’heure que l’on avait prévue, soit cinq heures plus tard, après avoir traversé la rivière, mouillés jusqu’aux genoux.

Histoire de terminer cette si belle journée sportive comme il se doit, on est allé se délasser dans une piscine chaude… Tellement agréable.

C´est avec les cheveux bien propres et une peau encore plus douce que celle des bébés que nous rentrons à la maison. Par la vitre de la jeep, clou du spectacle : des couleurs incroyables dans le ciel et dans la mer. De longs nuages, tels de la guimauve, couvraient la partie haute du ciel, mais pas celle au-dessus de la mer. Les douces sucreries stellaires reflétaient de magnifiques camaïeux de mauves venant d’ailleurs, se détachant sur d’incroyables couleurs orangées solaires. On fut transporté par la divine beauté ambiante ; en plus d’être dans une sensation de bien être physique après ce bain et de bien être mental après la fabuleuse escalade de cette montagne… Mais ces sensations ne peuvent être décrites ou photographiées, je n’ai donc pas voulu prendre de photos car ce moment restera gravé à tout jamais… dans la carte mémoire sécurisée de mon cœur.

 

Dimanche 10 juillet 2016, J68 – Tu m’ais tombé du ciel

Comme à son habitude Chris déjeunait avant moi. Il prenait un thé et allumait la cafetière pour moi, il me laissait une demie poire sur le plan de travail pour que je l’ajoute à mon muesli.

J’entendais le tintement de sa cuillère et des ustensiles, dont il se servait en faisant le moins de bruit possible, dans un demi sommeil ; puis je restais paresseusement dans mon lit prenant le temps de me réveiller en savourant cet instant. Lorsque j’ai enfin daigné me lever, Chris était en train d’étendre le linge sur un tancarville qu’il venait d’installer sur la terrasse : de façon incroyable, ce matin il faisait beau. Tellement, qu’il est allé chercher des chaises de camping dans la remise pour que je prenne mon petit-déjeuner au soleil sur la terrasse pendant que lui écrivait les textes de son projet « Kickstarter ».

Je suis allée à la station service nettoyer Berthe qui était encore toute crottée de jeudi pendant que Chris nettoyait le 4×4 en vue du contrôle technique du lendemain. Les deux engins n’avait pas la même carrure mais ils avaient la même couleur bordeau et c’était rigolo.

Après avoir dégusté à nouveau un délicieux repas à la maison, nous sommes allés utiliser le wifi du complexe touristico-sportif pour travailler sur le projet de Chris. Je l’ai aidé à traduire les textes en français puis on a fait une sélection de ses photos. Il a été bluffé quant à ma rapidité de frappe et encore plus quand je lui ai fait ses compositions de photos au bon format. En moins d’une minute ses photos étaient recardées, exportées et mises en ligne. Tellement épaté sur le coup qu’il m’a carrément confié la sélection de ses photos. Waouh, j’avais grippé grandement dans son estime, ses photos étaient pour lui un sujet si « touchy » !

19h tapante, on entrechoque nos deux verres de bière locale devant le match de foot France-Portugal sur les fauteuils du restaurant-bar du village. Maintenant que l’équipe de foot islandaise avait perdu, les islandais étaient pour les français. Du coup, une heure et demie plus tard tout le monde était dégoûté.

On a bu notre traditionnel « chocolat chaud de bonne nuit » mais comme nous n’avions plus de lait pour mettre dedans on a testé d’autres ingrédients (qui n’étaient pas une réussite)… on a fini par y ajouter de la vodka locale, c’était encore le mieux ;)

aurelia-brivet-160710-porshofn-ld

Match France-Portugal dans le restaurant du village

 

Lundi 11 juillet 2016, J69 – Débarquement en ville

« – Le magasin n’est pas encore ouvert mais j’attends qu’il soit 9 heures et je vais t’acheter du lait, il n’y en a plus pour ton petit-déjeuner.
– C’est très gentil mais ne t’embête pas je vais me débrouiller sans.
– Prends du pain d’épice, ou fais-toi des tartines sinon… Il reste du pain, du beurre, du fromage dans le frigo même si tu veux, toi qui mange tout à n’importe quelle heure ;)
– Ah ah, c’est parfait merci beaucoup ! »
« – Je peux beurrer le pain pour les sandwichs de midi si tu veux. »

Nous voilà parti pour Akureyri, à environ 230 bornes, c’est la 2ème plus grande ville d’Islande. Chris doit y faire deux, trois trucs puis retrouver sa femme qui arrive par avion à 21h, et moi je profite du voyage en voiture.

On fait un stop à Asbyrgi pour une petite randonnée. Des touristes ?! Plein de touristes ?! Des cars de touristes ?! Première fois que j’en vois autant. Je m’étais tellement habituée à être en pleine nature, à ne croiser personne, que ça fait bizarre tout à coup !
Chris me laisse choisir la randonnée que je veux faire. Puis pour la première fois, me laisse ouvrir la marche.
Ça me fait tellement bizarre de suivre un sentier balisé. Chris dénote complètement avec ce type de randonnées pré-établies. [Quoi, d’autres touristes marchant sur le même sentier que nous ? Encore d’autres ? Oulala…]

aurelia-brivet-160711-asbyrgi

Balade a Asbyrgi

Nous ne nous attardons pas car l’heure tourne. [C’est également très bizarre d’avoir des horaires à respecter, on sent que Chris est très mal à l’aise avec tout cela.] Comme il se met à pleuvoir, on avale notre déjeuner dans la voiture que Chris a garée face à la mer, tels deux bons touristes.

Ça nous est encore plus inhabituel de voir tout à coup une ville avec pleins de voitures, de gens, des bâtiments… Il y a même des feux rouges et des ronds-points ! Incroyable ! Là, Chris conduit avec les deux mains sur le volant et c’est moi qui fait le ‘Tom-Tom’ (sinon on serait encore en train de chercher le garage).
De façon complètement incroyable je vois Samuel à vélo arriver à Akureyri PILE en même temps que nous ! Dingue ! Je lui fais des grands ‘coucous’ par la vitre de la voiture alors que lui galère à rouler avec le vent de face. Il est mort de rire en me reconnaissant.

Je bois deux cafés gratuits au garage lors du contrôle technique, positif, de la voiture. Je bois trois cafés gratuits pendant que Chris négocie les quantités et le prix du matériel qu’il doit acheter pour refaire son toit (en attendant dans le magasin j’essaie des habits de chantier hyper-résistants mais beaucoup trop grands pour moi qui sont aussi lourds que chauds), puis on commande des cafés dans un bookstore-coffeashop dans le centre ville afin que je travaille une dernière fois avec l’ordinateur de mon hôte.

On a dû rapidement se dire au-revoir car il devait aller chercher sa femme à l’aéroport. Ce fut un moment émouvant que de se quitter car on avait petit à petit tissé des liens sains et naturels tout au long de ces belles et surprenantes journées, on avait appris à se connaître et on avait établi nos petites habitudes simples et complices mais sans se marcher sur les pieds… On se dit que de toute façon on garde contact :)

Je fais le tour de la ville avec Samuel pendant qu’on se raconte nos péripéties respectives puis on rentre au camping où je parle avec les animateurs d’une colonie de vacances française qui étaient en plein dans les comptes de la colonie (ça m’a rappelé mes stages de colo !).

 

Mardi 12 juillet 2016, J70 – Tourisme, Boulot, Vélo

Comme j’avais vu qu’il y avait quelques musées et expositions à voir dans la ville, j’ai commencé ma journée par le musée d’Akureyri. Composé de trois grandes pièces avec chacune un thème et une ambiance bien différentes et bien définies : dans la première salle, une collection d’anciennes cartes géographiques (où les mers sont remplies de monstres et animaux effrayants), dans la deuxième salle une collection de vêtements de la 1ère présidente islandaise accompagnée d’une vidéo-interview, et dans la dernière salle une reconstitution des intérieurs de maisons ou magasins islandais d’il y a 100 ans. J’ai discuté avec les deux autres visiteurs du musée (qui étaient français), et après le chapitre sur le nettoyage d’os, ils m’ont vivement recommandée de faire la route 35 (celle qui passe entre les deux glaciers : Langjökull et Hofsjökull) qu’ils venaient de faire en 4×4. C’était la route que je tentais d’éviter à tout prix car j’avais peur de retrouver les « sympathiques » sensations de mes 1ers jours sur l’île (froid glacial, déluge, vent de face)…

Le 2ème point de ma « To do list » du jour était de trouver quelqu’un qui possédait un ordinateur avec le logiciel « Photoshop » installé dessus (mon ordi fait toujours des siennes). Après un jeu de piste grandeur nature dans la ville, je me retrouve assise à un super poste de travail d’un cabinet d’architecture (fauteuil super confortable, doubles écrans, connexion internet au top), avec deux collègues adorables, du café gratuit à volonté et de la musique motivante.
Incroyable ! Je ne pouvais rêver mieux ! J’avais l’impression de me retrouver dans un studio de dessin animé parisien.

Lorsque je plie mes affaires au camping je rediscute avec les animateurs de la colonie de vacances qui me recommandent également vivement de faire la route 35. Motivée comme jamais je ne l’avais été sur cette île, et après un tour au supermarché (je n’avais absolument plus rien du tout dans mes sacoches -ah si, deux petits échantillons de miel discrètement substitués au café la veille-), je prends la route. Il était 18h30 passé. 6 degrés sur la côte. Pas de vent. Pas de pluie. Parfait. Je lance une playlist de vieux rock motivant qui me rappelle mes années « lycée » (certes, ça dénotait complètement avec le paysage magistral qui se dressait devant mes yeux…).

Je roule tout le trajet d’une traite (enfin si je ne compte pas le stop « je mets mon cuissard car je n’avais tellement plus l’habitude de rouler que j’avais oublié de le mettre », le stop « toilettes sauvages » au sommet de la montagne à 550 mètres d’altitude, et deux ou trois stops « photo »).
100 km plus tard j’arrive au camping de Varmahíd et plante ma tente devant un panorama sublime sur le soleil rasant réapparaissant sous la couche de nuages. Divines couleurs rosées. On est resté scotchés un moment devant avec la famille de croates qui était installée non loin de moi. Douche très chaude avant d’aller dormir (j’ai pu concrètement expérimenter l’utilité d’une douche chaude qui te réchauffe de l’intérieur).

aurelia-brivet-160711-varmahlio-ld

Camping a Varmahlio

Je ne sais pas si c’était ma digestion de haricots rouges en boîte de conserve discount ou ma serviette de toilette qui s’était imprégnée de l’odeur de souffre de l’eau chaude de la douche, mais ça sentait l’œuf pourri dans la tente ce soir… ;)

 

Mercredi 13 juillet 2016, J71 – Le père noël des cyclistes islandais

J’aime bien rester plusieurs heures dans le même café ou restaurant parce qu’il s’y passe toujours plein de choses marrantes et, spécialement en Islande, on finit toujours par y rencontrer des cyclotouristes. Je discute donc avec quatre québécois (tous les quatre profs dans un lycée à Montréal, ils passent leurs deux semaines de vacances sur des vtt en Islande) et un jeune états-unien (il est venu faire des pistes dans les montagnes et bien qu’il ait pris très peu de bagages, il en bave). Ils viennent tous de faire la route 35 et ils me préviennent qu’il faut prévoir du 5km/h car la piste est horrible… Mais magnifique, et ils me recommandent un ou deux endroits à ne surtout pas manquer.
Je passe le reste de la matinée à utiliser le wifi, boire quelques litres de café gratuit et piquer des petits pains avec des échantillons de beurre.

Je paie le camping et prends la route vers 15h30. Il fait beau, pas de vent. Parfait. Mes chaussures n’ont tellement plus l’habitude du beau temps qu’elles me compressent les pieds et m’obligent à rouler en sandales (sandales que j’avais enterrées au fond de mes sacoches pensant ne jamais les sortir sur l’île).
Sur une route secondaire, qui fait le lien avec la route 35, un 4×4 gris aménagé en camping-car arrive à ma hauteur. Le conducteur, un barbu à la retraite, conduit avec le volant à droite, il a la vitre baissée, avec son plus beau sourire il me crie : « Café ?! Café ?! ». Moi : « …Okay !! »
Il se gare. Je me gare. Il fait le tour de son véhicule, ouvre les portes arrières de son véhicule, tire une large planche de bois, sort le pied pliable coincé dessous. Magique, on a une grande table sortie de nulle part ! Il y dépose tous les cartons qui composent sa cuisine et allume le camping gaz. Il est allemand, yeux bleus, barbe blanche bien taillée, à la retraite, tout heureux de me dire qu’il passe son temps à ne « rien faire », il s’est pris 6 mois pour parcourir l’Islande dans tous les sens. Il roule la nuit (lorsqu’il n’y a pas de trafic) et dort le jour. Il me tartine deux tranches de pain de mie avec du beurre et du miel puis y dessine un bonhomme souriant avec de la confiture de fraise. Troooop mignon ! Je déguste son grand café sucré bien chaud avec ses tartines, un régal !

On se dit plein de fois « au revoir » et on continue chacun notre aventure. Je croise un cycliste italien peu loquace qui me demande où est le prochain camping. La route est superbe, des lacs d’une couleur turquoise de part et d’autre de la ligne de crête, vu sur les montagnes au loin. Il y a peu de trafic, quasiment pas de vent, il ne fait pas froid. Le temps se couvre un peu. Je croise deux jeunes cyclistes allemands eux aussi peu loquaces en train de manger des biscuits. Ils me disent que la route après est horrible.

aurelia-brivet-160712-afangi-ld

Après près de 80 kilomètres je suis contente d’arriver dans une auberge touristique où je peux planter ma tente car, pour être honnête, je commençais à trouver le temps un peu long sur la fin. Il est 22h30, tout le groupe de touristes de l’auberge est déjà bien alcoolisé et squattent le « hot-spot » (jacuzzi) – je me contente donc de la douche chaude. Je « cuisine » les pâtes chinoises instantanées que m’avait adorablement données l’allemand atypique un peu plus tôt, puis je prends mon temps pour les manger sur les canapés de l’auberge avec un thé bien chaud.
Cette nuit j’ai une trentaine de magnifiques chevaux comme voisins et les montagnes en toile de fond…

 

Jeudi 14 juillet 2016, J72 – Perdre son téléphone sur la piste

Chauffée par le soleil derrière la vitre de la salle à manger de l’auberge, je déguste la vue, tout autant que mon petit déjeuner, et que la chaleur du soleil.

Je croise deux cyclistes polonais au moment où « j’attelle » Berthe. Ils sont exténués, tout ce qu’ils arrivent à me dire c’est « Le vent est en train de nous tuer. …Et c’est pire dans l’après-midi. » « – Ah je vais partir maintenant alors ! …À plus tard ! »

Effectivement aujourd’hui le vent ne rigolait pas. Et la piste devenait de plus en plus difficile à rouler. De plus en plus de cailloux, de plus en plus gros, terrain sablonneux par endroits… Heureusement il ne pleuvait pas et la température restait très correcte, voire même très bonne pour pédaler. Mais ce vent… On avait beau pester, râler, crier, supplier, invoquer… Rien à faire. Il balayait tout sur son passage, nous y compris.
La route était vraiment accidentée à certains endroits, on était bringuebalé dans tous les sens. Berthe grinçait de partout. Je l’ai mise à rude épreuve. Et déjà qu’il était difficile de garder le cap avec les deux mains cramponnées sur le guidon, je devais sans arrêt ajuster les vitesses en lâchant une main. Ça relevait d’un numéro de cirque (heureusement que j’en avais fait un an dans mes années lycéennes ;) ).
J’avoue que ça me rassurait de voir de temps en temps des véhicules qui faisaient la route, mais techniquement, ça donnait à l’exercice un niveau de difficulté bien supérieur : 1- il fallait se mettre sur le côté de la route en traversant des zones de cailloux, le bas côté était sablonneux et on s’y embourbait les roues, ou bien il était plein de cailloux et on s’y embourbait aussi les roues, donc il fallait réduire les vitesses par anticipation (donc encore une fois être déséquilibré par le lâché de main droite), 2- j’essayais de faire bonne figure devant les véhicules histoire de montrer que je « n’en chiais pas trop » (ce qui était complètement faux) et tentais d’enlever la morve qui s’était accumulée autour de mon nez, voire sur toute ma figure (je devais donc lâcher encore une fois ma main du guidon), 3- une fois le véhicule passé on se recevait allègrement toute la poussière orange ou noire dans la figure, ce qui nous obligeait à fermer les yeux et à arrêter de respirer quelques secondes… Pratique quand on doit être concentré sur les cailloux… Et je ne parle pas d’essayer de regarder le paysage de plus en plus lunaire qui défile lentement sous nos yeux.

Lorsque l’on se stoppait on ressemblait à des poissons privés d’eau. Prenant des grandes bouffées d’air irrégulières, n’ayant pas compris ce qui nous était arrivé les minutes précédentes. (C’est là que j’ai compris les cyclistes prostrés et asociables que j’avais rencontrés avant d’arriver sur cette piste 35.)

Manquant de me renverser à maintes reprises j’y suis quand même parvenue une fois ! Alors qu’un 4×4 arrivait à quelques dizaines de mètres en face de moi, je décide de me ranger sur le bas côté droit. Sauf que comme j’étais plutôt sur la gauche de la route je tente une « traversée » du bon côté. J’étais dans une légère descente et tourne un peu le guidon à droite. Ma roue arrière en profite pour partir en live dans le sable du bas côté gauche. ‘Patatras’ je me renverse en plein milieu de la route ! Comme je n’allais pas vite ça n’a fait aucun dégât. Je me remets en selle rapidement. Le gars de la jeep me demande si ça va avant de continuer sa route, et je lui réponds par l’affirmative.
Après 38 bornes interminables, secouée dans tous les sens, enfin un panneau m´indique le camping à 2 km, miracle !
Je me dis que je vais vérifier sur Google map pour être sûre. Sauf que…

« Mon Dieu, c’est pas vrai ? » Mon portable qui était accroché sur mon guidon n’y est plus. « Oh. Mon. Dieu. C’est pas possible ?!!!!! » Après l’ordinateur qui me lâche, plus de portable ?!? Dans ma tête je fais vite le calcul de toutes les données que je perds, personnelles et professionnelles, de tous les problèmes que ça va engendrer. Non, je NE PEUX PAS le perdre. Je NE PEUX PAS ne pas le retrouver.
J’abandonne Berthe avec les sacoches sur le bas côté de la route (j’en ai trop marre de rouler à contre vent sur ce chemin pourri) et commence un footing express. On aurait pu se demander si je n’avais pas pris de la potion magique car complètement affolée, je courrais vite et avec le vent dans le dos, n’en parlons pas, je n’avais plus qu’à lever les pieds et j’avançais toute seule.

Sauf que… Sauf que… Pas de portable en vue. Je me souvenais des passages où j’avais failli tomber, du passage où j’étais tombée, mais rien. Et comme je fus secouée à chaque instant, il pouvait être n’importe où. Enfin… S’il existait encore… Vu la taille des Jeep, des énormes 4×4, sans parler des bus qui empruntaient ce chemin à une vitesse plus ou moins importante, mon portable avait de fortes chances de s’être fait écrabouiller allègrement plusieurs fois… Ou alors peut-être récupéré par le cycliste que j’avais croisé…? Comment faire pour le retrouver…

Un couple de cyclistes remontaient la piste, je leur explique mon problème de téléphone perdu. Ils concluent que si jamais ils le voient sur la route, il le donne à un véhicule qui l’amènera au camping. Avant de partir, la nana me demande mon prénom et me conseille de ne pas aller trop loin sans eau, sans rien car je suis déjà loin de mon vélo (qu’ils avaient vu au croisement quelques kilomètres avant).
Peu de temps après je décide de faire demi tour. Effectivement s’ils sillonnent la piste ça ne sert à rien que je continue. Je croise deux autres cyclistes (un père et son fils) avec des vélos de montagne impressionnants, des pneus qui doivent faire presque 10 centimètres de large… Le père prend mon problème très à cœur et je note mon nom sur son téléphone, j’étais prête à lui écrire mon numéro de téléphone… quand j’ai réalisé ma connerie. Bref.

Bizarrement j’étais devenue confiante et reprenais tranquillement la route en direction de Berthe bravant le vent. Quelques minutes plus tard une voiture s’arrête à ma hauteur. Une sympathique dame finit de baisser sa vitre et me demande en anglais -« Êtes-vous Orei..la…? » -« Oui c’est moi…? » (Oui, c’est moi la seule conne qui marche sur une piste hostile de 200km les mains dans les poches.) -« J’ai quelque chose pour vous » me dit-elle avec un grand sourire. Et là, croyez-le ou non, elle me tend mon téléphone par la fenêtre ! Non !!!!! Pas une seule petite éraflure. Incroyable !!! Il fonctionnait comme si rien ne s’était passé :D

Si heureuse, si contente, si soulagée, je les remercie mille et une fois. Ça les a fait rire. Comme une chance n’arrive jamais seule, un mini bus s’était agglutiné derrière la voiture et ils ont pu me ramener en stop jusqu’à mon vélo. [Ah ils sont sympas les gens quand même !]

Tout le monde attachait les ficelles de sa tente avec des gros cailloux pour être sûr de ne pas la retrouver quelques dizaines de mètres plus loin les quatre fers en l’air. Même au camping le vent était violent, et ça n’a pas cessé de toute la soirée ni de la nuit.
Heureusement sur le site du camping il y avait une source d’eau chaude à 80-100 degrés. L’eau était acheminée via un tuyau costaud dans un bassin naturel aménagé, où un autre tuyau noir amenait l’eau froide d’une autre source. Le bassin était le mélange de ces deux sources et avait donc une température variable selon le débit d’eau de chaque source et selon le vent. Mais on était bien ! J’ai discuté avec un français qui débarquait de Montpellier avec son père et qui avait déjà le genou en vrac après deux jours de vélo.

aurelia-brivet-160712-hveravellir-ld

Petit spectacle de nuages roses depuis mon ‘centre d’observation’ en toile avant de m’endormir…

 

Vendredi 15 juillet 2016, J73 – 4000 km : fin de vie du pneu arrière

Contrairement à ce que tout le monde disait, il ne pleut pas ce matin, il n’y a presque plus de vent ; et de plus, c’est la chaleur du soleil qui me fait sortir de ma tente ! Je ne sais pas pourquoi mais je suis motivée et je sens qu’il faut que je parte sur le champ ! Je taxe une petite tasse de café au français rencontré la vieille (qui hésitait à prendre la route ou à prendre un bus à cause de son genou), il me dit qu’il va venter et pleuvoir cette fin d’après-midi [toutes ces prévisions sont en fait données par le site de prévisions météo islandais qui doit être de loin le site le plus consulté en Islande, bien qu’ils n’arrivent jamais à bien savoir ce que va faire le ciel – même quelques heures avant -]. Je me lance sur la piste, mon portable bien coincé au fond de mes sacs ;)
Ciel couvert mais toujours pas de vent, incroyable, parfait pour rouler. La route n’est pas meilleure qu’hier et je suis de nouveau secouée dans tous les sens. Aujourd’hui j’ai prévu à nouveau une petite étape de 40 km donc, avec un peu de patience, ça devrait le faire ! Je m’arrête discuter avec une famille franco-suisse qui m´a prise en photo dans une montée. Ils sont super admiratifs de mon parcours et je deviens rapidement la « super-héroïne » d’une de leur fille -alors que je n’en mène pas large aujourd’hui-. Je parle à d’autres cyclistes sur la route mais essaie de ne pas trop traîner car quelques gouttes d’eau pointent leur nez dans ma direction.
Pfffiou !
[« C’était quoi ce bruit ?]
Je m’arrête de suite. Il n’y a personne sur la piste, tout est complètement désert, c’est un bruit que je n’avais jamais entendu auparavant et qui venait de mon vélo…
Pneu avant : ok. 
Pneu arrière : … Oups. 
Et c’est plus grave que ce que je pensais : des fils marrons sortent carrément du pneu et je peux quasiment voir à travers, je n’avais jamais vu ça auparavant ! La chambre à air n’en parlons pas, elle a un énorme trou – que j’estime irréparable également. À cet instant, je vais devoir apprendre à changer un pneu de vélo en direct, sur une piste accidentée, perdue entre deux glaciers au milieu de l’Islande. C’est parti !
aurelia-brivet-160715-kerlingarfjoll-ld

Changement de pneu et de chambre à air sur une piste déserte entre deux glaciers islandais

Je mets, tant bien que mal (quand j’enfile le pneu d’un côté, c’est l’autre côté du pneu qui se retire de la gente – et vis versa) le nouveau pneu que j’avais emporté dans mes sacoches. Il est plus lisse que le Michelin que j’avais avant. Je glisse à l’intérieur une chambre à air que j’avais réparée sur les Îles Féroé.
Je mets mon vieux pneu en vrac sur mes sacoches arrières… C’est reparti – avec un pneu tout neuf et un pneu usagé sur les sacoches arrières – !!!
Même pas 10 mètres plus loin une de mes sacoches arrière se fait la malle – à cause du frottement du pneu mort sur l’accroche de la sacoche je suppose – je n’ai toujours pas compris en fait comment elle avait pu se décrocher. Je retourne chercher la sacoche. Je la raccroche. C’est reparti – avec un pneu tout neuf et un pneu usagé sur les sacoches avant – !!
150 mètres plus loin… Je roule de nouveau sur la gente arrière. Cette fois ce n’est pas le pneu mais juste la chambre à air. Je réalise que je ne sais définitivement pas coller une rustine correctement. Je mets ma dernière nouvelle chambre à air achetée en Norvège, qui est un peu plus petite que la précédente… C’est reparti – avec un pneu tout neuf, une chambre à air toute neuve et un pneu usagé sur les sacoches avant – !
500 mètres plus loin, en bas de la descente, le vieux pneu que j’avais mis en vrac sur mes sacoches avant s’est pris dans la roue avant, a fait un demi tour autour de la roue et est allé s’encastrer joyeusement entre le pneu et le garde-boue ; ce qui m’a fait piler (heureusement que j’étais déjà quasiment en bas de la pente sinon je serais passée par dessus le vélo – non sans grâce et habileté je pense -). Dans son aventureuse tentative circassienne amatrice, en plus de me faire stopper net, le pneu folichon est allé casser l’attache de ma sacoche gauche avant.
Bon…
Je trouve au fond d’une sacoche un tendeur qui me sers à maintenir le tas informe qui se compose de sacoches et d’un pneu usagé sur le porte-bagage arrière… C’est reparti – avec un pneu tout neuf, une chambre à air toute neuve, un pneu usagé et une sacoche avant sur les sacoches arrières -.
La dernière épreuve consiste à passer une côte hyper pentue faite -entre autre- de cailloux et de sable difficilement franchissable en étant complètement déséquilibrée à l’avant et avec un sur-poids à l’arrière sachant que c’est un nouveau pneu et une nouvelle chambre à air que je n’ai jamais testés auparavant.
Point hyper positif : je suis à 2 kilomètres du camping, oui !!!
J’ai cru que je n’allais jamais y arriver ; mais : on finit toujours pas y arriver quand on le veut ;)
Ma soirée fut plus calme : j’ai papoté avec Claire, une des réceptionnistes du complexe touristique qui avait mon âge et qui commençait son premier jour de job d’été ici aujourd’hui. J’ai pris mon petit déjeuner que je n’avais toujours pas pris. Puis je me suis fait offrir à dîner par un cycliste américain qui était tout content de cuisiner ses légumes lyophilisés avec des pâtes et des sardines. Il est avocat, photographe semi-professionnel (son appareil photo avec l’objectif devait peser bien 5 kilos, à côté le mien était un échantillon !), c’était la 15 ème fois qu’il venait pédaler en Islande, il avait un vrai vélo qui tenait bien la route (avec des pneus énormes) et il collectionnait les pierres. Il a admiré Berthe pendant un moment avant de me dire qu’elle avait plus sa place dans un musée que sur les pistes des glaciers islandais…

Samedi 16 juillet 2016, J74 – Détour sur Mars

Comme les déconvenues n’aiment pas la solitude, mon matelas m’a également fait passer une nuit originale à « contre temps » dirons-nous. Si je ne voulais pas que le froid et l’humidité du sol entre en contact avec mon corps il fallait que, toutes les 30 minutes, je m’écarte de mon matelas afin de le regonfler. Chose qui reste acceptable les deux, trois premières fois, mais qui finit par être, comme chacun peut l’imaginer, juste… insupportable (le mot est faible).
Je m’engage sur le sentier du petit trek touristique [et c´est là que surviennent le « pourquoi » je suis là – ou le « pourquoi » je me suis pétée le cul (excusez la vulgarité mais c’est au sens propre et figuré) à faire cette fameuse route F35, ou le « pourquoi » j’ai bousillé une partie de mon matériel]. Alors que les montagnes vers lesquelles je me dirige discutent avec les nuages au dessus de leurs têtes, moi je suis également en grande conversation avec les miens : sachant que je n’ai plus rien pour réparer mon vélo, faut-il tenter le diable et m’abîmer tout autant que Berthe sur les cinquante kilomètres de piste accidentée qu’il me reste à faire – tout en croisant les doigts pour que je n’aie aucun souci ?
Les fumeroles et la forte odeur d’œuf pourri me sortent de mes pensées. En à peine une heure de temps j’ai bel et bien traverser tout un tas de nuages ; et même bien plus que ça : mesdames et messieurs je viens d’atterrir sur Mars !
 aurelia-brivet-160716-kerlingarfjoll-ld
Le lieu est complètement incroyable, je n’avais rien vu de tel auparavant : des couleurs venues d’ailleurs où se côtoient du turquoise et du vert, sur un fond orangé, des flaques d’eau tellement chaudes qu’elles bouent en dégageant de la vapeur d’eau extrêmement chaude, et ça ne dérange pas les montagnes un peu plus loin d’être encore coiffées de neige.

Je déambule dans le site pendant un bon moment. Je n’ai plus la notion du temps. Chaque endroit, chaque sol, chaque flaque d’eau, chaque rocher, chaque brin de végétation est revisité. Tout m’émerveille. Je crois que je n’avais pas appuyé autant sur le déclencheur depuis les temples d’Angkor (c’est dire).

Je me fais gentiment redescendre au camping via la piste de jeep par une famille islandaise venue visiter une petite partie de son pays pour le week-end. A l’heure du dîner, je me mets à discuter avec quatre Versaillais qui se sont, par hasard, installés à la même table que moi (les tables de l’auberge sont de 8 places). En leur expliquant mon aventure récente, qui semble les intéresser (ou les apitoyer je ne sais pas), ils me proposent fort aimablement leur place restante dans leur voiture car ils vont justement à Reykjavik demain. Hé, hé ! Reste juste à trouver comment Berthe va être acheminée. On se donne rendez-vous le lendemain matin au petit-déjeuner pour trouver la solution ou abandonner l’idée (car il y a toujours la solution du bus : ou comment jeter ses économies par les fenêtres).

Au début de la nuit (même s’il n’y en a pas ici), je m’engage sur un tout petit sentier longeant la rivière qui traverse le camping. La terre de lave noire sur laquelle je marche forme des collines ou des petites falaises proches dont le haut s’évapore dans les bras d’une brume intense. Seul un camaïeu de vert végétal sombre vient « égayer » ces paysages de contes de fées (ou plutôt : de contes de sorcières). C’est extrêmement paisible, à part le frottement de mon k-way on ne peut entendre que le bruit de l’écoulement d’eau. D’ailleurs, si je m’arrête, que je ne respire plus et que je tends l’oreille… la rivière fait des sons tellement particuliers que j’ai l’impression qu’elle me parle. Je comprends alors pourquoi les islandais ont pu inventer d’innombrables légendes et croient aux créatures de la nature !

Une tâche bleu flachy et une tâche orange flashy au détour d’un méandre me tirent de ma rêverie. Ça y est, je suis arrivée ! Alors qu’un petit groupe joyeux de Russes en sort, je me glisse dans l’eau chaude après avoir quitté mes vêtements dans le froid et la brume. Avant de partir, les Russes me prennent en photo en me chantant la marseillaise droit comme des « i » !
De l’eau chaude sort d’un gros tuyau rouillé au milieu d’un bassin sommairement aménagé. J’y barbote un bon moment, complètement seule, à mon plus grand bonheur. Cette ambiance complètement surréaliste dans le lit d’une rivière me fait penser à une sorte de mauvaise blague que j’avais laissé de faux animistes africains me faire dans le centre-ouest africain il y a un an pile poil… Cette pensée me faire beaucoup rire après coup.
Bon, il serait tant d’aller jouer à gonfler mon matelas pour les heures à venir…

Dimanche 17 juillet 2016, J75 – Berthe dans le bus pour Reykjavik

En attendant mes quatre potentiels sauveurs dans la salle de restaurant de l’auberge, je m’installe à une table à côté d’un type de mon âge que j’avais entendu parler français la veille. (Je ne sais pas pourquoi mais j’avais envie de lui parler parce que j’avais l’impression qu’il allait pouvoir m’aider). Christophe, originaire du sud de la France, vient rendre visite à un ami à lui qui habite à Reykjavik, avec qui il est venu se balader pour le week-end. Son rêve professionnel est de monter un club de théâtre afin d’aider notamment les personnes qui ont peu de confiance en elles ou les personnes porteuses de handicap.

Les versaillais m’interrompent en pleine discussion pour me demander si j’ai bien dormi. Je leur réponds avec un grand sourire que si leur proposition de la veille tient toujours, je suis de la partie pour le tour en voiture, puisque Chris redescend justement en bus aujourd’hui pour Reykjavik et peut se charger de ma bicyclette !
Lorsque mes chauffeurs, ravis par cette bonne nouvelle matinale, prennent congés pour aller prendre leur petit déjeuner, Christophe me glisse : « Hé bien ! Ils t’ont adoptée ! ».

Une heure plus tard je me retrouve à bord de leur super 4×4 de location qui va super vite, quelle classe ! C’est très drôle cette sensation de se glisser dans la peau d’une parfaite touriste. On fait des pauses photos, on s’exclame de la beauté des paysages et on fait des rapides stops dans les zones à touristes (et oui, quand on est touriste, on est pressé !). Les paysages sont différents, les montagnes plus colorées, les plaines plus cultivées… mais ce qui choque, ce sont les touristes qui se déversent par centaines des cars et des voitures avec leur perche à selfie… Je ne sais pas si je ne préférais pas ma campagne ou mes zones désertiques où j’avançais à 2 km/h…

aurelia-brivet-160717-faille-ld

Escale rapide dans la faille médio-atlantique

Mes hôtes me déposent scrupuleusement devant la station de bus où je dois réceptionner Berthe quelques heures plus tard. Je les remercie encore une fois infiniment, pour le trajet en leur très agréable compagnie et pour le repas de midi qu’ils m’ont fort attentionneusement offert (je dois vraiment faire pitié parfois ;) ).Comme je squatte un moment le snack de la station de bus je finis par discuter avec un cycliste, allemand, qui rédige un super site concernant les voyages à vélo.

Je remercie Christophe pour son aide précieuse quant à l’acheminement parfait de Berthe jusqu’à la capitale. Avant de prendre la route en direction du camping j’accoste spontanément un type de mon âge, que j’avais entendu parler français et qui squattait aussi le snack, pour savoir si par hasard il allait aussi au camping.
Deux heures plus tard, comme le snack nous a mis dehors et que nous étions encore en grande conversation, on a décidé d’aller planter notre tente dans « son » camping (gratuit) : le joli petit parc en face de la station de bus ;) Merci F-R !

 

Lundi 18 juillet 2016, J76 – Dîner de saumon fraiS sauvage

 

aurelia-brivet-160718-reykjavik-ld

Balade ensoleillée de Reykjavik avec François-Régis

 

Ce soir, non seulement je ne fais pas de camping sauvage car je suis généreusement hébergée chez l’amie des musiciens rencontrée à Vopnafjördur, mais en plus elle a contacté pour moi, une amie à elle qui possède un ordinateur avec Photoshop. Et non seulement je vais pouvoir utiliser l’ordinateur de son amie avec Photoshop, mais en plus son amie en question nous invite à dîner chez elle du saumon frais sauvage que sa fille a pêché la veille. Et non seulement je vais me faire un délicieux « gueuleton » local cuisiné par une excellente cuisinière locale dans une magnifique maison en plein cœur de la capitale islandaise, mais en plus je vais pouvoir parler français à un navigateur lyonnais qui se trouve être son compagnon…

Sublime !

 

MarDI 19 JUILLET 2016, J77 – Trucs de locaux and co

aurelia-brivet-160719-reykjavik

9 h : boulot !

 

17 h : mon hôte rentre de son travail et s’improvise très bon guide touristique, elle m’emmène découvrir tout Reykjavik en voiture

18 h : cocktails dignes de ce nom dans le bar près du port où travaille une de ses nièces

20 h : je suis les instructions de la « chef » qui mijote une excellente viande en sauce qui ira parfaitement avec la bouteille de Bordeaux que j’ai dégoté dans un magasin de sirupeux ; moi qui ne cuisine jamais je fus moi-même surprise par mes talents de cuisinère

22 h : excellent concert de Jazz live au « Kex hostel » (guesthouse que je recommande pour les backpackers) non loin du centre de Reykjavik

 

MercreDI 20 JUILLET 2016, J78 – vacances !

Cher lecteur, ce blog continuera ses aventures dans trois semaines !

En attendant porte-toi bien ! Bel été !

Bonheur, amour, harmonie et équilibre :)

aurelia-brivet-160720-reykjavik

Soleil plongeant dans la mer à Reykjavik

 

_

Jeudi 21 juillet 2016

aurelia-brivet-160721-reykjavik-ld

Pendant ce temps à Reykjavik (Harpa)…

_

Vendredi 22 juillet 2016

aurelia-brivet-160722-reykjavik2-ld

Pendant ce temps dans les rues de Reykjavik…

_

Samedi 23 juillet 2016

aurelia-brivet-160723-arnarstapi-ld

Pendant ce temps à Arnarstapi…

_

Dimanche 24 juillet 2016

aurelia-brivet-160724-rif-ld

Pendant ce temps à Rif…

_

Lundi 25 juillet 2016

aurelia-brivet-160725-dalabyggo-ld

Pendant ce temps à Dalabyggo…

_

MarDI 26 JUILLET 2016

Pendant ce temps à l'extrémité Ouest de l'Europe...

Pendant ce temps à l’extrémité Ouest de l’Europe…

_

Mercredi 27 JUILLET 2016

Pendant ce temps à Pingeyri...

Pendant ce temps à Pingeyri…

_

Jeudi 28 JUILLET 2016

Pendant ce temps à Isafjardarbear...

Pendant ce temps à Isafjardarbear…

_

Vendredi 29 JUILLET 2016

Pendant ce temps à Kaldrananeshreppur...

Pendant ce temps à Kaldrananeshreppur…

_

Samedi 30 JUILLET 2016

Pendant ce temps à Kaldrananeshreppur...

Pendant ce temps à Kaldrananeshreppur…

_

 Dimanche 31 JUILLET 2016

aurelia-brivet-160731-iledegrimsey-ld

Pendant ce temps sur l’île de Grimsey…

_

 LUNDI 01 AOUT 2016

aurelia-brivet-160801-hvitserkur-ld

Pendant ce temps à Hvitserkur…

_

 mARDI 02 AOÛT 2016

aurelia-brivet-160802-sigulfjordur-ld

Pendant ce temps à Sigulfjordur…

_

 Mercredi 03 AOÛT 2016

aurelia-brivet-160803-myvatn-ld

Pendant ce temps au lac Myvatn…

_

 Jeudi 04 AOÛT 2016

aurelia-brivet-160804-hverir-ld

Pendant ce temps à Hverir…

_

 Vendredi 05 AOÛT 2016

aurelia-brivet-160805-husavic-ld

Pendant ce temps à Husavic…

_

 Samedi 06 AOÛT 2016

aurelia-brivet-160806-hofn-ld

Pendant ce temps à Höfn…

_

 DIMANCHE 07 AOÛT 2016

aurelia-brivet-160807-jokulsarlon-ld

Pendant ce temps à Jokulsarlon…

_

Lundi 08 AOÛT 2016

aurelia-brivet-160808-landmanalaugar-ld

Pendant ce temps à Landmanalaugar…

_

Mardi 09 AOÛT 2016

aurelia-brivet-160809-reykjavik-ld

Pendant ce temps à Reykjavik…

 

 

Jeudi 11 août 2016, J79 – Reprise !

Comme les précisons météorologiques de la semaine à venir sont plutôt désastreuses (en même temps il a fait anormalement beau ces deux dernières semaines donc c’est « normal »), je décide de prendre la route et de faire des grosses étapes tant que le temps sera encore acceptable.
J’ai dormi confortablement chez la fille du photographe, me suis nourrie de produits espagnols la veille – offerts par deux filles Russes rencontrées dans la guesthouse -, acheté des sur-chaussures de vélo et des gants chauds, huilé la chaîne de Berthe, largué mon ordinateur et mon appareil photo qui ont définitivement décédé… Bref « I’m a new woman » comme dirait l’autre !

92 km pour ma reprise… Dur dur ! Comme ces trois dernières semaine, j’ai été logée, nourrie et conduite en voiture comme une princesse, je n’ai pas fait de sport tout en me prenant chaque jour une multitude de paysages ensoleillés, incroyables et magnifiques dans les yeux… Moi aussi j’ai besoin d’être re-huilée ! D’autant que pour ma reprise à vélo, je me rapproche des sensations que j’avais en arrivant sur l’île (heureusement, en moins pire) : il fait entre 10 et 15 degrés, il pleuviotte, il y a peu de vent et je sais que je vais dormir dans un camping le soir. Autrement dire : « piece of cake » ! Ça n’empêche que je me rends compte que j’ai perdu ma condition physique que j’avais acquise jour après jour sur mes 4000 bornes.

aurelia-brivet-160812-tholakshofn-ld

Entre Reykjavik et Tholákshöfn

Mal aux fesses, mal à l’omoplate gauche et le vent dans la figure me donne aussi des petits maux de tête… Je passe donc une partie de ma soirée dans un « hot tube » à 40 degrés pour faire passer tout ça !

Au camping de Tholákshöfn je parle avec une mère célibataire allemande travaillant en Norvège autour d’une bouteille vin rouge qu’elle « n’allait pas boire toute seule ».

 

Vendredi 12 août 2016, J80 – Gris, sans pluie ni vent

Je croyais avoir réparé mon matelas… Mais en fait non. Puisque j’ai la flemme de le regonfler, je décide plutôt de plier ma tente et de partir sans bruit (aucun des quelques autres campeurs n’est encore debout).

Je profite d’arriver dans une ville à trente kilomètres pour faire la « tournée des petits déjeuners ». C’est un concept unique que j’ai inventé et qui ne peut se faire qu’en Islande dans les villes de plus de quelques centaines d’habitants. Attention il m’a fallu quelques recherches et expériences avant d’arriver à cela ;) La première structure où je commence c’est « Hùsasmidjan » : un magasin de bricolage où il y a toujours du café à volonté, des délicieux gâteaux roulés à la cannelle et des sortes de grosses bugnes en libre service (les gâteaux c’est parfois que si l’on arrive à l’heure d’ouverture car les vendeurs se servent bien. Par ailleurs je vous déconseille les bugnes qui laissent à désirer – surtout quand on vient de la région Rhône-Alpes ;) -), je continue au supermarché « Kronan », où ils mettent à disposition des fruits gratuits pour les enfants (sûrement pour les inciter à manger des fruits au lieu de sucreries qui les font grossir), – ça tombe bien, je suis un enfant moi aussi ;) – et ce matin il y avait même des bananes en plus des pommes, des abricots et des pêches habituelles ! Puis je termine à la bibliothèque municipale : un établissement relativement très grand pour la taille de la ville, très très bien tenu avec café gratuit à volonté, toilettes, wifi et même une petite exposition locale. Que demander de mieux !

Je quitte difficilement la ville après ce bon ressourcement alimentaire et littéraire.

Après mes 80 km de la journée (pas très excitants : ciel gris mais quasiment pas de pluie ni vent et température ok) ; je me plante au camping de Hvolsvöllur et discute avec ma voisine de tente : une cycliste polonaise qui est arrivée il y a deux jours en Islande par avion. Traductrice du danois au polonais de métier, elle avait déjà plein de choses à raconter sur ses premières impressions ici, sa spontanéité et son dynamisme me faisait rire. Puis elle m’a donné sa tablette de chocolat au lait islandais qu’elle venait d’acheter mais qu’elle trouvait trop sucrée (je ne lui avais même pas dit que j’adorais le chocolat) ;)

 

Samedi 13 août 2016, J81 – Record de vitesse 78,91 km/h avant une côte à 12 %

Après 40 km bien passés sur la route numéro 1 (goudron très bon, plat, pas de vent, quasiment pas de pluie, du trafic), je me pose sur une table de pique-nique devant la vue du volcan Eyjafjallajökull (le fameux) pour prendre mon petit déjeuner. Le vent se lève : je l’ai dans mon dos pour repartir, génial !

Je trouve ma collègue polonaise sur le bas côté de la route 10 bornes plus loin, je l’aide à changer la chambre à air de sa roue arrière. Je suis contente de voir que ça n’arrive pas qu’à moi et qu’elle est encore moins expérimentée que moi (elle a regardé comment faire sur ‘YouTube’ mais ne l’a jamais fait en réalité). Pas d’importance car c’est quelqu’un qui a de la chance : elle s’est mise pile dans une merde de mouton pour faire son bazar, heureusement elle avait pensé à mettre des gants de ménage jaune fluo pour ne pas se mettre de cambouis sur les mains. Ils étaient assortis aux nombreuses petites chenilles qui en profitaient pour grimper partout dans ses sacoches ouvertes. Chose qui l’affolait plus que quand elle a réussi à croiser sa chaîne en remettant sa roue, ou perdu un des ressorts de sa tige de moyeux que l’on a cherché dans les graviers pendant 10 minutes, ou quand elle s’est rendu compte, après quelques coups de pédales, qu’elle avait oublié de remettre son frein.
On se dit ‘à plus tard au camping de Vik’ car elle souhaite prendre son temps sur la route pour voir les chutes d’eau et autres curiosités locales touristiques que moi j’ai déjà eu l’occasion de voir la semaine précédente.

Quand je décide d’aller voir un ‘point d’intérêt’ que je n’avais pas fait il se met à faire beau. Parfait. Après cette pause splendide d’un point de vu imprenable de bord de mer ensoleillé je reprends la route. Je fais à peine 5 bornes avec le vent de face pour rejoindre la route principale et suis VRAIMENT heureuse de ne pas aller dans cette direction car c’est VRAIMENT infernal (c’est à dire que je divise largement ma moyenne par deux : environ 10 km/h au lieu de quasiment 25).

aurelia-brivet-160813-vik-ld

Dans les alentours de Vik

C’est à 10 bornes de Vik, dans une descente à 12 %, avec le vent dans le dos que je bats mon record de vitesse encore jamais réalisé : 78,91 km/h. Bon, quand c’est à mon tour de grimper à 12 % je fais moins la maligne. Puis après la nouvelle descente à l’arrivée de Vik, je me fais flasher car je suis au delà des 50 km/h réglementaires. Trop classe ! ;)

En début de soirée, alors qu’il fait froid et venteux dehors, je me fais une petite place dans la salle commune du camping. Salle entièrement vitrée avec une lourde porte qui claque et ridiculement petite par rapport à la surabondance de campeurs. Je parle avec une jeune chinoise vivant à Montréal qui n’avait encore jamais allumé de réchaud de sa vie. Du coup elle a regardé en direct une vidéo sur ‘YouTube’ pour savoir comment faire. Si elle avait eu une imprimante 3D dans son sac, elle aurait sûrement téléchargé dans la foulée le maillage des plans 3D pour imprimer un briquet, mais elle en a finalement demandé à nos voisins italiens.
Après qu’on ait ingurgité nos ‘popotes’ tout en se racontant nos vies, elle finit par me dire avec une grande excitation « Quand je serai grande je veux être comme toi ! », puis elle s’en est allée la tête pleine de rêves.
Deux françaises sportives à la retraite ont pris sa place. L’une d’entre elle (Marie-Pierre) me raconte notamment son voyage à vélo en Égypte il y a 20 ans, incroyable. La deuxième, Brigitte, également ex-monitrice de ski, a aussi travaillé dans une boutique de location de vélo, du coup elle regarde Berthe et lui remets sa selle droite tout en me donnant quelques conseils de réparation et de rétroviseurs. Elle me propose par la même occasion une invitation chez elle à Annecy (fort utile pour le festival d’animation à l’occasion) ! Hi Hi !

 

Dimanche 14 août 2016, J82 – Vélo stop

Ca y est, les prévisions météo se sont avérées justes !
C’est dimanche. Le ciel est blanc. Il pleut.
Comme c’est dimanche il va y avoir plein de trafic sur la route.
Comme il pleut, je serai trempée jusqu’aux os en à peine deux kilomètres.
Comme il pleut je ne vais rien voir de beau sur la route.
Et comme il pleut je vais devoir mettre la Dynamo… Et ça, avec le trafic, le chargement, le vent de face et la pluie… J’ai réfléchi longtemps mais… Ça ne me dit rien. Du. Tout. :)
En sortant des toilettes du camping, je lorgne un camping-car avec un porte vélo vide à l’arrière. Intéressant… En m’approchant je découvre que le couple en train de vider les eaux de leur véhicule sont français. J’ai de la chance : ils vont aussi vers l’est ! [C’est doublement Par-fait !]
Pour mon baptême de camping car, je ne m’ennuie pas : Maxence, leur grand fils de 4 ans et demi, me fait la conversation sans s’arrêter – enfin sauf quand il s’amuse à lancer son dinosaure en plastique à son petit frère Alexandre de 2 ans installé dans son siège bébé de l’autre côté de la table.
Je passe toute la journée avec eux en retournant sur des sites touristiques que j’avais déjà vu, il y a à peine deux semaines, sous le soleil.
Ça a son charme aussi sous les nuages… Mais il y a quand même moins de quoi s’extasier que quand on s’y balade par beau temps ;)

aurelia-brivet-160814-jokularson-ld

Dans les environs de Jökulsárlón

Ils me déposent gentiment au camping de Höfn et je les remercie 1000 fois -Si heureuse de ne pas avoir rouler aujourd’hui et d’avoir fait un bon de 300 km !-
Finalement, après des histoires de gourde oubliée dans le frigo, de bières qui ne se commercialisent que dans les magasins appropriés fermés à l’heure actuelle, de pubs introuvables… On se retrouve tous autour d’une grande bière pression ambrée dans un bar sympa que j’avais repéré lors de ma première venue !

Lundi 15 août 2016, J83 – Rien à faire sous le déluge

aurelia-brivet-160815-screenshot-ld

Météo au jour

 

Vers 7h30, je me déballe de mon sac de couchage, de mon sac à viande, de ma papillote, de mon pull-over et de ma veste de pluie dans lesquels je m’étais enrubannée (vu que mon matelas se dégonfle encore) pour entrouvrir ma tente : la vue n’est pas DU TOUT réjouissante. C’est encore pire qu’hier.
Comme je n’ai toujours pas enlevé mon point d’honneur à ne pas rouler sous la pluie, mes chers sauveurs viennent me chercher et je rembarque à bord de « mon » bus-magique, contente de retrouver ma nouvelle famille adoptive autant que de quitter ce camping bondé et gorgé d’eau du sol au ciel, où il n’y avait que deux douches payantes et une toute petite pièce commune chauffée pour l’ensemble sur-conséquent de campeurs…

-« Maman y’a une cascade trop belle là ! »

-« Ca’ca-d ! »

-« Maxence regarde à gauche il y a une immense cascade ! »

Ce sont les seules choses que l’on a pu apercevoir sous les trombes d’eau et entre le brouillard.
Mickaël, Amandine, Maxence et Alexandre me déposent au camping de Breiðdalsvík (soit : un terrain gorgé d’eau avec deux toilettes chauffées).
Je ne peux même pas voir les montagnes qui se dressent de part et d’autre de la ville tellement il y a de nuages et qu’il pleut « comme vache qui pisse ».
Une fois n’est pas coutume, mais j’avoue qu’avec ce temps là, il n’y a RIEN à faire (même la piscine est en extérieur), je vais donc manger une soupe au café-supermarché-info touristiques-musée de la ville. Et j’y squatte jusqu’à la fermeture.

J’écris ces lignes assise sur la cuvette des toilettes du camping (seul endroit où je peux me réfugier) avec la voix de Caro Emerald dans les oreilles « …Why am I sitting in the middle of nowhere, standing here with nothing to do… ». Ça résume très bien mon sentiment actuel !

Lieu improbable qui permet néanmoins des discussions avec les autres français du camping.

 

Mardi 16 août 2016, J84 – Stöðvarfjörður, ville d’artistes

Je me réveille dans les toilettes, où j’avais élu domicile pour la nuit. (La plupart des autres campeurs ont pu dormir dans leur voiture.)
De façon incroyable il fait presque beau : les gros nuages sont partis laissant place à la vue des montagnes environnantes. Je fais un petit tour de la ville puis prends la route avec deux cyclistes espagnols qui passaient par là au même moment.
20 km plus loin on s’arrête à Stöðvarfjörður.
De nombreux habitants ont mis des touches artistiques dans leur jardin (cailloux peints, guirlandes de lumignons…), quand ce n’est pas carrément des œuvres d’art ou des « camions-exposition » par lequel on accède avec un grand escabeau ! Mais il y a surtout une grande usine réaménagée en résidence d’artistes avec une salle de concert super cosy. Je rencontre Rose-Marie, une des artistes en résidence, elle est américaine, fascinée par les cailloux, elle a construit son projet artistique en se basant sur les centaines de cailloux qu’elle a ramassés depuis son enfance : elle fait des empruntes aux couleurs et aux formes des cailloux en utilisant les cartons usagés de brique de lait. On passe un bon moment à discuter de tout et de rien, elle me fait visiter le reste de la résidence : il y a une artiste-textile qui fait des habits et un artiste-métallurgiste qui fait d’autres œuvres-d’art improbables. Leur salon-cuisine sous les toits est juste magnifique, on y resterait pour l’éternité !

aurelia-brivet-160816-rosemarie-ld

Rose-Marie devant sa collection de cailloux dans la résidence artistique de Stöðvarfjörður

 

Pour changer des haricots noirs, rouges ou blancs en boîte (car à part la couleur, la différence entre les trois n’est pas vraiment notable), je m’achète des biscottes et une sauce de concentré de sauce tomate épicée (préparation pour faire du curry à l’indienne normalement), que j’embarque pour manger au sommet d’une petite cascade. Rose-Marie m’avait indiqué un sentier d’où on avait une belle vue sur les fjords.
Résultat : la vue est sympa mais c’est un peu venteux, la sauce n’est vraiment pas bonne, du coup je compense en mangeant plein de « blueberries » que je ramasse sur mon chemin tout en me disant que je vais continuer ma route jusqu’au prochain bled : Fáskrúðsfjörður, un ancien port de pêche français.

Les nuages s’entremêlent de l’autre côté du fjord en formant un magnifique spectacle qui me divertit sur mes 30 km de route le long de la mer. Je refais un petit pic à 70 km/h aujourd’hui :)

Avec une autre campeuse française, Elsa, et deux italiens qui viennent d’acheter une canne à pêche, nous allons tenter d’attraper quelques poissons dans la mer, dans l’idée de les cuisiner pour ce soir.
Résultat : on mangera une sauce de concentré de sauce tomate épicée pas bonne et des pâtes sur les tables de pique-nique du camping.
On ajoute une 2ème table de pique-nique à la première pour la grande tablée que nous sommes ce soir. Les discussions vont bon train : une américaine, une chilienne, quarte italiens et quatre français, s’il n’avait pas fait si froid j’aurais pu discuter toute la nuit, mais j’avais hâte d’empapilloner mes pieds gelés dans ma couverture de survie !
Le noir nocturne me surprend : il ne fait plus jour toute la nuit, zut alors. Moi qui avait renvoyé ma frontale à mes parents pour m’alléger.

 

Mercredi 17 août 2016, J85 – Une journée au bar français

Il pleut des cordes.

On traîne au lit.
Avec Elsa on se motive à faire un tour de la ville.
On craque pour des succulentes gaufres confiture / crème chantilly maison au resto français tout en papotant.

Elsa s’en va.
Je change de table et discute avec les deux campeurs italiens qui sont arrivés. Valentina est éducatrice au sud de Paris mais souhaite faire un break pour un grand voyage.
Les deux italiens s’en vont.

Je discute avec deux parisiens (en réalité Breton et Grenoblois) venus déjeuner ici. Claire est graphiste comme moi et a le même âge que moi, et son copain (MERCI pour le super « garlic-bread » froid !!! ).
Les deux français s’en vont.

Je discute avec une famille de lyonnais ex-grands baroudeurs fort sympathiques (MERCI pour le café !!!)

aurelia-brivet-160817-faskrudsfjordur-ld

Lors d’une éclaircie au restaurant français de Fáskrúðsfjörður

J’ai fini par commander une pizza avant la fermeture parce qu’elles avaient l’air si bonne. (Elles étaient pas mal) ! Un peu de gras avant d’aller dans le froid ne fait pas de mal !

 

Jeudi 18 août 2016, J86 – Rouler dans les fJords du Sud-Est par 18 degrés

6 h 30 : ouverture de la tente [Yes ! J’avais orienté ma tente de façon à avoir le lever du soleil en face de la porte… Je me croyais encore début juillet donc je me suis un peu loupée, en revanche la météo est exactement celle que je voulais !]
10 h : après avoir roulé 30 km je fais ma pause petit déjeuner en T-shirt / short / tongs dans l’herbe chaude en contre haut de la mer avec une vue imprenable sur les fjords. À part un papi qui faisait des tours de fjords, j’était seule. Je suis tellement heureuse, c’était ça la dernière chose que je souhaitais faire en Islande : « rider » les fjords du sud-est sous le soleil. C’était magique. J’ai eu presque trop chaud ! Il devait bien faire 18 degrés au soleil, c’est exceptionnel et je ne suis pas habituée.
12 h 30 : j’aperçois trois bébés renards noirs sauvages lors de ma balade seule sur une petite péninsule. La vue est extraordinaire de tous les côtés. Je souhaite prendre des photos depuis ce matin, j’ai fait d’innombrables stops à vélo ou à pieds pour essayer de capter un morceau de ces panoramas à tomber par terre, mais rien à faire, il faut y être et le vivre pour ressentir toute cette beauté environnante. Je me tourne et me retourne de tous les côtés, c’est différent et tellement splendide à 360 degrés sur tous les axes, et sous tous les angles…
Au total : 75 km de pur merveille qui resteront gravés dans ma mémoire (merci Elsa pour l’idée !).
aurelia-brivet-160818-reydarfjordur-ld

Dans les fjords du Sud-Est, non loin de Reyðarfjörður

Eskifjörður
Je m’attendais à une petite bourgade perdue, encore pire que celle où j’avais été dans le Nord-Est (puisque c’est dans un cul de sac), mais en fait pas du tout. Déjà le cadre est magnifique : une cascade descend tout le long de la montagne en contre haut du village, le millier d’habitants sont répartis dans des maisons le long de la route principale, dont certaines qui ont beaucoup de charme.
2 ème fois depuis deux mois que je plante ma tente sous un arbre ;)
Juste quand je m’apprête à partir me balader en ville, après mon lavage de cheveux bi-mensuel (je m’excuse d’ailleurs auprès de tous les campeurs d’avoir vidé toute l’eau chaude et inondé la douche -mais c’est pas de ma faute elle était déjà bouchée avant que j’arrive-), je croise deux backpackers d’environ mon âge (un américain d’origine polonaise, Karol, et un français -forcément, ils sont partout ceux-là !-, Hugo).
On remonte tous les trois la magnifique et immense cascade en contre haut de la ville. Elle en est tellement interminable que l’on s’arrête de grimper au bout d’un moment (car maintenant la nuit tombe et nous ne voulons pas nous faire prendre par le noir puisque l’on n’est pas équipés). Les garçons téméraires prennent une douche sous une cascade bien froide avant qu’on redescende. Je réussis -encore- à me casser la figure (ce qui m’a fait rire un bon moment).
Une fois arrivés en ville on croise par hasard le chauffeur, Svavar, qui a gentiment pris Hugo et Karol en stop la veille. Tout en discutant avec lui et son ami Siggi, ils nous emmènent à la soirée d’ouverture du festival annuel de la ville. Dans une bonne ambiance familiale, toute la salle entonne des airs joyeux guidés par les volontaires sur scène qui ont préparés les chants.
Je n’avais pas craqué depuis deux mois et voilà que ça tombe du ciel : les habitants ont fait un concours de gâteaux, tous plus incroyables les uns que les autres. Comme nous arrivons à la fin de la partie, il ne reste plus qu’un immensément grand gâteau au chocolat qui n’est toujours pas arrivé à rendre l’âme… Et nous découvrons les autres en miettes et en photos. Pas grave, il restait le meilleur ;)
Après quelques tournées de bière locale au bar de la ville avec les habitants, on continue avec des tournées de packs de bière locale chez un des islandais… Ils ont une descente très très, très impressionnante !

Vendredi 19 août 2016, J87 – Pêche à la ligne – ou comment pêcher deux morues et perdre une canne à pêche dans la mer –

Après une nuit sur les canapés confortables de nos nouveaux amis islandais, Hugo et Karol m’entraînent dans leur bonne adresse pour un succulent petit déjeuner à volonté. Pain frais, jambon, mouton, fromage, œufs, tomates, gaufres, petits gâteaux, petits croissants, céréales & muesli, thé, café, lait, et j’en passe… Extra.
On embarque avec deux cannes à pêche sur une barque que l’on loue au restaurant-musée à la sortie de la ville. Une heure plus tard, après avoir ramé de toutes nos forces dans tous les sens, seul ou à plusieurs, on trouve bizarre le fait que l’on… semble stagner…
C’est là que la cuisinière du restau sort sur le pont pour nous crier que l’on doit larguer la grosse corde verte car… Nous sommes attachés au port. [No comment]
Au milieu des fjords ensoleillés, nous nous arrêtons pour lancer les lignes.
C’est long… mais entre Hugo qui fait des imitations de sardines en boîte anglaises, qui parle à son hameçon par ligne interposée ou toute autre idée pour amuser la galerie et Karol qui tente de se soulager par dessus bord sans grand succès… On ne s’ennuie pas.
Branle-bas de combat quand, enfin, un vrai poisson a mordu à l’hameçon ! Le bateau tangue dans tous les sens, Hugo le remonte avec une « excitation encore plus incroyable que quand il a eu fait sa première fois avec une fille », ça a l’air d’être une morue, le poisson gigote au fond de la barque, Karol fait son baptême de meurtre cétacé avec un couteau trop peu aiguisé… Je passe les détails peu alléchants que j’ai pu voir quand je n’étais pas en train de me cacher les yeux du spectacle. Puis, la tête du poisson a continué à gigoter seule pendant que le corps, séparé, gigotait aussi de son côté, au fond du sac… Ce fut un grand moment…
Quand le calme est revenu nous nous sommes rendu compte que l’autre canne à pêche, dont nous ne nous servions pas car elle était emmêlée, n’était plus à bord… Oups.
aurelia-brivet-160819-eskifjordur-ld

Après-midi pêche en mer au large d’Eskifjörður avec Karol & Hugo

Cinq heures plus tard et un deuxième poisson de pris, nous rentrons à quai.
Ce soir, premier jour de festival, sur la scène que les habitants ont installée en extérieur, défilent tous les groupes de musique de chaque « quartier » du village. En face de la scène sont installés des banquets où les hots-dogs gratuits et à volonté circulent sur toutes les tables (on comprend pourquoi ils sont tous assez gros). Les enfants s’amusent dans les petites bottes de foin entre les tables.
Nous faisons, non sans grande fierté, cuire notre pêche du jour sur les barbecues installés pour la fête. C’est exquis ! Je crois que c’est la première fois que je pêche un poisson et que je le mange dans la foulée !  :D
La suite de la soirée ressemble à celle de la veille, mais en encore plus grand et plus long.

Samedi 20 août 2016 – J88, croquis et concert

C’est avec une petite tristesse que les deux compères quittent la ville qui les avait adoptés, et avec la même que je les quitte car nous avons vécu de forts moments ensemble.
Je parcours, quasiment toute la journée, la ville en long et en large (pas en travers car il n’y en a pas), faisant des croquis à droite à gauche selon mon inspiration.
aurelia-brivet-160820-croquis-eskifjordur-ld

Croquis du petit port d’Eskifjordur

Le concert live en ce dernier jour de festival commence à 1h30 du matin (de 21h à minuit c’est le DJ pour les ados – j’y ai assisté, c’était très drôle). Tous les nouveaux amis m’offrent des bières et autres verres et tout le monde danse. Ce n’est pas si différent des soirées qu’on a l’habitude de faire en France en fait ;) Même la fin de soirée est identique aux sorties de boîtes françaises de 5h du matin : on stagne pendant une heure (même un peu plus longtemps) et pendant que certains se tapent sur la gueule, que d’autres pleurent de chagrin d’amour ou de jalousie, et que d’autres encore s’engagent dans des sujets philosophiques, métaphysiques ou substenphysique, on doit se décider d’où et avec qui on va continuer la soirée.

Je me retrouve finalement, et pour la troisième fois consécutive, chez des deux colocs Andri et Siggi, où l’on cuisine des burgers maison au petit matin en buvant des bières locales. Ils sont pareils que nous, en fait, les islandais ;) Ha ha !

Dimanche 21 août – J89, Le plus haut « col » goudronné (630 mètres)

Je reprends le vélo à 14 h avec d’entrée une côte à 13% (qui a l’effet de bien me remettre en forme – au cas où je fusse encore dans les vapeurs de ces trois jours de festival ^^).
J’espérais avoir une vue imprenable depuis le départ des pistes de ski… Niète ! A part les moutons blancs, ton sur ton avec les nuages, on ne voyait que dalle.
aurelia-brivet-160821-eskifjordur-ld

Dans les hauteurs des fjords du sud-est islandais

 

Je redescends en ayant pris le soin de mettre mes gants et mon bonnet (6 degrés en haut – descente avec une moyenne de presque 60 km/h).
Surprise par la grande ville moderne dans laquelle j’arrive. Encore plus grande qu’Eskifjörður, Neskaupstadur compte au moins trois rues parallèles, deux hôtels, deux stations services… Alors qu’elle est encore plus au fond du cul de sac. Je m’installe dans le camping en contre haut de la ville. Quand je dis au gérant que je suis venue ici pour voir le lever du soleil demain matin il me rit presque au nez. Bon…

Lundi 22 août 2016 – J90, Interviewée par « radio val de reins »

Effectivement, à 3h30 du matin il y a toujours autant de nuages qui bouchent la vue que la veille. Il doit faire 4 degrés. J’avoue avoir un peu la flemme de sortir… Je regonfle mon matelas et me rendors pour quelques heures. Je ne traîne tout de même pas trop au lit ce matin car… J’ai une interview Skype sur Radio Val de Reins !!!
aurelia-brivet-160822-neskaupstadur-ld

Interview ‘Skype’ par Radio val de Reins en direct d’un petit café très sympa de Neskaupstadur

Je remonte le col de 630 mètres que j’ai grimpé la veille dans l’autre sens, un peu déçue de ne pas avoir vu ce que je voulais voir mais au taquet quand même : heureusement car il fait 5 degrés au sommet du col et j’ai 75 km à faire en tout aujourd’hui !
En traversant Eskifjörður je vais rapidement saluer une amie polonaise mais ne traine pas pour ne pas me faire enrôler dans d’autres bringues avec mes amis du week end ;)
Par hasard je croise Julie et Kai, le couple de cyclistes allemands avec qui j’étais arrivée en Islande en bateau. Tout excités à l’idée de parler de nos voyages respectifs, on en garde un peu pour le bateau du retour où l’on aura trois jours complets pour tout se raconter.
La météo devient agréable et je roule le reste des kilomètres sous le soleil. Une fois à Egilsstaðir j’appelle mon hôte : la mère du copain de la fille de Chris (Chris : le photographe que j’avais rencontré par hasard à Þórshöfn puisque mon ordinateur était tombé en panne. Sa fille : Katla, Chris avait insisté pour que je la rencontre une fois à la capitale, elle m’avait très gentillment hébergée à Reykjavik. La mère de son copain : Lóa, que nous avions rencontrée complètement par hasard à Reykjavik alors qu’on allait boire un chocolat chaud au Stofan Cafe.)
Un peu comme à l’anglaise, Lóa habite dans une maison jumelle qu’elle partage avec des voisins, elle me fait entrer dans celle de gauche. A peine après avoir passé le pas de la porte et avoir jeté un coup d’œil circulaire aussi loin que les encadrements de portes, escaliers et divers objets qui s’entremêlent le permettent, j’ai su que je n’étais pas entrée n’importe où. Je pouvais déjà savoir que la notion de « normalité » risquait rapidement de ne plus faire partie du jeu. Pas que ce soit sale, sombre ou en désordre, bien au contraire. L’habitation était très lumineuse et on se sentait tout de suite à l’aise, elle avait une âme palpable, dont les nombreux tableaux, dignes de ce nom, accrochés aux murs et l’entremêlement d’objets plus ou moins descriptibles, « rangés » dans un désordre qui les mettait en fait en valeur, y étaient pour quelque chose.
La boule de poil noire qui se frotte contre mes jambes me tire rapidement de ma rêverie. Je salue le chien et serre la main aux deux hommes qui discutaient dans l’encadrement de la cuisine. Le premier, grand, cheveux blonds et courts (le genre de type typiquement islandais) et le deuxième, plus court sur pattes, avec un corps en rondeurs mais une tête carré, ressemblait plutôt à un thaïlandais border-line sortant tout juste d’une garde à vue musclée.
Ce dernier me propose un café avec enthousiasme. « Avec plaisir ! » répondis-je en souriant. Il me laisse le choix : « Il y a trois types de cafés, le café normal, le café brutal et le café royal. Le café normal c’est du café avec du cognac, le café brutal c’est que du café et le café royal c’est que du cognac. » 
J’apprends qu’il s’appelle Sigurdur et que c’est le mari de Lóa. L’autre islandais s’en va et nous entamons une discussion tous les deux dans le salon (Lóa est partie installer « ma » chambre -celle de son fils de mon âge qui habite maintenant en Norvège-, refusant que je l’aide). Je m’installe dans le sofa avec Ulysse, le chien, et ma tasse de café brutal. Tout en admirant les divers instruments de musique, les innombrables étagères de livres, cd, dvd et vinyles ; je demande à Sigy pourquoi il a des bleus et des égratignures sur la figure. S’enchaîne alors une liste exhaustive de tous les accidents qu’il a eu au cours de sa vie. Sans la présenter ici, je résumerais juste que c’est assez impensable qu’il tienne encore aussi bien debout à l’heure qu’il est ! Quand je lui demande ce qu’il fait dans la vie, la liste est encore plus longue. Pour le moment traducteur dans les diverses langues qu’il maîtrise avec brio : islandais, anglais, français, suédois et danois. Mais il a aussi, et entre autre, fait de nombreux reportages vidéo, a travaillé pour la télé, été directeur d’un bon magazine islandais, été animateur radio, édité 8 romans (même s’il me confesse que la plupart de ses romans, c’est en fait le chien Ulysse qui les a écrits), écrit des pièces de théâtre, fait d’innombrables projets artistiques (en solo ou en collaboration avec d’autres artistes), il est musicien à ses heures perdues (il joue notamment de la guitare, de la trompette, du trombone et du clavier) et il vient de recevoir un doctorat en lettres modernes, « Lis le livre « la théologie négative dans la poésie d’Yves Bonnefoy » mention Très bien avec les félicitations du jury…
Et ce n’est qu’un résumé. Bref.
Je vais à la piscine avec Lóa. Elle connaît quasiment tout le monde. On passe des bains chauds, au bain froid, puis au sauna, du sauna à la piscine pour faire des longueurs, de la piscine aux bains chauds, gelés, chauds, tièdes… Tout en me parlant de tous ces nombreux projets qu’elle a mis en place, elle est une des cinq femmes qui ont fait bouger la ville au niveau artistique : elle a mis en place des résidences artistiques, instauré des échanges avec des profs d’arts d’autres pays, créé des projets pour faire venir des artistes de tous horizons… Elle me parle de ses années de prof aux Beaux-Arts en France, de ses peintures, du livre qu’elle a fait avec son mari (poèmes / peintures)… Et ce n’est qu’un résumé. Je ne vous parle même pas des projets à venir !
Une fois qu’on ait fait le circuit préconisé pour vivifier le corps tout en le délassant et qu’on ait discuté avec une bonne partie des baigneurs, on rentre chez elle se régaler d’un délicieux plat de lasagnes qu’elle avait cuisiné à l’avance.
Pour terminer : dégustation de fromages islandais sur des petits crackers salés et avec du raisin frais devant un film.
Je crois que je ne risque pas de m’ennuyer avec eux !

Mardi 23 août 2016 – J91, Intervention scolaire auprès des lycéens option art-plastique d’Egilsstaðir

aurelia-brivet-160823-egilstradur-ld

Le salon de mes hôtes

Vers 14h30, Lóa revient du lycée où elle travaille en tant que professeur d’art plastique.

Elle est tellement épatée par le croquis que je viens de faire de son salon qu’elle me demande (m’oblige) à l’emmener pour mon intervention dans sa classe cet après-midi.
Première chose étonnante quand je passe les portes du lycée : on se déchausse et on enfile des chaussures d’intérieur (ou bien on reste en chaussettes) ! On a l’impression d’arriver chez soi. 
Le salon-cuisine de la salle des profs est extra : très lumineux car entièrement vitré, joliment décoré, tables, chaises et canapés, coin cuisine, buffet et machine à boissons chaudes gratuites et à volonté… extra.
Lóa, très fière, étale tous mes croquis sur une table (celui de chez elle, ceux d’Eskifjördur et un autre que j’avais fait en Suisse) pour les montrer aux autres professeurs, elle vante en même temps mes talents sportifs fait à bicyclette.
On traverse une autre grande salle où chaque professeur a une « box » : un bureau avec un ordinateur, des étagères et tout ce dont il a besoin (c’est pas la salle des profs de mon ancien lycée !). On continue la visite, de grands espaces avec des tables, chaises, canapés, casiers (avec prise électrique à l’intérieur pour que les élèves puissent recharger leurs appareils numériques) sont à disposition des élèves. Les salles de classe sont superbes, très lumineuses et très propres, avec tout un tas de matériel pédagogique dans chaque domaine. Le pensionnat est également au top (il se transforme en hôtel l’été, louant les chambres aux touristes friqués, c’est dire…).
Je parle de mon travail à la vingtaine d’étudiants de Lóa, en montrant mes croquis et commentant mon site internet sur le vidéo projecteur. On visionne mon film de fin d’étude « Relationcheap ».
Je donne quelques petits conseils à une ou deux filles en train de dessiner. C’est ma pré-rentrée avant ma rentrée !
Les élèves appellent les professeurs par leur prénom et les tutoient, regardent leur téléphone ou écoutent de la musique dès qu’ils ont envie. Ça ne semble pas aussi strict que par chez nous… Au final, cela en fait des gens plus spontanés, moins timides, plus sûrs d’eux-mêmes qu’en France (par exemple) –chose que j’admire, mais que parfois les professeurs regrettent un peu !-.
Pendant que Sigy se met aux fourneaux, nous partons avec Lóa et Ulysse pour une petite balade en début de soirée. Nous ramassons une bonne vingtaine de jolis champignons (cèpes et bolets) dans la petite forêt à deux pas de chez eux (une fois cuits. ça fera l’entrée de ce soir !). Et un peu plus loin nous remplissons des tupperwares de myrtilles sauvages (…pour le dessert) ! On continue notre jolie balade au soleil couchant le long de la rivière sinueuse et tranquille. Pendant qu’Ulysse s’amuse comme un petit fou dans la rivière, nous sirotons une bonne bière le temps d’un moment unique « confession mère/fille adoptive ».
Morue salée mijotée avec des légumes, accompagnée de pommes de terre délicieuses signées Sigy. C’est encore mieux qu’au restaurant. C’est un pur régal. Incroyable. Je n’avais plus faim mais j’en ai repris plusieurs fois par gourmandise tellement c’était exquis (comme si Sigy n’avait déjà pas assez de cordes à son arc) !
Gâteau au citron avec myrtilles sauvages devant « We’re the Millers » pour terminer cette si belle et inattendue journée. Miam !

Mercredi 24 août 2016 – J92, Retour au point de départ

Il fait grand soleil, comme hier, alors on va se balader avec Ulysse. En deux minutes on se retrouve à la campagne tellement la ville n’est pas grande. Je ramasse des coquelicots jaunes, oranges et blancs le long de la rivière, je fais des croquis, on joue avec Ulysse…
À midi j’ai rendez vous avec Lóa à la cantine du lycée. Une douzaine de professeurs venus de toute l’Europe sont là pour un échange.
Comme je n’ai qu’une tenue de « ville », et que ça m’embête de remettre la même deux jours de suite par rapport à tous les professeurs que je vais revoir, il faut que je trouve à me mettre autre chose. Ça tombe bien, l’armoire de la chambre dans laquelle je dors (celle de son fils) ressemble à la malle de déguisement de mes anciennes colonies de vacances : un gros tas informe en bas de l’armoire composé d’une multitude de fringues en boule, ni lavés ni repassés depuis la dernière fois qu’ils ont été portés, prenant la poussière jusqu’à ce qu’un événement improbable survienne. Aujourd’hui, c’est moi qui vais les remuer, et la tenue à sortir : ...artiste française !
J’arrive les cheveux aux vents, avec une chemise blanche plus ou moins à ma taille, taillée homme, que j’ai déboutonnée sur le haut pour faire un faux décolleté, veste grise assez classe par dessus l’épaule (il fait trop chaud pour la mettre), pantacourt noir et sandales. C’est pas trop mal ! Lóa m’avait prévenue : la cantine du lycée c’est mieux que d’aller au restaurant ! Dans la grande salle lumineuse du self, un grand buffet à volonté avec uniquement des produits frais et locaux trône au milieu de la pièce. Du café et des fruits sont en libre service à toute heure du jour et de la nuit ! Les élèves peuvent aller manger où ils veulent (sur les autres tables ou des canapés des autres espaces communs), et tout ça, toujours en chaussettes ! J’adore ! 
Avant que les cours ne reprennent Lóa m’emmène dans son atelier. Il se situe à l’étage d’un ancien abattoir réaménagé en galerie, salle d’exposition, résidence artistique et ateliers d’artistes. Son atelier, qu’elle partage avec une autre artiste locale, est très spacieux et lumineux. De nombreux tableaux et dessins sont accrochés sur les murs peints en blanc et tout le matériel nécessaire pour travailler est disposé sur des tables et étagères blanches également. Une petite terrasse avec table et chaise de jardin pour prendre le café au soleil… Divin ! Je veux le même !
Elle m’emmène ensuite dans la galerie artistique de l’office de tourisme où elle me fait une visite personnelle et précise de toutes les œuvres et objets d’art qui s’y trouvent. Elle connaît tous les artistes qui exposent et l’histoire de presque chaque objet. Elle me dit que moi aussi je pourrais exposer et vendre des croquis, cartes postales ou tableaux ici même.
Après avoir lavé la voiture (car elle doit faire le taxi ce soir pour les profs étrangers), nous allons avec les étudiants voir l’exposition temporaire d’art qui se situe dans les locaux de l’ancien abattoir (là où il y a son atelier). Ils doivent répondre à un questionnaire, pendant ce temps c’est pause café et je prends le temps de lui montrer les courts métrages d’animation que je fais avec mes élèves.
aurelia-brivet-160824-egilstradur-ld

Croquis de l’exposition sur le « guestbook »

Je dois dire « au revoir » à Lóa car elle doit passer la soirée avec les autres profs. C’est très dur de partir. Avec nos échanges et discussions de ces deux derniers jours nous avons découvert que nous avions de nombreux points communs. Grâce à elle j’ai appris beaucoup de choses, que ce soit sur ses projets artistiques, les artistes locaux ou l’historique artistique de la ville. Je l’admire pour son hyper activité et son hyper créativité, elle n’a pas de stupides limites sociales castratrices (comme je regrette d’avoir parfois), elle a plein de projets en tête et se bouge pour les accomplir avec brio. En peu de temps nous avons tissé des liens forts.
Ce n’est pas la seule à qui je vais manquer, le chien ne m’a pas quittée d’une semelle depuis que je suis revenue à la maison pour plier mes affaires, puis m’a roulé de grosses pelles avant que je parte (j’avoue que c’est le premier animal à qui je me suis attachée, car, effectivement il est beaucoup plus qu’un chien).
Je grimpe lentement les 620 mètres d’altitude afin de passer la montagne pour rejoindre la ville de Seydisfjordur d’où part le bateau le lendemain matin.
Je n’en reviens pas. Je n’en reviens pas d’être en T-shirt avec un paysage à couper le souffle alors qu’il y a deux mois je descendais cette montagne à toute vitesse dans le brouillard et le froid, trempée, les mains gelées et ne voyant rien à 10 mètres ! Je découvre les imposantes montagnes violacées, les lacs tels des vitres reflétant le ciel bleu et les rochers chatoyants. Quand je me retourne, je peux m’émerveiller du panorama de cette dernière ville visitée, embellie par un coucher du soleil magnifique, elle est à présent toute petite en contre-bas de collines, de montagnes enneigées, et de glaciers… Puis plus loin, sans pouvoir le voir mais le sachant, toute l’immensité de cette Ice-land. Chaque coup de pédale m’éloigne un peu plus de tout ça. Île imprévisible, insoupçonnable et ô combien indomptable. Comme je t’ai détestée quand je suis arrivée ; après t’avoir lentement foulée ; je t´ai regrettée lorsque je t´ai quittée…
Ce soir, derrière bière locale avec Julie et Kai, nous expliquant nos parcours respectifs, et nuit chez une amie de Lóa qui habite dans une vieille maison pleine de charme, à côté de l’embarcadère, avec ses deux petits garçons.

Jeudi 25 août 2016 – J93, Au revoir Islande, je t’ai autant aimé que détestée

La nana chez qui j’ai dormi est directrice de l´école primaire, maternelle et de la classe de 6 ème. Au petit déjeuner je lui parle notamment de mes ateliers de réalisation de film d’animation avec les scolaires qui semblent fortement l’intéresser. Elle me propose également de venir ici en résidence artistique… Une prochaine fois quoi !
Pour partir à l’école, on fait la course à vélo avec son fils et je gagne ;)
aurelia-brivet-160825-seydisfjordur-ld

Prête à embarquer !

Contrairement aux autres fois, on a dû embraquer bien en avance, ce qui fait que je regrette de ne pas avoir eu le temps de visiter cette si charmante ville à tendance très artistique comme j’aurais voulu le faire (maisons pittoresques, fresques sur des murs, street art…).
Je m’installe sur le pont avec Julie et Kai pour regarder tous les véhicules monter à bord. Contrairement au jour où l’on est arrivé, mais comme hier, il fait divinement beau. Si beau que la ville en est également métamorphosée. Nous sommes exactement à la même place, j’essaie de me souvenir du trajet que l’on avait fait lorsque l’on était sorti du bateau il y a deux mois, mais même ça relève d’un exercice difficile.
A l’époque, quand j’ai voulu prendre mes billets de bateau, je ne voulais pas rester aussi longtemps en Islande, dans l’idée j’aurais voulu rentrer plus tôt, sauf que toutes les traversées étaient complètes jusqu’à ce jour. J’ai donc pris, presque déçue sur le coup, ce billet du 25 août.
Finalement, au vu de tout ce qui s’est passé cette dernière semaine, semaine que je considérais donc un peu comme du « sursis » (j’avais le sentiment d’avoir vu déjà tout ce que je voulais voir en Islande et je n’en attendais plus rien), je me rends compte qu’il me restait encore tant de choses à découvrir, tellement de gens précieux à rencontrer. J’aurais vraiment manqué quelque chose dans ma vie si j’étais passée à côté de ces dernières rencontres, surtout celle de Lóa… Maintenant c’est l’inverse j’ai presque l’impression d’être partie trop tôt !

Samedi 27 août 2016 – J94, Retour au Danemark !

Il fait chaud.
Mon dieu. Il fait beau. Et chaud.
C’est incroyable. J’enterre mes bonnets, gants chauds, chaussures fermées et j’enfile le strict minimum. Le vent est le seul souvenir que je garde avec moi. Je roule avec Julie et Kai sur des pistes cyclables plates, goudronnées et fléchées, dans des paysages quelque peu familiers (forêts, prés et dunes de sable). Ça change des grands plateaux déserts islandais et de l’odeur d’œufs pourris aux abords des volcans !
Après une trentaine de kilomètres tranquilles je décide de leur dire au revoir : nous venons de traverser le village de Lønstrup qui est si beau que je ne peux pas ne pas m’y arrêter ! Il regorge de galeries d’art, boutiques artisanales, cafés avec terrasses au soleil… Il est en bord de mer avec des dunes de sable qui me rappellent mes étés en famille en Normandie.
Je me dirige dans la première petite boutique artisanale que je vois. Je félicite la céramiste-vendeuse pour son travail fin et coloré joliment exposé. C’est la première personne à qui je parle depuis notre accostage (à part avec mes deux compères cyclistes), et il ne faut pas plus de cinq minutes pour qu’elle m’ouvre le portillon de son jardin pour que j’y plante ma tente pour cette nuit…
Je suis heureuse de ne pas avoir laissé mes bonnes ondes en Islande !
C’est incroyablement génial cette ville remplie d’artisans toutes les deux maisons !! Plein de beauté, de créativité, de personnes sympas et souriantes. Ce n’était pas le souvenir que j’avais gardé des villages danois quand j’y étais passée il y a trois mois !
Pieds nus dans le sable, je me balade sur le chemin de crête des dunes en soirée en vue de trouver le spot parfait pour mon casse-croûte dînatoire. Ma quête me donne droit à des vues imprenables sur la ville au coucher du soleil. La lumière est divine. À part qu’après ces trois jours de bateau j’ai encore la tête qui tangue et l’impression d’être alcoolisée mais avec ma conscience intacte. C’est original à expérimenter…
aurelia-brivet-160827-1-lonstrup-ld

Lønstrup, Danemark

Quand je plante ma tante dans le magnifique jardin de l’artiste, plein de beaux souvenirs des endroits où j’ai eu planté ma tante en Islande resurgissent d’un seul coup…
Il va falloir que je m’habitue à ce que le soleil se couche tôt et moi avec : j’avais renvoyé ma lampe frontale à mes parents pour m’alléger à l’époque…

Dimanche 28 AOÛT 2016 – J95, une journée au sec

Je n’avais pas eu de réponse quant à mon choix d’itinéraire, et voilà qu’Inge me prend en pitié (il pleut à verse et je suis en train de lui dire que je m’apprête à partir), et me propose de rester chez elle pour la nuit, elle me propose même de dormir dans la chambre d’ami ou de ses enfants cette fois. Mon idée première était de tracer dans le sud-est du Danemark pour rendre visite à quelqu’un que j’avais rencontré sur mon trajet à l’allée (juste avant de prendre le ferry), mais comme la météo annonce de la pluie toute la journée (et des orages dans l’après-midi), et que je n’ai pas eu finalement bien le temps de connaître mon hôte, je me dis que c’était peut-être ça mon destin de la journée.

Une tasse de café plus tard j’installe mes sacoches dans la super chambre d’ami, je ressors ma tente qui était trempée afin de la faire sécher, je branche le wifi, et c’est parti. Paperasses et boulot histoire de bien démarrer la journée.

J’ai passé un petit moment à la boutique (ouverte même le dimanche !) avec Inge. C’est alors que je me suis rendue compte que mes reportages sur les œuvres artistiques me manquaient. Et j’aurais tellement voulu faire de beau plans et de belles photos de l’artiste au travail et de ses réalisations… mais je n’ai plus d’appareil photo, ni d’ordinateur : donc c’est assez limité pour le moment. Il n’en reste que l’on voit bien sur la photo ci dessous qu’il ne fait vraiment pas beau dehors ;)

IMG_6367

Inge a son atelier à Lønstrup (Danemark)

 

Devant un feu de cheminée (un feu de cheminée ? ooooh, ça fait tellement longtemps que je n’en avais pas fait !!!!), donc à l’apéro, devant un feu de cheminée qui réchauffait le corps comme le cœur, je lui ai montré mon site internet et expliqué tout ce que je faisais (elle en fut plutôt épatée), puis, tout en continuant à discuter ardemment, elle a préparé un repas exquis. Tout était si sain et si bon : salade fraîche dans un camaïeu de vert (avocat, concombres, herbes et citron), crevettes locales exquises, pain fait maison avec aioli accompagné d’un délicieux champagne, oui, oui carrément ! C’était divin. On a abordé, entre-autre, un sujet sur les coïncidences de la vie et sur l’énergie. Sujets qui me fascinent depuis que j’ai commencé mon voyage et dont je souhaiterais en savoir d’avantage, car depuis que je suis partie, non seulement il ne m’est jamais rien arrivé de « mal », mais j’ai toujours toujours trouvé ce dont j´avais besoin, ce que je cherchais. Et même bien plus. Pour moi c’est si magique et incroyable chaque jour toutes ces coïncidences, que j’essaie de trouver des explications quelconques. Elle m’a avoué qu’au début elle ne savait pas trop pourquoi elle avait accepté de m’héberger, parce qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant (d’héberger quelqu’un comme ça, qu’elle ne connaissait ni en noir ni en blanc). Et qu’en fait elle avait été un peu septique ensuite. Mais qu’elle était plus que ravie finalement d’avoir spontanément accepté ma demande car elle était vraiment ravie de me connaitre et de partager du temps avec moi… Bref, on a continué de bonnes diverses conversations jusqu’à tard dans la nuit. On était vraiment bien chez elle à discuter toutes les deux, on va dire que tout était « dans son jus » ou… « dans la même énergie » -histoire de rester dans le thème !-.

 

Lundi 29 AOÛT 2016 – J96, j’ai emporté une chose d’islande : le vent

7h : Départ après de grands aux-revoirs. Pas de pluie finalement. Prés verts. Limaces.

10h : 60 km. Forêts. Biches. Les nuages laissent place au soleil. Pause casse-croûte.

14h : 120 km. Vent de 35 km/h en pleine face. Pause casse-croûte.

17h : 140 km. Le sable qu’emporte le vent ne cesse de me fouetter le visage. Je n’avance pas. J’ai avalé trop de sable rien qu’en respirant. Halte pour la nuit au camping à Klitmøller (ville de surfeurs que m’avait recommandée Inge).

20h : Balade de la ville dans le vent et à contre jour. Je m’abrite dans les bombeurs joliment tagués disposés sur la plage pour siroter une bière brune locale devant le soleil se glissant derrière la mer déchaînée dont le bruit sourd des vagues est assez assourdissant…

IMG_6441

Klitmøller, Danemark

 

MarDI 30 AOÛT 2016 – J97, Cheveux au vent et sable des les pédales

aurelia-brivet-160830-velo-plage-ld

Côte Ouest Danoise

Belle journée ensoleillée en bord de mer et halte au camping de la jolie ville de Struer où de belles maisons vitrées avec de grandes vérandas donnent envie de s’y glisser pour regarder la mer étoilée.

 

31 août 2016, J98 – Arrivée à Aarhus

aurelia-brivet-160831-sunrise-beach-ld

Réveil au camping de Struer

Application SMS sur mon téléphone (version traduite) :

Vous, Mercredi 17h27 
120 km de fait, plus que 20 et je suis chez toi, donc dans 1h-1h30 environ ! 
Jan, Mercredi 17h30
Génial ! Je commence à préparer quelque chose pour le dîner :)
Mon gps m’emmène vers la vieille ville d’Aarhus, jusqu’à une petite rue à sens unique qui se compose de petites maisons colorées pleines de charme.
Je sonne au numéro 27, apercevant déjà des grands tableaux et sculptures en bronze à travers les carreaux des fenêtres. J’adore.
En haut des marches du perron un grand homme dégarni ouvre la porte avec un immense sourire. [C’est un très proche ami de Inge : c’est elle qui m’a donné son contact, c’est pourquoi je suis venue dans cette vile]. Une fois les présentations réglementaires faites, il me fait visiter sa belle maison aussi design, que propre, que cosy. C’est en fait une grande maison composée d’anciennes plusieurs petites maisons et appartements mitoyens et voisins qu’il a acquis petit à petit. Il y a donc un agencement inattendu avec une véranda reliant deux parties et deux petits jardins-terrasses remplis de belle végétation.
Il m’aide à monter mes sacoches dans « ma » chambre où se trouve un lit, une jolie plante verte, un luminaire sur pied vintage et un globe terrestre qui s’allume (tout est dans son jus, ça m’a fait rire). J’ai vue sur la petite cour et sur le soleil levant. C’est superbe !
Nous dressons le couvert dans son atelier au deuxième étage (sous les toits) sur une petite table devant la fenêtre d’où nous pouvons contempler le soleil se coucher derrière les jolis toits du quartier. C’est magnifique, j’adore avoir vue sur les toits. Salade composée, poulet et légumes divinement cuits au four accompagnés d’un bon vin rouge français. Moi qui n’avais pas mangé depuis ce matin, je me suis régalée, c’était incroyablement délicieux !
Comme nous nous étions engagés dans de grandes discussions passionnantes (notamment sur la condition d’artiste, sur l’ouverture d’esprit de la société et sur nos plus grands rêves et ambitions) nous n’avions même pas remarqué qu’il faisait à présent nuit noire et que le quartier s’était complètement endormi sans que nous ne l’ayons remarqué…

Jeudi 1 septembre 2016, J99 – Visite d’Aarhus selon Jan

Petit déjeuner au soleil dans la petite cour intérieure pleine de végétation… Divin.
Après avoir travaillé quelques heures, Jan m’embarque dans une visite de la ville comme personne d’autre n’aurait pu le faire : via le cheminement de ses œuvres et de l’historique du quartier du port selon son militantisme pour sauver la culture et les artistes locaux. Comme il fait grand beau et que c’est le festival annuel de la ville toute la semaine, les rues, comme les terrasses des cafés, sont pleines à craquer !
C’est donc dans cette énergie festive qu’il m’explique la signification de ses œuvres, leur technique et toutes les anecdotes qui vont avec ! Après avoir passé les beaux bâtiments principaux, les charmantes rues piétonnes colorées, l’impressionnante bibliothèque très moderne et le quartier du port en rénovation, il m’ouvre les portes de leur atelier. Un ancien entrepôt re-divisé en studio d’artistes. Ils sont 8. 8 très spacieux ateliers pour 8 artistes complètement différents.
C’est. Juste. Incroyable. 
J’adore.
aurelia-brivet-160901-aarhus-atelier-ld

Une des pièces de l’atelier d’artistes à Aarhus

 

Passer d’une pièce à une autre revient à traverser une porte spatio-temporelle gigantesque. Sculpteur, peintre, miniaturiste,  ébéniste, musicien… et autres artistes que l’on ne pourrait « nommer »… Chaque espace dégage une atmosphère, une âme, un charme si différent, si créatif, si décalé…
Après que j’eus fait trois fois le tour de toutes les nombreuses pièces, telle une gamine dans un château de princesse (ce qui a fait rire Jan), on a fini par partir. On s’est agglutiné aux autres festivaliers qui prenaient du bon temps en se désaltérant au soleil en terrasse.
Jan me pointe ensuite un endroit sur la carte « qui me plaira », il m’envoie m’y balader pendant qu’il prépare le diner.
Au bout des voies de chemin de fer (endroit où jamais je n’aurais eu l’idée d’aller s’il ne me l’avait pas dit), se trouvait un grand terrain vague repris en main par une grosse poignée d’artistes alternatifs dynamiques.
[Il avait bien compris ce qui m’intéressait.]
Entre les uns qui avaient leur petite échoppe de nourriture dans leur camion, vendant leur cuisine bio a qui en voulait, d’autres étaient en train de répéter des extraits de morceaux sur une scène aménagée, d’autres encore construisaient ardemment des structures en bois en vue de ce week-end, certains faisaiten tournoyer leur partenaire dans des figures de yoga acrobatique, pendant que les plus jeunes faisaient de même avec leur skate board. Designers, menuisiers, jardiniers, musiciens, peintres, cuisiniers, danseurs ou simplement jeunes volontaires, habitants alternatifs et aventuriers de passage… De ce « joyeux bordel » émanait une ambiance festive et creative pleine de bonne énergie familiale et attachante.
Des étoiles encore plein les yeux j’arrive chez Jan pour finir de l’aider à préparer le dîner… et c’est sur des beaux airs de musique classique venant du fond de la maison que je découvre qu’il avait déjà dressé une magnifique table dans la véranda où il avait disposé des mets délicieux accompagnés d’une belle bouteille de vin rouge. Tableaux et sculptures en toile de fond, le tout divinement éclairé avec des chandeliers contemporains… J’avais maintenant réellement pousser les portes de mon château de princesse…

Vendredi 2 septembre 2016, J100 – Visite d’Aarhus selon moi-même

Prévisions météo du jour : pluie éparse et gros vent de face. 
C’est décidé, je reste un jour de plus (ça me va bien car je n’avais pas envie de partir ;) ) !
Histoire de bien démarrer la journée, je troque le croquis d’un bistro que je trouvais joli (dessiné assise sur le rebord d’un trottoir entre deux flaques d’eau, abrité du grand parapluie rouge que m’avait prêté Jan pour la journée) contre quelques tasses de café. Le restaurateur m’apprend que c’est le plus vieux café de la ville, et je remarque avec amusement que je ne fus pas la seule artiste à avoir été attirée par l’établissement : de nombreux dessins et peintures du bistro sont déjà accrochés aux murs !
Je retourne au lieu alternatif au bout des voies de chemin de fer pour faire le croquis de « l’immeuble » de contenairs si joliment aménagé que j’aimais tant.
En déambulant dans la ville en fête je découvre encore plein de maisons, de rues, de places, de boutiques, d’églises et d’ateliers d’artistes incroyables. J’aime définitivement cette ville :) 
Je fais un nouveau croquis en vue de l’offrir à Jan : je retourne vers une de ses sculptures et la dessine dans un petit panorama. J’ai de la chance : des concerts live pop-rock que j’aime bien s’enchaînent sur une scène aménagée juste à côté. Je reste écouter un moment avant de rentrer (Jan m’attend pour dîner).
aurelia-brivet-160902-aarhus-croquis-sculpture-yan-ld

Croquis fait pour Jan (sur la droite, sa sculpture trônant dans la rue piétonne d’Aarhus)

Comme hier nous dressons une belle tablée dans la véranda avec vin rouge italien pour accompagner la viande mijotée avec des champignons et autres légumes, petites pommes de terre et salade composée qu’il a divinement cuisinés. C’est sur ces délicieuses odeurs et saveurs que nous enchaînons à nouveau des discussions profondes de sens.
Dégustation et échange de chocolat noir français et danois (car lui aussi est un grand fan de chocolat noir :) ) avant de se dire ‘Bonne nuit’.

Samedi 3 septembre 2016, J101 – Mime d’une pince multiprise

C’est avec un petit déchirement que je quitte ce matin, autant l’homme, que l’artiste, que la maison et que la ville d’Aahrus toute entière… Mais je pars en étant remplie de bonne nourriture dans tout le corps, d’intéressantes conversations dans la tête, et de nouvelles créativités dans le cœur.
Berthe est tellement contente de reprendre la route qu’elle roule à toute allure. Elle est presque difficile à suivre, elle est tellement contente de traverser ces petites forêts, ces routes qui longent la mer, ces petits chemins de campagne… qu’elle en claque son câble de pédalier au bout de 80 bornes ! Enfin c’est une maligne, elle a bien choisi son moment : un papy était justement en train de passer son petit tracteur-tondeuse devant sa propriété gigantesque avec vue sur la mer.
Je ne pensais pas un jour avoir à faire le mime (bruit autorisé) d’une pince multiprise, d’une cisaille et de clés mécaniques…mais je l’ai fait et ça à marché ! [Papy ne parlait pas un traître mot de langue étrangère et je ne parlais pas un traître mot de sa langue.] Il ne connaissait rien non plus à la vieille mécanique française, mais il me soutenait moralement. Je m’y suis quand même reprise à deux fois [c’est le métier qui rentre], et Berthe a gagné une canette de coca. On a dit au revoir au gentil monsieur ainsi qu’à ses beaux chevaux et on a repris nos chemins de campagne.
aurelia-brivet-160903-danemark-country-ld

Sur la route

Quand j´ai traversé la ville de Vejle, ça m’a donné envie d’y rester. Mais comme je ne savais pas où dormir (pas de camping) et qu’ils annonçaient de la pluie pour demain, j´ai décidé de continuer ma route. A peine 200 mètres plus loin, par hasard un cyclo-touriste se retrouve juste derrière ma roue. Je me joins à lui pour discuter tout en roulant. En fait ce n’était pas du tout la direction que je voulais prendre mais tant pis. Nous discutons agréablement sur 50 km. Comme moi je dois bifurquer à l’Est, qu’il commence à faire nuit et à pleuvoir je lui dis ‘au revoir‘ dans la ville de Kolding.
Comme je ne sais pas où sont les auberges, les camping et autres, je demande au hasard à trois couples différents que je croise successivement dans les rues du centre ville. Les premiers, la trentaine, forts bien habillés, s’abritant sous leur grand parapluie propre ne peuvent pas m’aider personnellement mais me disent qu’il doit y avoir un camping à quelques kilomètres au sud [c’est vrai que je dois avoir une tête d’affolée sous la pluie et après avoir fait 150 bornes]. Les deuxièmes, de charmantes personnes âgées à bicyclette [sûr qu´ils pourront m’héberger]. Ne peuvent pas m’aider, mais me parle d’une auberge de jeunesse à plusieurs kilomètres au nord. Le troisième couple que je croise, des jeunes de mon âge [eux c’est sûr qu’ils pourront m’héberger ou me trouver une solution]. Ne peuvent pas m’héberger et ne connaissent personne qui pourrait m’héberger. [J’avais envie de leur demander s’ils avaient déjà quitté leur ville pour essayer de découvrir le monde – mais comme je connaissais la réponse, je n’ai pas voulu créer polémique -.]
Bref. Super. Donc, bilan perso : les gens peuvent me laisser crever la bouche ouverte sous la pluie, ils n’en ont strictement rien à foutre. Des fois je me demande si j’ai à faire à des humains ou a des machines sans cœur ni empathie avec une vie vide de sens. Mais bon, mes réflexions attendront car j’ai pu choper une connexion wifi pour lancer le gps avec le camping le plus proche comme destination… :)

Dimanche 4 septembre 2016, J102 – Entre les gouttes

Les gouttes de pluie tambourinent sur la toile de tente. Je n’ai pas envie de me lever. J’écoute un moment cette mélodie rythmée. Au bout d’un moment je me motive à tout empaqueter en vue de trouver un café d’ouvert pour prendre mon petit déjeuner.
C’est dimanche. Les rues sont très calmes. Il n’y a pas grand chose d’ouvert, surtout avant 9h30.
Je me retrouve finalement à faire un super méga brunch à volonté dans un hôtel/restaurant à côté de la gare où je me remplis l’estomac pour les jours à venir (entre autre : bons fromages, gaufres au sirop d’érable, fruits secs énergétiques et jus de fruits maisons que l’on sélectionne sur un iPad !). 
Dès que la pluie cesse je prends la route… Le ventre pendant jusqu’aux pédales ;)
Après 100 km de petits chemins sympas de campagne longeant la mer je plante ma tente, encore mouillée de ce matin, dans le camping de Falsled, où je ne trouve pas les propriétaires, juste avant qu’il ne se remette à pleuvoir sérieusement.
Alors que j’étais en train de pianoter sur mon ordinateur dans la salle commune vide, vers 21h, un type vient me demander si tout va bien.
Après quelques phrases échangées il me demande si je veux pas plutôt dormir dans un chalet.
« -… »
Il m’emmène visiter un chalet en bois familial et me donne les clés en même temps que le mot de passe wifi.
Trop classe ! Mieux qu’à l’hôtel, et au prix d’une tente :) Je suis au sec, j’ai tout ce qu’il faut, de l’espace à revendre, une connexion wifi… : Joyeux 4ème « mois-versaire ! »
aurelia-brivet-160904-danemark-sea-ld

Coucher de soleil sur la mer

Lundi 5 septembre 2016, J103 – Hébergée par un danois ex-directeur artistique mais toujours excentrique

Article en cours de rédaction
aurelia-brivet-160905-danemark-horse-ld

Sur les routes danoises

Mardi 6 septembre 2016, J104 – Tournée des artistes de Langeland

Article en cours de rédaction
aurelia-brivet-160906-danemark-artiste-ld

Atelier à Rudkøbing

Mercredi 7 septembre 2016, J105 – Day off

Article en cours de rédaction
aurelia-brivet-160907-danemark-sea-horse-ld

Jeudi 8 septembre 2016, J106 – Lightshow à Rudkøbing pour la reine du Danemark

Article en cours de rédaction
Presse danoise

Presse danoise

Vendredi 9 septembre 2016, J107 – Mûres sauvages et jus de poire maison

Article en cours de rédaction
aurelia-brivet-160909-danemark-pears-ld

Cueillette matinale

Samedi 10 septembre 2016, J108 – Barbecue danois en bord de mer

Après une journée absolument divine avec Berthe en bord de mer, nous trouvons le «natural camp» danois que m’avait indiqué un warmshower habitant non loin de là -mais qui ne pouvait pas nous héberger-. Apparemment nous n’allons pas être les seules à dormir dans ce camp ce soir, une bande de grands gaillards rigolent en allumant un barbecue une bière à la main. Ils me font vite comprendre que je risque d’entendre du bruit cette nuit si je reste dormir dans le secteur, mais que si je reste, ils partageront leurs victuailles et leur alcool avec moi.
Comme je n’avais plus rien dans me sacoches, je prends ça comme une bénédiction et vais planter ma tente un peu plus loin sur la plage. Je rencontre alors un couple de mon âge avec qui j’entame la discussion. Ils me proposent également de m’héberger chez eux. Comme mes narines papillent sous le succulent fumer qui émane du barbecue, je demande au couple si l’invitation est valable pour le lendemain. Allez, marcher conclu ! On échange nos numéros et je vais faire la fête avec la brochette de festivalier danois qui fêtent leur 20 ans d’amitier !
Sur les chemins danois

Sur les chemins danois

Dimanche 11 septembre 2016, J109 – Touriste à Flensburg

Article en cours de rédaction
Flensburg, Allemagne

Flensburg, Allemagne

Lundi 12 septembre 2016, J110 – DÎNER sous le rosier

Article en cours de rédaction
Dîner sous les rosiers

Dîner sous les rosiers

Mardi 13 septembre 2016, J111 – 50 km de bonheur

Article en cours de rédaction
Kollmar, Allemagne

Soirée à Kollmar, Allemagne

Mercredi 14 septembre 2016, J112 – Une journée avec extra : 3€80

A Kollmar ce ne sont pas les coqs qui vous tirent du réveil mais les moutons ! Et ils font ça encore mieux, c’est à dire AVANT que le soleil ne se lève, et en plus AVEC les odeurs. Je regarde la couleur du ciel par la toile de tente (je l’avais laissée entr´ouverte pour la nuit comme il faisait bon et que je voulais voir les étoiles). [Oh, du rose !] J’enfile ma robe et monte sur la petite bute qui surplombe le camping, zigzagant entre les caravanes endormies et les campeurs ronflonnant.
Assise parmi les moutons (au moins personne ne peut me reprocher mon odeur ici), nous admirons tous ensemble ce spectaculaire lever de soleil (même si les moutons n’ont pas compris qu’il fallait regarder le soleil et pas moi)…
Réveil à Kollmar, Allemagne

Réveil à Kollmar, Allemagne

Avant de reprendre le magnifique chemin le long du fleuve Elbe, je vais travailler sur les marches de la charmante église du village avec vue imprenable sur le cimetière (je ne sais pas pourquoi il y avait du wifi gratuit ici, mais ça m’allait fort bien). Appels Skype et devis, on remballe et ça repart !
J’évite les crottes de moutons sur la piste cyclable qui longe le fleuve jusqu’au petit ferry que je prends pour traverser l’eau (je n’ai pas encore équipé Berthe de bouées. J’adapte mon itinéraire en fonction des écluses qui sont ouvertes ou fermées ; je fais une halte petit-déjeuner à Hollnseth où je déguste, sur l’herbe fraîche à l’ombre de l’église, avec une jouissance infinie et une pointe de nostalgie, ma dernière poire et mes dernières noix cueillies dans le jardin d’Erik, d’où je dessine le « Café Central » (dommage qu’il soit fermé, il faudra attendre pour se faire offrir un café). Quelques centaines de mètres plus loin un cycliste m’aborde. Nous discutons un peu puis il me propose de faire une pause pour m’offrir un café (tiens, comme la vie est bien faite !). Finalement j’ai opté pour un petit pique-nique croissants-jus de pomme en pleine nature au bord d’une rivière à l’ombre des arbres. Il ne manquait plus que la nappe à carreaux et on était dans un tableau cliché du 19ème. Il était originaire du Liban, avait pas mal voyagé en Europe du Nord avant de se poser à Hambourg où il y avait son entreprise de location de voiture depuis 15 ans maintenant, il pédalait dès qu’il faisait beau sur son vélo de 3kg avec une selle trop basse pour lui. De façon assez typique il m’a fait des éloges et des discours sur la femme libre, m’a offert un sachet de noix de cajou salées et pimentées et s’en est allé. Ce fut un petit instant suspendu très sympathique. Tout en continuant mes beaux chemins de campagne, j’ai atterri dans le joli village de Bremervörde. Une très aimable allemande qui comprenait trois mots d’anglais m’amène, quasiment en me tenant la main, jusqu’aux portes de l’office de tourisme… Fermée à deux minutes quarante près. Elle m’indique le camping le plus proche qui est à une dizaine de kilomètres d’ici. Bon. Pourquoi pas. Quitte à être là, je fais le tour du grand parc avec un grand lac au milieu. Naïvement je demande au gérant du terrain de camping-car si je ne peux pas passer la nuit quelque part sur le terrain. Il me dit que c’est uniquement pour les caravanes et campings car. Je lui fais un grand sourire. Il va parler avec le couple de retraités du camping-car voisin. Comme tout le monde était adorable et que lui avait une jambe plus courte que l’autre, il me dit avec un clin d’oeil que dès qu’il aura fini son service… je pourrai m’installer là. Youpi ! 
J’échange trois mots avec mes voisins, bien qu’ils ne parlent quasiment pas anglais, ils me disent qu’ils surveilleront ma tente sans problème. En attendant je vais aux toilettes pour faire un brin de toilette comme je peux (je n’ai pas accès aux douches car il faut une clé -déjà que je ne paie pas, je trouve mal placé de la demander-).
Quelques minutes après j’entends des « Ouhou-ouhou » derrière la porte des toilettes ‘femme’. Ce sont mes deux adorables voisins qui sont venus, main dans la main, m’apporter la clé des douches et me faisant « Shut… » avec un doigt devant la bouche.
TROP. ADORABLE ! Je n’oublierai jamais cette action ! 
Propre et logement opérationnel avec gardien, je vais faire un tour en ville en m’autorisant une grande bière dans un « Biergarden » en cette fin de splendide journée. Je grignote les noix de cajou salées et pimentées du libanais face au lac et aux étoiles qui s’y reflètent, divin, avant d’aller dormir.

Jeudi 15 septembre 2016, J113 – Worpswede, ville d’artistes si belle que j’y reste

Je discute un moment avec une autre de mes voisines adorables de camping-car qui parle très bien français et qui m’invite à passer chez elle si jamais je fais escale à Münster.
7h30 du matin, Berthe ne m’a même pas laissée petit-déjeuner et s’est mise en pilote automatique avec une moyenne de 20km/h (c’est quasiment tout plat et quasiment tout droit), ce qui me laisse le loisir de vaquer à mes pensées. 40 bornes plus tard, à l’entrée d’une ville, elle me largue devant une maison blanche très charmante construite il y a fort longtemps dans une petite cour entourée d’arbres. Comme c’est très mignon et que la porte est entr´ouverte j’y pénètre : c’est une boutique d’artisanat local fabriqué par des personnes porteuses de handicap. [Berthe est vraiment perspicace, sans le lui dire, elle savait que je voulais acheter quelques souvenirs pour ma famille et faire un colis avec mes bazars accumulés dans mes sacoches.] C’était pile le type de magasin que je cherchais et j’y trouve mon bonheur. Comme on ne peut pas payer par carte, la gentille dame m’envoie retirer des sous en centre ville. C’est grâce à ça que je découvre la ville de Worpswede et reste scotchée par son incroyable charme. Je me retrouve dans une rue pavée paisible, ombragée par des grands arbres, remplie de petites galeries, musées et boutiques d’artisanat en tous genres, en contre bas d’un grand jardin qui a l’air si beau. TROP. GÉNIAL. J’ADORE.
Après avoir admiré quelques boutiques et galeries, je retourne payer la dame. Nous discutons un moment et je la félicite pour ses actions. [Bon, Aurelia, que faisons-nous ?] Comme la nana de l’office de tourisme me file une carte routière avec le picto d’un camping au bord d’une rivière à trois kilomètres d’ici… : c’est décidé, je reste ! 
Je fais un tour au supermarché vu que je n’ai plus rien dans mes sacoches. Trop impressionnée par les immenses rayons remplis de tonnes de produits, je ne sais que choisir (je n’avais pas fait de courses depuis l’Islande ^^). [Oh du fromage plastique a deux balles ! Oh, des yaourts en tous genres ! Du muesli comme en Islande ! Des boîtes de thon pas cher ! Des bouteilles de vin abordables !]
Dans une caravane enfumée, une grosse bonne femme qui aime l’argent, les yeux cernés et légèrement addicte à la bouteille et à la nicotine me montre un magnifique endroit où je peux planter ma tente. Je ne sais pas où sont les autres tentes mais j’ai un grand terrain herbeux fermé à clé au bord d’un charmant petit affluent du canal pour moi toute seule ! La. classe. 
Je retourne en ville (après un petit-dejeuner- déjeuner au bord du fleuve à regarder les gens se baigner et bronzer) j’en prends plein les yeux et me stimule en créativité. Dommage que les artistes ou galeristes ne parlent quasiment pas anglais (et absolument pas français !) car je ne peux pas beaucoup échanger avec eux. Enfin ils sont quand même tous surpris que je n’aie jamais entendu parler de leur ville, comme si c’était aussi connu qu’Amsterdam.
Je vais prendre un café sur la terrasse d’un beau resto étoilé (j’aime bien me faire croire que je peux prétendre à fréquenter ce genre d’établissement) mais surtout parce qu’il était situé dans ce magnifique parc si paisible où la température en cette fin de journée était juste parfaite. Ce fut un divin moment de bonheur où tout était parfait.
Je reprends des petits chemins de campagne pour rejoindre le camping, m’amusant à essayer de rattraper la boule rouge, en plein dans ma ligne de mire, qui se glisse derrière les arbres lointains, laissant sur son passage des couleurs rose-orangées magnifiques.
Soirée à Worpswede

Soirée à Worpswede

Vendredi 16 septembre 2016, J114 – Fruits contre croquis, bouteille de vin contre poignée de main

Comme Berthe avait su que je lui avais reproché de ne pas m’avoir laissé le temps de prendre mon petit déjeuner la veille, elle me largue, après 25 km, dans un petit marché très très mignon pour que j’hume les délicieuses odeurs de fruits sucrés, plantes aromatiques et poulets rôtis.
Comme j’aperçois des « fruits invendables » abandonnés dans des caisses sous les étalages, je me permets de demander aux vendeuses si je peux me servir. Heureusement que la première, qui ne parlait pas anglais, m’a dit « non », j’ai ainsi pu demander à une deuxième, une petite blonde pleine de vie qui parlait fort bien anglais, qui m’a carrément filé la petite cagette de fruits.
Je suis allée me faire un petit « gueuleton » matinal avec un yaourt nature et un gros paquet de muesli que j’avais acheté la veille (le tout pour moins de 2 euros). Comme quoi on peut manger sainement pour pas cher! Je me régale des pêches, raisins et pommes, tout en étudiant la perspective de la jolie petite église qui se trouvait face à moi en vue de remercier ma généreuse donatrice par papier griffonné.
Quand je retourne sur le stand, les jeunes vendeuses étaient en train de s’empiffrer de belles prunes violettes qui semblaient délicieuses. La petite blonde était si contente de son cadeau inattendu que l’on a rediscuté un peu et qu´elle m´a préparé de suite un sac de belles prunes juteuses. Je prends congé toute heureuse d’avoir « payé » des fruits en croquis (une première). Alors que j’étais en train de boucler mes sacoches, la nana du stand revient me voir en courant me disant qu’elle est définitivement fan de mon croquis, et elle m’avoue qu’elle sent qu’elle devrait vivre en France un jour, tout en me montrant son tatouage sur l’avant-bras où il est inscrit « La mer » avec un dessin de bord de mer.. J´ai trouvé ça tellement amusant que je lui ai tout de suite donné mon contact pour qu’elle vienne me rendre visite en France, et puis elle s´en est allée, encore plus heureuse qu’une enfant gourmande à qui on a donné un énorme sac de bonbons.
Route plate et pistes cyclables traversant les prés de moutons jusqu’à Oldenburg. Je ne sais pas pourquoi mais dès que  j’ai vu le nom de ce bled sur la carte, j’ai eu envie d’y aller. Finalement je ne fais qu´y passer car je n’ai pas trouvé de « Warmshowers » qui pouvaient m’y héberger. Je m’arrête tout de même dans une belle boutique colorée qui vend de l’artisanat allemand (bijoux, maroquinerie et divers beaux objets), et qui sert également de vrais cafés bio (ça changera des instantanés). Après une tasse en terrasse je laisse Berthe devant la boutique, la vendeuse garde un œil sur elle.
Je me perds dans les rues de la plus grande et ancienne zone piétonne d’Allemagne semée de beaux et anciens bâtiments, puis prends part au sitting « Greenpeace » en bord de zone piétonne : ils souhaitent transformer des places de parking en parc. Je discute avec un type aux cheveux frisés tout en me régalant de gâteaux faits maison, muffins au chocolat et de tasses de café bio.
Une fois n'est pas coutume : on m'a prise en photo !

Une fois n’est pas coutume : on m’a prise en photo !

Après un « au-revoir », je traverse la rue et passe devant une boutique de vin. Je m’extasie spontanément et ouvertement qu’ils aient mis à l’honneur une bouteille de « Côte du Rhône » dans leur vitrine. Le type qui était devant le magasin et avec qui je me mets à discuter est en fait la personne qui tient le magasin. Il me dit rapidement qu’il y a en ce moment même un festival de cinéma qui dure toute la semaine et que Nicolas Cage sera là, en personne, ce soir !
Il m’emmène à l’office de tourisme pour que je trouve le programme du festival et un hébergement pour la nuit (car lui ne peut pas m’héberger, sa soirée est déjà bien prise par le festival). Il est adorable et essaie de me trouver des solutions pour tout.
Je vais voir le terrain de bivouac autorisé au bord du fleuve : effectivement c’est sympa mais sans aucune commodité et sans « gardien ». Je décide de ne pas laisser mes affaires sans sécurité et puis, qui sait, le vendeur de sirupeux aura peut-être trouvé une solution pour moi…
En attendant qu’il ait fini avec son client, je retourne sur le sitting Greenpeace discuter avec d’autres gens fort sympathiques. L’un d’entre eux me conseille d’aller voir le « groupe de cyclistes » qui discutent à quelques mètres si je veux trouver un hébergement. Il était perspicace car quand je me suis approchée du groupe, je n’ai même pas eu le temps de terminer ma demande qu’une jeune nana blonde aux cheveux mi-longs attachés en couette et avec de grandes lunettes me dit que je peux rester chez elle cette nuit.
Je retourne au magasin de vin pour annoncer cette bonne nouvelle au gérant. On discute encore un peu et au moment où je veux lui acheter une bouteille pour ce soir, il m’en tend une : la « côte du Rhône » que j’avais vue en vitrine. Il refuse catégoriquement que je paie et me souhaite « bon voyage » avec un grand sourire chaleureux.
Appartement d’étudiants, 3 colocataires et un chien, on aurait dit qu’un cambrioleur avait retourné la maison tellement rien n’était à sa place. Laura, 22 ans, fille unique excentrique, manuelle et créative, qui parle super bien anglais parce qu’elle regarde des tonnes de séries et films américains, travaille dans un magasin de réparation de vélo en centre ville. Après un plat de pâtes bolognaise cuisiné maison accompagné du bon vin rouge français, elle bichonne Berthe pendant que je lui esquisse des dessins pour son futur tatouage…

Samedi 17 septembre 2016, J115 – Pays-BAs !

Article en cours de rédaction
Bad Zwischenahn, Allemagne

Bad Zwischenahn, Allemagne

Dimanche 18 SEPTEMBRE 2016, J116 – 2 ans plus tard

Nanne, la 2ème personne (hormis ma famille) que je connaissais déjà comme «potentiel hôte» avant de partir : nous nous étions rencontré au Cambodge en octobre 2014 dans une guesthouse sur une île au milieu du Mekong.
Il m’a sorti le grand jeu : accueillie dans sa belle maison qu’il loue avec sa copine, j’ai propre ma chambre et ma propre salle de bain. Il m’a emmené faire le tour de Grnoningen -en vélo !- [Oui tout le monde se déplace à vélo aux Pays-Bas, ce n’est pas une légende.] Il m’a fait découvrir des bistrots fashion (dans lesquels il avait travaillé -avant d’être éducateur pour jeunes en difficultés sociales), il m’a emmené dans un bateau-resto déguster des galettes composées qui nourrissent un régiment… et en plus il a catégoriquement refusé que je paie quoi que ce soit !

aurelia-brivet-160917-groningen-ld

Croquis à Groningen, Pays-Bas

Lundi 19 SEPTEMBRE 2016, J117 – Sneek

Article en cours de rédaction

aurelia-brivet-160918-sneek-night-ld

Sneek de nuit, Pays-Bas

Mardi 20 septembre 2016, J118 – 14h dans le même café

A 10h, j’établis mon « office » dans un café choisi au hasard, du charmant centre ville de Sneek. Les clients ne sont presque que des locaux et se connaissent quasiment tous. Les serveurs se relaient à la mi-journée et sont tous aussi sympathiques les uns que les autres. Il y règne une agréable ambiance familiale et la serveuse de l’après-midi parle même un peu français ! D’ailleurs dans la playlist, entre la country et autres anciens tubes américains, il y a pas mal de vieilles chansons françaises qui s’y sont glissées ! Ca me fait rire d’écouter ça ici, perdue au milieu des Pays-Bas.
Je pensais rouler l’après-midi, mais de fil en aiguille, de mailing en appels Skype, de graphisme en coups de crayon, je me mets à croquer l’intérieur du bar. Un type m’aborde, il est persuadé que je suis déjà venue là l’année dernière, que j’étais assise à la même place et que j’avais aussi dessiné le bar. (Aurais-je la faculté de me dédoubler sans le savoir ?)
Croquis de l'"Irish Pub" de Sneek, Pays-Bas

Croquis de l' »Irish Pub » de Sneek, Pays-Bas

Je crois que je n’ai jamais suscité autant d’extase de la part de quelqu’un que lorsque la serveuse a vu mon dessin. Après avoir discuté avec elle (Lidie) et Davy (le type qui m’avait déjà vu – c’est marrant car il me rappelait aussi quelqu’un -), ils m’ont complètement adopté et ont tout payé pour moi (bièressssss, nourriture) et Lidie m’a très gentiment invitée à dormir dans la chambre de sa fille pour la nuit…
Je m’endors avec une toile Ikea de la ville de Paris au dessus de mon lit ;)

Mercredi 21 septembre 2016, J119 – Kampen et Elburg, à ne pas manquer

Je traîne dans la super maison de mon hôte, je prends mon petit déjeuner sur la terrasse avec vue sur les toits environnants et travaille un peu dans son immense salon « Ikea » avant de chevaucher Berthe sous un ciel bleu azur.
Ma destination n’étant pas encore fixée je décide de mon parcours kilomètres après kilomètres.
Je passe par hasard dans la ville de Kampen qui est juste absolument magnifiquissime. De nombreux vieux bâtiments se distribuent dans une rue piétonne en parallèle du fleuve et remplie de vieilles et charmantes maisons. Berthe me largue devant une épicerie fine locale où les saucissons, fromages, olives et sauces apéritif sont toutes proposées en dégustation… Du vrai saucisson ?!?! Ha mon Dieu. C’est trop bon. Vraiment trop bon. [Mon idée de devenir végétarienne m’est alors sautée complètement de la tête.] Du fromage aux épices, du gouda… J’y passe une heure. J’achète deux, trois trucs avec l’argent qu’on m’a donné hier en échange de mon croquis et je retourne faire un tour de la ville à pieds. J’hésite à rester mais je reprends la route pour aller jusqu’à un autre petit bled qui a l’air sympa et où il y a un camping, dans le but de me rapprocher un peu plus d’Amsterdam où j’ai programmé d’arrriver le lendemain.
Elburg est un petit bled que je découvre par hasard donc. Le petit centre ville joliment pavé est construit méthodiquement selon un plan en croix avec un canal qui en fait le tour. Je n’ai pas cherché l’historique mais ce lieu est divin. J’aurais pu en faire 20 fois le tour si j’avais eu le temps car c’est rempli de vieux petits bâtiments magnifiques et de jolis détails à chaque recoin de chaque petite rue.
aurelia-brivet-160920-elburg-ld

Elburg, Pays-Bas

Je reste travailler en terrasse d’un restaurant dans cette énergie si paisible et si agréable.
Quand il fait nuit noire je retourne dans l’immense camping industriel et glauque dans lequel j’avais planté ma tente. Je n’ai jamais su s’il était ouvert ou pas, mais j’ai réussi à m’y perdre tellement il était grand.

Jeudi 22 SEPTEMBRE 2016, J120 – anniversaire à la grecque

Sur le fleuve, les cygnes ont déplié leurs ailes pour accueillir le soleil matinal. De temps à autre, quelques vaguelettes viennent caresser le ponton de bois sur lequel je me suis assise pour déguster mon petit-déjeuner. Tout est si paisible… c’est un tel bonheur.

Après avoir chanté et dansé avec Berthe pendant une soixantaine de kilomètres, je ralentis dans le joli port d’Almere. Il y a plein de restaurants le long du fleuve alors j’en profite pour essayer de me connecter à un réseau Wifi ouvert dans le but de vérifier mes mails. Je passe de restau en restau, mais je ne sais pas pourquoi, mon portable refuse de se connecter. D’ailleurs le nombre de clients diminue exponentiellement d’un établissement à l’autre. Alors qu’il n’y a plus qu’un seul client en terrasse d’un restaurant Grec, pour justifier ma stagnation certaine accompagnée d’une figure anxieuse, je lui lance que je cherche un réseau Wifi ouvert. Il me dit qu’ils ont du wifi ici. Bien que je n’en sois pas convaincue, je parque Berthe. Le type me dit de m’asseoir en me tirant une chaise en face de là où il est assis et m’apporte un bon café. Je n’arrive pas à me connecter au réseau. Tant pis. J’en profite pour discuter avec le type, j’apprends que c’est le chef du restaurant en fait. Il est Grec, a vécu plusieurs années à Amsterdam avant de s’installer ici (il préfère parce que c’est plus paisible et plus calme). Le restau tourne bien et il me commente toutes les spécialités qu’ils cuisinent. Comme je n’en connais quasiment aucune et que c’est un passionné, il m’invite à rester pour le dîner : je peux manger avec le personnel à 16h30. Génial ! Quand le patron arrive, également Grec, avec un grand carton rempli de chocolats, il me sert quelques autres cafés, largement accompagnés de ces douceurs chocolatées…

Nikolas doit aller faire chauffer ses casseroles du coup je peux profiter des deux heures que j’ai devant moi pour faire du wifi et un croquis du restaurant. J’observe par la même occasion la joyeuse et familiale dynamique du quartier. Le patron vient de temps en temps jeter un coup d’oeil à l’avancée du croquis par dessus mon épaule en m’apportant des verres de vin blanc.

Après leur avoir offert le croquis (très admiré!), mes papilles se régalent du divin repas : entrée, plat chaud et dessert fait tout spécialement pour moi. Tout est fait maison, même les petites sauces qui accompagnent les entrées. Bien que mon estomac me crie qu’il est plein à 99%, je suis trop tentée par le dessert : un yaourt fait maison avec du miel et des noix. Je remercie mille fois tout le monde, le personnel si agréable, le chef qui a cuisiné des merveilles et le patron qui refuse que je paie quoi que ce soit.

 

aurelia-brivet-160922-croquis-olympia-restaurant-ld

Croquis du restaurant Grec « Olympia » à Almere

Je repars avec le ventre qui se prend dans les pédales. Mais si excitée à l’idée d’arriver à Amsterdam, je garde une moyenne respectable. D’autant que les paysages sont splendides et c’est toujours aussi agréable de rouler en fin de journée.

J’arrive chez mon hôte « WarmShower » à 19h30. Il a un appartement très grand, hyper design, avec des grandes baies vitrées d’où l’on a un beau panorama, super bien situé… et il y a deux autres cyclotouristes américaines de mon âge qui sont déjà installées ! La classe.

Peter nous propose une virée en ville pour aller manger des glaces et avoir un aperçu d’Amsterdam de nuit. Il nous apprend notamment deux choses : que si les vieux immeubles ont des grandes vitres et un gros crochet fixé à une poutre en haut de l’immeuble, c’est pour les déménagements (il était plus compliqué de faire les déménagements via la cage d’escalier que de monter les meubles avec des cordes via l’extérieur), et que la ville ne craint pas du tout à part pour les vélos (les vols sont monnaie courante).

Peter se couche plus tôt car il doit prendre un avion de bonne heure demain, et je discute avec les filles qui ont un si fort accent américain que je ne comprends pas tout ce qu’elles disent ! (c’est bien plus facile d’échanger en anglais avec des non-anglophones en fait !)

 

Vendredi 23 SEPTEMBRE 2016, J121 – Soirée d’anniversaire avec des roannais

aurelia-brivet-160923-amsterdam-reveil-ld

Vue de ma chambre au réveil, Amsterdam

Je change d’hébergement, l’ami de Nanne (mon ami de Groningen) peut me prêter son appartement pour quelques jours !

Selon les conseils de mon hôte de la veille et parce que j’aime bien découvrir les villes à pieds, je pars déambuler dans les rues de la capitale. Les vieux bâtiments sont splendides, les rues pietonnes sont hyper charmantes et je vais admirer quelques magasins de vêtements créés par des stylistes hollandais.

Après quelques heures de marche si agréables, je passe devant un café extrêmement beau où il reste pile une table en terrasse au soleil, qui n’attendait que moi, je crois. J’ai essayé de résister mais impossible, cette petite table refuse catégoriquement que je trace ma route. Je suis donc obligée de m’y installer et de boire un bon expresso.

Sous un soleil radieux, enivrant et ressourçant, je vaque à mes pensées un moment. Ça me rappelle Paris l’été…

Quand le lieu me laisse enfin partir je me décolle difficilement de mon siège et vais à l’intérieur pour régler ma note. C’est là que je comprends la combine : le type dégarni avec une barbe bien taillé qui vient à peine d’arriver dans le café, a déjà posé son carnet de croquis et ses crayons sur la table et entreposé son carton à dessin contre son siège. [J’avais demandé à la vie de rencontrer des artistes locaux.]

Déboussolé dans un premier temps par ma spontanéité à l’aborder si rapidement, il est finalement conquis par mon travail, admiratif de mon voyage et fasciné par ma vision de la vie. Il me paie à chaque fois un nouveau café pour que je continue à lui raconter des histoires (vraies). Il me parle d’un grand atelier où il va régulièrement faire les séances de modèles vivants mais où il s’y passe aussi plein d’autres cours & divers ateliers et évènements. [Voilà, j’avais à présent la réponse à ma question : où dois-je aller maintenant ?] 

On échange nos contacts et je pars à l’atelier. J’y rencontre le mari de la gérante du lieu, il est artiste-vidéaste, également un grand voyageur et cuisinier (= il est en train de préparer un grand repas pour un événement qui a lieu le soir même). Il s’installe immédiatement un bon échange entre nous, comme si nous étions des vieux amis. Du coup je reste discuter un bon moment avec lui de tout et de rien (tout en humant les bonnes odeurs de cuisson qui se dégagent de la grande soupière).

Je dîne d´un délicieux curry de poisson dans un super petit restau avec mon hôte avant qu’il me remette les clés de son appartement et de sa voiture pour les quatre prochains jours (il va passer quelques jours chez sa copine qui habite à Groningen). J’ai un appartement à Amsterdam : la classe.

Première fois depuis que je suis partie que je vois une tête connue ! Par hasard, un ami et collègue de Renaison vient avec deux amis du bassin roannais passer le weekend à Amsterdam pour fêter leurs anniversaires… Et il m’a apporté du saucisson et du chocolat français… si elle n’est pas belle la vie !!!

 

Samedi 24 septembre 2016, J122 – Amsterdam à pieds

Article en cours de rédaction

Amsterdam de nuit

Amsterdam de nuit : un mix réussi entre Paris et Venise

Dimanche 25 SEPTEMBRE 2016, J123 – Viens chez moi j’habite chez un ami

Berthe et moi filons à toute allure dans les rues de la capitale encore endormie. La fraîcheur matinale, la vitesse et les rayons lumineux qui nous caressent par intermittence sont enivrants. Pas que nous soyons pressées mais nous sommes attendues par Van Gogh lui même à 9h00 et nous ne voudrions pas être en retard.
C’est parce que mon audio-guide n’avait plus de pile au bout de quelques heures que je suis redescendue sur terre. Avec Berthe nous nous joignons à la foule qui a maintenant bien pointé son nez. Concerts live dans les jardins, street show, brocantes, stands de nourriture… C’est dimanche, il fait beau : tout Amsterdam est dehors. Une joyeuse énergie dynamique s’en dégage. Je déambule dans la ville, je traîne un peu avec les canards du « Vondelpark » (parc qui me fait penser au parc de la Tête d’Or ;) ) avant d’aller acheter une bouteille de vin pour remercier mon hôte. Par chance, ils font une dégustation de vin dans la boutique. Je ne savais pas que les hollandais étaient fans de vin. Je goûte et regoûte une vingtaine de vin, blanc et rouge confondus, ça fait plaisir !
Sur le chemin du retour il se met à pleuvoir un peu. En me perdant dans les rues je croise un cyclotouriste. Que j’aborde. Un canadien d’une cinquantaine d’année super sympa. Que je finis par inviter « chez moi » car il ne sait pas où dormir.
Il paie les courses (bouteille de vin comprise bien sûr), il cuisine, et nous dînons tous les deux dans « notre » appartement :) J’adore.

aurelia-brivet-160925-amsterdam-ld

 

Lundi 26 SEPTEMBRE 2016, J124 – Hébergée grâce à Berthe

Une fois mes sacoches bouclées et les « aux revoirs » à mon colocataire canadien faits, je vais rendre les clefs de mon logeur à son travail. Cela me permet de découvrir un nouvel aspect d’Amsterdam : une banlieue sans charme blindée de HLM dans laquelle vivent des gens de tous horizons.
Je reprends tranquillement les pistes cyclables plates et bien indiquées entre les canaux, champs d’oignons, arbres qui virent joliment au orange et quelques cyclistes.
aurelia-brivet-160926-forest-ld

Dans les environs d’Amsterdam

En milieu d’après-midi, je salue et dépasse un couple de cyclistes d´une 50aine d’année ; la dame me rattrape deux minutes plus tard et entame joyeusement la conversation : elle m’explique qu’elle a récemment fait un voyage à vélo au Danemark avec un vélo similaire au mien, c’est pourquoi elle était intéressée pour en savoir plus sur moi. Comme ils habitent juste à côté, elle m’invite à boire le café chez eux.
Très belle ancienne ferme de campagne rénovée par leur soin, un grand jardin potager, arbres fruitiers, poules, bassin à poisson, petite piscine et trempoline. Ils ont trois enfants, deux en voyage à l’étranger d’environ mon âge et un que je salue, il a 22 ans, il est à son compte dans le bâtiment et il est tout aussi spontané et joyeux que ses parents (Carla & Constant).
J’obtiens rapidement une proposition pour passer la nuit chez eux. Parfait, moi qui ne savais pas encore où j’allais dormir ! J’en profite d’être au calme avec un bon réseau wifi pour travailler sur mon ordinateur et nous dînons (à 17h) tous ensemble sur la terrasse du jardin un plat typiquement local que Carla vient de cuisiner (et qui sent super bon) : soupe d’oignons, boulettes de viande, pommes de terre, hareng, yaourt et compote de pomme maison faite avec les pommes du jardin ! C’est un pur régal ! 
Pour couronner le tout : je suis chanceuse, c’est pile le soir où Constant invite ses amis à jouer aux cartes à la maison. Du coup c’est dans une bonne ambiance animée qu’ils me propose une dégustation de fromage locaux avec des petites moutardes assaisonnées qui vont avec (le pêcher mignon du papa) ;)

MArdi 27 SEPTEMBRE 2016, J125 – Travailler en terrasse

Je quitte mes hôtes et 20 bornes plus tard fait une halte à Gouda. C’est magnifique. Je travaille tranquillement sur la terrasse du restaurant du musée. Si beau et si paisible.

Restaurant du musée à Gouda

Restaurant du musée à Gouda

Je roule une bonne trentaine de kilomètres et m’arrête saluer François-Régis sur la route. [François-Régis, mais oui, vous savez, le gars que j’ai par hasard rencontré il y a deux mois à Reykjavik quand j’attendais que Berthe arrive avec le bus.] Et bien il a décidé d’aller voir sa sœur qui habite aux Pays-Bas pile au même moment où j’y suis. Incroyable ! Ils sont polonais et je mange avec eux un repas typiquement polonais. La classe. [Merci l’ami !]

Je refais une bonne trentaine de kilomètres et arrive à ma destination finale : chez Camille, une amie du conservatoire de musique de Jean-Marie Gardette, qui vit un peu au sud de Rotterdam.

Elle a un petit garçon, Raphaël, super mignon qui a pile 3 ans aujourd’hui ! Elle connait et aime tellement la ville de Rotterdam qu’elle peut m’en parler des heures et me donne tout plein de bonnes adresses à voir. J’ai hâte d’aller visiter la ville le lendemain. Elle cuisine de délicieux « wraps » que nous dégustons tout en discutant telles de vieilles amies, une fois que Raphaël a, enfin, daigné s’endormir !

 

Mercredi 28 SEPTEMBRE, J126 – Soirée au Ooievaar café, Rotterdam

aurelia-brivet-160927-rotterdam-croquis-cafe-ld

Jeudi 29 SEPTEMBRE 2016, J127 – Pour une fois je suis devant la caméra

aurelia-brivet-160929-rotterdam-croquis-nu-ld

Interviewée par Peter

 

Vendredi 30 SEPTEMBRE 2016, J128 – Session de modèle vivant

aurelia-brivet-160930-rotterdam-croquis-nu-ld

Session de modèle vivant à Rotterdam

Samedi 1er octobre 2016, J129 –

aurelia-brivet-161001-rotterdam-hareng-ld

Hareng local, un régal

Dimanche 2 OCTOBRE 2016, J130 – CHambre d’étudiant

Paysage typiquement Hollandais

Paysage typiquement Hollandais

 

En fait les peintres flamands n’avaient pas forcément tous fumés. Les couleurs divines, les nuages incroyables, les champs colorés et les petites silhouettes d’animaux et de gens de leurs peintures existent réellement. Et ils étaient même vachement doués pour les représenter ! Toute la matinée, des tableaux tous plus beaux les uns que les autres se sont enchaînés sur ma route. Je pense qu’ils avaient trouvé un système avec des poids pour ne pas que leur toile et leur pinceaux ne s’envolent, parce que ça souffle. Je les admire, je ne sais pas si j’aurais la patience de me poser dehors en plein vent…

Première fois depuis un mois qu’il se met à pleuvoir. Je finis par ressortir mes sur-chaussures (au moins ça servait à quelque chose que je les achète en Islande). D’ailleurs, tout me fait penser à l’Islande : on peut voir ce qui se passe à perte de vue, les couleurs et les nuages sont incroyables, le temps est très changeant, il y a du vent, l’eau est présente partout. Et pour couronner le tout : je dépasse un mini barrage qui sent l’œuf pourri en début d’après-midi, je ne peux pas résister, je m’y pose pique-niquer bien qu’il pleuviote un peu. Je suis définitivement « en Islande », je me remémore pleins de jolis souvenirs vécus là bas. Ah, qu’est ce que c’était bien quand même !

La grosse différence avec l’Islande c’est qu’ici il y a des gens. Si j’avais été en Islande, j’aurais croisé maximum 20 personnes sur mes 80 bornes. Là, j’ai croisé des dizaines de marcheurs, des dizaines de joggeurs, des dizaines de cyclistes, des centaines de surfeurs, kite-surfeurs et touristes en tous genres. Au moins je ne me sens pas perdue et il y a toujours quelque chose à voir. Mais quand même sortir par ce temps… je les admire !

Sur ma route, les locaux m’avaient recommandé d’aller à Middleburg. J’y suis donc allée. Je m’attendais à un petit bled avec quelques vieille bâtisses… Et bien, j’ai été surprise par cette ville absolument magnifique et blindée d’étudiants !

La nana de l’office de tourisme ne savait pas trop me renseigner sur la localisation des campings environnants et m’annonçait des prix exorbitants quant aux petits hôtels. Quand je la remercie elle me dit « Ca va pas être facile de trouver ». Vive l’optimisme ! Cela m’a amené à entamer une profonde réflexion sur ma situation présente avec une tasse de café pour me réchauffer. Par hasard mes voisines de table (une jolie mamie et sa petite fille d’une vingtaine d’années, étudiante en histoire de l’art et psychologie), discutaient en français. J’ai attendu qu’elles finissent leur conversation et je les ai abordées. Je n’ai même pas eu le temps de terminer ma phrase que Louise m’a proposé de m’héberger. La jolie mamie (d’origine Italienne et Grecque) m’a poliment demandé de payer mon café et je suis allée emménager chez Louise (née en Ecosse, a longtemps vécu à Dehli avec ses parents et a habité dans plein d’endroits différents). Elle est en colocation avec 9 autres étudiants dans une grande maison, genre « auberge espagnole » où ils peuvent écrire sur leurs murs ! Elle m’explique rapidement le fonctionnement de la maison, fait son sac et va chez son copain étudier.

Bon, voilà, j’ai une grande chambre avec plein de coloc’… et du boulot à terminer pour demain. La vie est dingue, je retourne à ma vie d’étudiante ! Visite divine de la ville avant tout (plus calme le soir), et je rentre faire mes devoirs ;)

 

Lundi 3 OCTOBRE 2016, J131 – « Nan, moi je fais pas ça. »

On sent que l’automne à pointé son nez. Les jours raccourcissent, la température baisse légèrement, les paysages virent sereinement au orangé. Malgré tout il continue de faire beau et même plutôt chaud l’après-midi. [Je suis encore loin de retrouver les sensations frigorifiantes d’Islande.]
Je dessine le bâtiment de la place centrale de Bruges depuis le café « Saint Joris » (j’y suis allé en l’honneur d’un des cyclistes rencontré sur le ferry pour l’Islande qui porte le même nom).
 aurelia-brivet-161003-bruges-ld
Le serveur m’a dit que je pouvais payer ma note (une pinte d’une délicieuse bière brune locale) en échange de mon croquis, mais comme ils ne m’ont pas trouvé d’hébergement (conversation suit), je ne veux pas leur faire l’honneur de laisser mon dessin (rires).
Après avoir entamé la discussion avec le serveur et lui avoir demandé s’il ne pouvait pas – ou ne connaissait pas quelqu’un qui pourrait – m’héberger, il me répond :
– Moi ce n’est pas que je ne veux pas mais j’ai femme et enfants alors c’est pas possible. En revanche, lui (en montrant l’autre serveur), il habite tout seul, faut lui demander.
Chose faite, réponse :
Lui « – Non moi je fais pas ça. »
Moi « – « Ça » ?! Je te demandais juste si, par hasard, comme je ne sais pas où dormir cette nuir, tu m’autoriserais à me reposer sur ton canapé ce soir avant de continuer ma route demain matin. »
Lui « – Oui je sais, mais moi je fais pas ça. Il y a des hôtels ou des auberges pour les voyageurs. »
Moi « – Oui je sais mais c’est assez cher… »
Lui « – Non je te parle des auberges de jeunesse, c’est pas cher, c’est pour les backpackers. »
Il regarde gentiment les prix sur son tel et m’annonce « C’est environ 52€. »
Moi : « – Arf, oui… Ça fait cher quand même… Si je n’ai pas d’argent pour payer une auberge je dors dans la rue ?
Lui : « […] Bah alors… tu ne voyages pas. »
Ouhou, la belle réponse, j’adore, encore un type bien incarné. Chers amis aventuriers, restez chez vous, les humains de la planète sont devenus des robots ! [C’est pour ça que mon croquis n’avait rien à faire ici.]
Je me retrouve dans une super auberge de jeunesse (23€ pour info) que j’avais repéré en venant, un hyper concentré de backpackers de mon âge… Je n’avais pas côtoyé ce genre d’endroit depuis un bout de temps ! Je discute en français, en anglais (je ne connais toujours pas un traître mot de flamand). Je trouve même un hébergement dans la ville de Ghent pour demain soir grâce à l’ami d’un local qui vient régulièrement boire des bières ici. Génial ! J’assiste au début d’une dégustation de bières (avec explications et quizz) puis vais me coucher parce que je suis fatiguée : je me rend compte que je n’ai absolument rien mangé du tout de toute la journée…

Mardi 4 OCTOBRE 2016, J132 – Ghent

Comme hier, je bosse le matin et fait la route l’après-midi. Je parle à un très sympathique Cyclotouriste qui est allé en Inde à vélo et qui s’appelle Samuel (tiens, comme mon ami autrichien rencontré sur le ferry pour l’Islande !).
Ghent est blindée de vélos, d’étudiants, de boutiques de fringues et de splendides bâtiments anciens. En attendant d’aller chez mes hôtes, je déambule dans la ville divine tout en dégustant la spécialité locale : des petits cônes noir et rouge aux parfums de fruits rouges ou de réglisse, dont l’intérieur est encore liquide. C’est un pur régal. Autant dans les yeux que sur les papilles.
aurelia-brivet-161004-ghent-ld

Onderstraat, Ghent

Je dîne avec mes hôtes : une architecte d’intérieur et son copain qui est dans la communication (relation presse, journalisme, vidéo), dans leur maison sur trois étages absolument incroyable qui a été designer par mon hôte.

Mercredi 5 OCTOBRE 2016, J133 – Comment se fait-il que je comprenne tout ce que les gens disent ?!!!

aurelia-brivet-161005-ghent-ld

Petit déjeuner à Ghent

Un des itinéraires les plus simples et agréables que je n’ai jamais fait. Je ne savais pas mais il y a un canal qui va de Ghent à Roubaix, je le suis sous le soleil, la piste quasiment pour moi tout seule… divin.

« Vous prenez le pont, à droite au feu, jusqu’au canal que vous suivez. »
« Hé bonjour ! T’as pas un zéro-six ? »
« Un peu d’argent s’il vous plaît. »
« Tu me donnes la main pour traverser. »
Mon dieu comment ça se fait que je comprends tout ce que les gens disent ?!?!
Bienvenue en France ! 
J’arrive dans la magnifique ville de Lille (que je n’avais encore jamais visité). Accueilli très chaleureusement par un directeur de salle de fitness de 28 ans. Propriétaire de son petit appartement lumineux en plein cœur de Lille avec une vue sur les toits, tout comme j’aime. Il m’embarque dans une visite de la ville avant de rentrer faire un apéro-dînatoire avec des amis à lui.

Jeudi 6 OCTOBRE 2016, J134 – 2ème chute

Première fois depuis cinq mois que je regarde les infos d’une chaîne française. Le sujet dont ils parlent quand j’arrive dans le salon de mon hôte : chômage. Re-bienvenue en France. 
Ca me fait très bizarre.
Je ne sens mal d’être polluée par ces informations à la sortie du lit. Moi qui ait pour habitude de me réveiller légère et heureuse en pleine nature. C’est une agression dont je n’avais pas eu à faire depuis si longtemps que je m’en étais lavé et l’avait oublié.
Je reprends la route en vue d’une bonne étape d’une centaine de borne. La température a un peu baissé mais il fait soleil. Je suis à la sortie de Lille quand, en voulant faire un demi-tour dans une zone résidentielle (car je m’étais trompée de chemin), je braque trop sec, le poids de mes sacoches m’entraîne et dans un grand fracas [Pa-ta-tra !] mon genou gauche vient taper sec sur le goudron et j’amortie le reste de ma chute avec les mains. Même tarif pour Berthe, la roue à la perpendiculaire, mon disque dur externe de ma sacoche avant « amortissant » sa chute.
Un type qui était à trois mètres de nous en train de rentrer dans sa maison voit l’action et me demande si ça va.
Sonnée et étalée en plein milieu de la route, je lui réponds « Oui, oui… Ça va… »
Il fini de rentrer chez lui et claque la porte.
J’analyse rapidement la situation : dégager de la route semble être la principale préoccupation. Je me relève difficilement avec une atroce douleur au genou. Berthe à l’air d’aller. Je reprends un peu mes esprits et repars.
J’en chie à mort (pardonnez moi l’expression mais c’est le cas. J’ai super mal au genou. Je m’arrête plus loin entre des champs vérifier si mon disque dur externe et mon ordinateur donnent encore signe de vie. Par une chance incroyable les deux marchent encore à merveille. [Ouf.] Suivant toujours l’itinéraire de Google Maps je me retrouve sur des chemins privés, fermés, ou impraticables. Cela m’oblige à traverser des champs et passer par des endroits où il n’y a pas de routes et où les fermiers au loin me regardent d’un très mauvais œil. Je traverse d’autres zones super bizarres entre des champs bordées par des décharges… plus loin je croise un mec au milieu de nul part, avec une pelle à la main qui semble être en train d’enterrer un cadavre…
Mon dieu sortez moi de là !
Marre des « pistes cyclables » à la française, j’emprunte ensuite des « vraies » routes. Défigurées par une publicité omniprésente et agressive, les voitures vont super vite et me frôlent presque comme si je n’étais pas là. Les camions m’envoient leur pollution doit dans les poumons ce qui m’irrite sérieusement la gorge au passage. Les chiens aboient sur mon passage et les quelques gens sur la route me dévisagent sans me dire « Bonjour« .
Heureusement que je n’ai pas enregistré mes pensées à ce moment là car je broyais du noir comme jamais.
Non. Laissez moi croire encore que la vie est belle, que la nature naturelle existe, laissez moi l’espoir que les gens pourront se conscientiser un jour. Laissez moi encore rêver à des belles couleurs, ne me « lobotiser » pas comme vous l’avez fait avec tous ces millions de gens sans âmes. Laissez moi dans ma bulle de bonheur dans laquelle j’ai baigné à chaque infime instant depuis ces cinq derniers mois, qui m’a tant fait du bien et qui m’a tant apprit. Ne me voler pas mon énergie positive, ma fraîcheur, mon insouciance, ni mon instinct pour dénicher ce dont j’ai réellement besoin. 
J’arrive par hasard dans la ville de Douai. Que je trouve magnifique. Je déambule autours de l’église qui est superbe. Puis Berthe, sentant que j’ai besoin d’une pause, me largue dans le café associatif de la ville. Comme c’est Berthe qui avait choisi, c’était effectivement ce dont j’avais exactement besoin : on peut consommer notre propre casse-croûte installé confortablement à l’intérieur où il n’y a que des gens sympa, ouverts d’esprit et du wifi gratuit. Je rencontre en premier un pasteur, qui prend ma commande de café bio. Je discute avec lui et un autre client, puis comme il vendait également des casses-tête dans le café, il me propose un marché : si je réussi à réformer le cube en bois, il m’offre mon café. [Comme quoi, pas besoin de savoir dessiner pour se faire offrir de la nourriture ou des boissons.]
Plus tard… : « Tu devrais plutôt boire ton café, je pense qu’il est froid maintenant. » [Ma petite sœur aurait réussit en un claquement de doigts, mais son esprit ne m’a vraiment pas incarné à ce moment là… Pas grave.]
Le pasteur part avec sa femme avec leur deux adorables petits enfants très bien élevés auquel ils apportent toute leur bienveillance. Lorsque je sors prendre des affaires dans mes sacoches à l’extérieur, je rencontre Manu, un type très sympa et un peu simplet assis en terrasse, qui me raconte ses problème de cœur (j’essaie de lui donner conseils et espoir). En revenant à l’intérieur finir mon café et continuer mon travail, un retraité c’était par hasard assis en face d’où je m’étais établie. Jean-Marie Mahiu. Un écrivain qui répond avec un décalage de quelques secondes à mes questions. Il parle très lentement et il fait très peu de gestes. Mais il réussit quand même à renverser son café. Il fut surpris que je trouve ce café « par hasard », puis il discute jardins, voyages en caravane et société manipulée, ce dont parle son livre : « Pourquoi et comment deux enfants du pays noir se sont mis au vert »-. [Livre noté dans ma « Liste de trucs à lire ».]
Je paie mon café, dis « au revoir » à Manu -qui voulait venir voyager avec moi-. Je reprends la route regonflée de bonnes énergies que m’avaient apportées tous ces gens.
J’étais sensé être « chez moi » : mon pays natal ; mes amis que j’avais tant envie de revoir étaient à moins de trois jours de vélo, je pouvais avoir ma famille à tout moment au bout du fil… et pourtant, pour la première fois depuis cinq mois, je me sentais pas à ma place du tout et seule comme jamais. Pour Berthe c’était encore pire : elle n’arrêtait pas de dérailler ce qui me forçait à m’arrêter et me colorait les mains d’un noir huileux et collant.
Le tracé me fait emprunter des sentiers entre les champs, parfois je ne vois même pas le sentier, je roule sur l’herbe. Ca me prends un temps fou et Berthe n’arrête pas de dérailler. Je ne suis pas rassurée car c’est l’heure de la chasse et j’entends des coups de fusils au loin. J’espère qu’avec ma cadence instable, ma géolocalisation inattendue et mon cambouis plein les mains (et sûrement la figure), ils n’allaient pas me confondre avec leur gibier.
Je me laisse tomber dans l’herbe dans un moment de faiblesse. Je m’imprègne des champs labourés et des petites fleurs blanches qui en font le tour et qui se détachent sur le ciel bleu…
Je sors le fromage néerlandais que j’avais acheté trois semaines plus tôt à Zwolle. Des petites moisissures avaient germées sur la pâte dense, elles s’accordaient parfaitement avec les herbes qu’ils avaient délicatement mélangées avec le fromage. C’était beau et bon, ca fondait parfaitement dans la bouche.
Mon genou a continué de me faire mal tout l’après-midi et me rendait assez irritable. Je débarque à Péronne. Je ne savais ni où j’allais manger ni où j’allais dormir. Je déambule un peu, il y a des beaux bâtiments de la guerre. Berthe ralenti devant un sorte de place publique avec un restaurant et un salon de thé où deux enfants jouent devant dans une fontaine.
La devanture du « Bistrot d’Antoine » me plait, il y a un banc juste en face pour que je puisse m’y assoire, a une distance parfaite pour que je puisse dessiner… Je ne peux pas louper une telle occasion. Je parle rapidement aux enfants, la petite fille est fière de me montrer son bouquet de feuilles d’automne qu’elle tient fermement dans sa main, je sors mon carnet de croquis.
À 20h il fait nuit, les lampadaires ont prit leur service, je ne vois plus bien ma feuille de croquis et j’ai les mains presque gelées. Je range mes affaires, gare Berthe à côté de la devanture et entre dans le bistro.
La réceptionniste, chaleureuse : « Bonsoir ! Un couvert ? »
Moi : « Non, je voulais juste vous montrer le croquis que je viens de faire. »
Elle : « Ah oui, on vous a vu dessiner, mon mari m’a dit que vous étiez en train de ranger. […] C’est magnifique ! […] Vous les vendez ?« 
Moi : « Généralement je les échange… »
Elle : « Contre un repas ? »
Moi (avec une voix et des yeux dignent du chat Potté dans Shrek) : « …par exemple… »
Elle (amusée et complice) : « Installez-vous je vous amène la carte. »
[Hi hi] 
aurelia-brivet-161006-peronne-ld

Croquis du « Bistrot d’Antoine » à Péronne

Vin rouge, plancha de viandes (rumsteck, côtelette, magret), salade et frite, boules de glaces… Mon dieu ce que c’est bon. À la fin du repas je reste discuter avec les patrons, qui sont très très sympatiques. Comme ils ont comprit que je ne savais pas où j’allais dormir, la serveuse me propose de venir dormir chez elle, si je n’ai pas peur des chiens. 
[Génial]
Effectivement, il ne faut pas avoir peur des chiens, ni être allergique à l’odeur, car il y a dix chiens (dont deux dogues allemands), deux chats, un lapin et sept poissons rouges dans des aquariums différents !
Sur la route pour aller chercher une couette chez sa mère, Marie me raconte toute sa vie. Déterminée et volontaire, elle a perdu son père quand elle était bébé, elle a su s’assumer toute seule très tôt en enchaînant plein de petits boulots dès le lycée, elle est passionnée par les chiens et là elle va signer l’achat d’une maison avec un immense terrain pour débuter un élevage de chiens. Elle a à peine 18 ans. Sa mère, adorable, me désinfecte mon genou et son beau père me rempli plusieurs fois mon verre de jus d’orange.
La couverture et les gâteaux pour le petit déjeuner dans le coffre de sa voiture, Marie me raconte la vie de son ex, celle de son futur copain et aussi celle de sa mère, sur le trajet du retour. Pas vraiment l’histoire la plus joyeuse que l’on m’ait raconté. On termine la discussion autours d’un thé avant d’aller dormir.

Vendredi 7 OCTOBRE 2016, J135 – Camping sauvage

J’ai bien dormi. Mon genou guérit lentement. C’est nuageux. La température est correcte. Je prends le long d’un canal pour être tranquille mais qui n’est pas goudronné. J’avance à 12 km/h pas plus tellement le chemin est truffé de nid de poule et de branchages. L’avantage c’est que ça me fait mal aux avants bras, ainsi j’en oublie un peu ma douleur au genou.
Je déteste rouler en France.
En fin de journée je me dégote un terrain de camping sauvage (avec la bénédiction de l’adjoint au maire) dans un hameau perdu.

Samedi 8 OCTOBRE 2016, J136 – Roue voilée

aurelia-brivet-161008-paris-nabil-ld

Je viens régulièrement à Paris, mais c’est la première fois que j’y débarque à vélo ! Et avec une roue voilée (car je me suis fait renverser dans un rond point une vingtaine de kilomètres plus tôt).

Après les retrouvailles heureuses avec mon hôte parisien, ce dernier me dégote une boutique de réparation de vélo non loin de son atelier de peinture. J’arrive au shop pile au même moment qu’un autre client qui a un vélo vintage, un peu comme Berthe, mais en vert. On est tous les deux avec notre monture devant la petite porte vitrée de la boutique. Il me laisse entrer tel un gentleman. De négociation en discutions, de discutions entre propositions, je me retrouve dans un square à l’est de Paris, ma nouvelle connaissance en train de réparer ma roue gratuitement !

 

Dimanche 9 OCTOBRE 2016, J137 – De l’autre côté de la feuille

« Sophie Raynal »… je sonne. Je suis en retard d’une demie heure sur ce que l’on avait convenu, mais ça l’arrange, elle, tout comme moi, avons fait la fête assez tard la veille…

Je découvre la superbe maisonnette de cette artiste-croquiste-avanturière dans l’est parisien. Nous avons prit contact par hasard, grâce à son père, un cyclo-randonneur aguerrit qui a laissé quelques temps auparavant, un commentaire sur mon blog [merci Olivier !]. Tout en savourant un délicieux déjeuner qu’elle a cuisiné, nous découvrons nos parcours, nos centres d’intérêts, nos passions, notre art, nos ambitions… qui ne sont jamais bien éloignés.

Elle fini par me « croquer » à l’aquarelle et m’enregistrer :) N’hésitez pas à aller découvrir son site magnifique ici !

aurelia-brivet-161009-sophie-portrait-ld

Mon portait sur le site de Sophie

Lundi 10 OCTOBRE 2016, J138 – Café parisien

aurelia-brivet-161010-paris-cafe-bistro-ld

Boulot au bistro

 

MarDI 11 OCTOBRE 2016, J139 – Quand je serai grande, j’aurai un appartement à Paris…

aurelia-brivet-161011-paris-tour-effeil-ld

…et je mangerai les légumes sains de mon jardin

 

Mercredi 12 OCTOBRE 2016, J140 – Berthe circule dans Paris

aurelia-brivet-161012-paris-tour-effeil-ld

Presque aussi grande que le cheval !

Ce soir, après avoir acheté une « Praluline » a mon hôte parisien, je vais travailler dans un bistro. J’y rencontre un diplomate du Costa Rica vivant à Bruxelles avec qui je parle pendant plus de quatre heure. Pendant ce temps il nous paie successivement deux bouteilles de vin rouge Argentin (délicieuses) et le cheese-cake le plus onéreux que je n’ai jamais mangé (je pense qu’il peut faire passer cette note sur ses frais de déplacement ?).

 

Jeudi 13 OCTOBRE 2016, J141 – Berthe prends le train pour la 1ère fois

aurelia-brivet-161013-train-velo-ld

Rendez-vous à Caen chez Manette !

Vendredi 14 > Lundi 17 OCTOBRE 2016, J142 > J145 – Retrouvailles FAMILIALES dans la manche

aurelia-brivet-161016-coutainville-mer-ld


Pointe d’Agon

Pendant les premiers temps de mon voyage j’ai souvent pensé à ce lieu. Des couleurs, sur ma route, m’ont plusieurs fois fait penser à celles des paysages autours. Des odeurs  m’ont plusieurs fois rappelé celles de la maison familiale. Endroit où je viens chaque année depuis que je suis née. Où j’y ai des racines. Mais sans avoir l’impression de les avoir vraiment creusées.

 

Mardi 18 OCTOBRE 2016, J146 – Berthe se fait ouvrir les portes du Mont Saint Michel

C’était une idée soufflée par ma grand-mère ce matin au petit déjeuner… Une sacrée bonne idée ! Demander l’hospitalité aux moines du Mont Saint Michel. J’y étais déjà venue une fois dans ma vie, bien que la commune ait fait des aménagements pour l’arrivée des visiteurs, le Mont est resté fidèle au souvenir que j’en avais gardé. Toujours rempli de touristes qui arpentent sans répit les très charmantes rues pavées labyrinthesques du vieux rocher.
En revanche, c’est la première fois que j’y reste dormir. Et la nuit, le Mont se transforme en un lieu paisible, un lieu magique voir, romantique, où les ombres étirées des rares âmes errantes se découpent sur les remparts sombres de cette majestueuse île habillement sortie des profondeurs océaniques.
aurelia-brivet-161018-mont-saint-michel-ld

Nuit au Mont-Saint-Michel

Mercredi 19 OCTOBRE 2016, J147 – Réveil au Mont-Saint-Michel

aurelia-brivet-161019-mont-saint-michel-alternatif-ld

Par la fenêtre de la salle du petit déjeuner, et tout en discutant de nos histoires respectives incroyables avec deux autres pèlerins (un canadien et un allemand), nous regardons la mer montée « à la vitesse d’un cheval au galop » devant le levé du soleil… Magiquement magnifique.

 

Jeudi 20 OCTOBRE 2016, J148 – alternative Renne

aurelia-brivet-161020-renne-alternatif-ld

48 boulevard Villebois – Renne

Après une nuit chez ma chère cousine Rennaise, je me mets en quête d’un lieu associatif où je peux faire changer mon dérailleur (car celui de Berthe s’est sectionné à force d’avoir été limé sur le voyage). Je débarque dans un lieu tellement incroyable que je n’ai plus envie d’en partir (à croire que Berthe avait fait exprès de tomber mal en point à ce moment là).

Txetxu, un bricoleur basque, me remet Berthe sur pied comme un chef (changement de dérailleur, changement de patins de frein arrière, nouveau dé-voilage de roue arrière…). Pour une fois c’est moi qui propose de payer le repas en échange de son action. Nous discutons donc un bon moment.

En allant voir l’autre partie des habitants du lieu alternatif, je croise Julien, un type j’avais rencontré au hagard de réparation de vélo, qui me propose de venir avec lui faire du tir-à-l’arc avec deux autres artistes. Après une heure de tir à l’arc (je ne suis pas super douée mais c’est vachement sympa) et une longue conversation avec Dom, je pars avec ce dernier (un artiste qui fait des constructions aussi immenses qu’incroyable en métal, mais aussi des bijoux raffinés avec des graines, plumes, os et tout un tas de choses sorties de nul part) qui me fait une visite complète et détaillée de tous les ateliers d’artistes du lieu. Il me montre aussi des endroits où je peux rester dormir si je veux : une caravane orange, une cabane dans les arbres…

Je suis tellement sous le charme de cet endroit incroyable que je décide d’y rester pour la nuit. Je me pose travailler un peu dans la salle commune en fin d’après-midi. Je me fonds bien dans l’environnement car tout le monde croit me connaître ou déjà m’avoir déjà vu ici.

Dom continue de me raconter son incroyable vie pendant que l’on mange un kebab au bord de la Vilaine.

Incroyable…

 

Vendredi 21 OCTOBRE 2016, J149 – Arrivée chez Jean-Pierre à plat

En cours de rédaction 

Un séjour qui a donné lieu a une petite médiation :

presse_le-courrier-du-pays-de-retz_161104_velivoyage_ld

Article paru dans le journal « Le pays de Retz » le 4 novembre 2016

presse_presse-ocean_161029_ld

Article paru dans le journal « Presse Océan » le 29 octobre 2016

Samedi 22 OCTOBRE 2016, J150 – Retrouvailles par hasard avec ma grande-SŒUR

aurelia-brivet-161022-pornic-ld

Port de Pornic

En cours de rédaction 

 

Dimanche 23 OCTOBRE 2016, J151- Accueillie avec des crêpes dans une maison chauffée au feu de bois

aurelia-brivet-161023-loire-a-velo-ld

Bords de Loire

Il pleut, je suis trempée, j’ai les pieds comme des glaçons… au moins je rentabilise un peu mes sur-chaussures, mon pantalon K-way et mes gants que j’avais acheté en Islande. Je suis heureuse car aujourd’hui la route est plate, bien fléchée et les feuilles orangées me font un beau tapis princier longeant les bords de Loire.

En cours de rédaction…

 

Lundi 24 OCTOBRE 2016, J152 – 165 km le long de la Loire

aurelia-brivet-161024-tour

Bords de Loire | Tour

En cours de rédaction…

 

Mardi 25 OCTOBRE 2016, J153 – 26 ans, des rêves plein la tête, rien ne nous arrête

aurelia-brivet-161025-pneu

Bricolage de patch de vieilles chambre à air pour pneu percé

En cours de rédaction…

 

Mercredi 26 OCTOBRE 2016, J154 – Dernier plantage de tente

aurelia-brivet-161026-lere-tente-camping

Open camping | Léré

 

Jeudi 27 OCTOBRE 2016, J155 – Rayons de soleil et presbytère

aurelia-brivet-161027-loire

En cours de rédaction…

Vendredi 28 OCTOBRE 2016, J156 – Retour à ma première étape

aurelia-brivet-161028-voie-verte-velo

Voie verte | Digoin

En cours de rédaction…

Samedi 29 OCTOBRE 2016, J157 – une arrivée médiatisée

Deux reportages vidéos et quelques articles de la presse locale :

Arrivée place de la mairie de Roanne | Crédit photo : Michel Letan | Cliquer pour voir le reportage d’Inowa, la web-tv roannaise

Second reportage par RWTV+ :

Le retour d’Islande d’Aurélia BRIVET from RWTV+ on Vimeo.

 

presse-le-pays-161103ld

Article d’Etienne Chaize paru dans le journal « Le Pays » le 3 novembre 2016

 

presse_essor_161125_beatrice-bonnamour